L’auteur du ‘McJesus’ exige le retrait de son œuvre par soutien au BDS
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L’auteur du ‘McJesus’ exige le retrait de son œuvre par soutien au BDS

L'artiste finlandais Jani Leinonen, dont le Ronald McDonald crucifié avait choqué, affirme que l’œuvre a été exposée 'contre sa volonté"

La sculpture 'McJesus' de l'artiste finlandais Jani Leinonen exposée au musée d'Haïfa. (Crédit : musée d'Haïfa)
La sculpture 'McJesus' de l'artiste finlandais Jani Leinonen exposée au musée d'Haïfa. (Crédit : musée d'Haïfa)

L’artiste finlandais à l’origine de la controverse sur la sculpture « McJesus » qui a entraîné de violentes protestations de la part de Chrétiens arabes a répondu à la polémique. Il demande le retrait de son œuvre du musée d’Art d’Haïfa en raison de son soutien au mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) contre Israël.

Des centaines de manifestants s’étaient opposés à la police à Haïfa vendredi, protestant contre la présence dans le musée de la ville d’une sculpture de Ronald McDonald, la célèbre mascotte du géant du fast-food américain, le représentant sur une croix.

D’après la police, des centaines de protestataires ont tenté de pénétrer de force dans le musée d’Art d’Haïfa, et trois policiers ont été blessés par des jets de pierre. Le musée avait lui fait l’objet d’un jet de cocktail Molotov jeudi.

Les manifestants ont érigé une tente de protestation devant le musée.

L’un d’entre eux s’est plaint de la lenteur de la réaction du gouvernement à leurs préoccupations, qu’il juge comme étant due au fait qu’elles émanent de la minorité chrétienne. « S’ils mettaient [une sculpture d’] Hitler avec un rouleau de la Torah, ils réagiraient immédiatement », a-t-il déclaré au site d’informations Walla.

Lundi, la police israélienne a renforcé la sécurité autour du musée, le maire-adjoint Dov Hayun tentant de négocier avec des responsables chrétiens — qui tentent d’obtenir une injonction de retrait de l’œuvre auprès d’un tribunal — pour calmer la situation.

L’œuvre de l’artiste finlandais est exposée depuis août dans le cadre de l’exposition « Sacred Goods » (Objets sacrés) du musée d’Haïfa. Elle se veut une critique de ce qu’il considère comme l’aservissement de la société moderne au consumérisme.

Mais dimanche, l’artiste de 40 ans, a répondu de façon surprenante à une demande de commentaire de la chaîne israélienne Keshet. Il s’est rangé du côté des protestataires et a demandé le retrait de l’œuvre, mais pour une toute autre raison.

« J’ai entendu parler de l’exposition et des manifestations hier matin en consultant ma boîte de réception, qui était remplie de messages à ce sujet, » a indiqué Leinonen dimanche, selon une traduction en hébreu de sa déclaration.

« Ça m’a beaucoup agacé car l’œuvre a été intégrée à l’exposition contre ma volonté, » poursuit-il. « J’ai demandé son retrait parce que je fais partie du mouvement BDS qui boycotte Israël. D’après les réponses du commissaire de l’exposition, j’en avais déduit que cela avait été fait. »

« Lorsque j’ai appris qu’elle faisait toujours partie de l’exposition et qu’elle provoquait de violentes contestations, j’ai immédiatement adressé une nouvelle demande de retrait au commissaire, comme cela aurait dû être fait depuis le début. Je n’ai toujours pas eu de nouvelles du musée », a ajouté l’artiste.

« C’est pourquoi, comme les contestataires, j’exige que mon œuvre soit immédiatement retirée de l’exposition. »

Le musée affirme qu’il n’a jamais reçu de demande de retrait.

« La sculpture a été prêté par une galerie finlandaise dans le cadre d’un accord », a indiqué le musée à Keshet. « Le musée n’a jamais reçu de demande de retrait de cette œuvre. »

« La fréquence des incidents qui voient des militants du BDS tenter d’empêcher des artistes d’être exposés en Israël connaît une hausse constante ces dernières années, et le musée y a souvent été confronté. »

Jeudi, la ministre de la Culture Miri Regev avait adressé une lettre au directeur du musée, Nissim Tal, demandant le retrait de l’œuvre, car un musée subventionné par l’Etat ne peut pas manquer de respect à des symboles religieux, selon elle.

« L’irrespect de symboles religieux sacrés pour de nombreux croyants du monde en guise de protestation artistique n’est pas légitime et ne peut pas faire office d’œuvre d’art dans une institution culturelle subventionnée par l’Etat, » a-t-elle écrit.

En réaction aux protestations de vendredi, le directeur du musée avait accepté, lors d’une réunion avec des responsables religieux et des membres de la municipalité d’Haïfa, d’installer un panneau à l’entrée de l’exposition indiquant qu’elle contenait des œuvres potentiellement offensantes.

Le musée a par ailleurs condamné le jet de cocktail Molotov et souligné que toute contestation de l’œuvre ne devait pas s’exprimer par la violence.

« Tout discours sur l’art, quelle que soit sa complexité, ne doit pas se transformer en violence et doit être respecté — même dans un contexte tendu, » conclut-il.

Alexander Fulbright a contribué à et article.

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