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L’Autorité judiciaire réitère l’interdiction de la prière juive au Mont du Temple

L'instance a répété que le jugement controversé émis par un juge de la Cour de Jérusalem ne changeait rien à l'interdiction incombant aux Juifs sur le lieu saint

Les Palestiniens lors des prières du vendredi - c'est le troisième vendredi du mois du ramadan - à la mosquée al-Aqsa, sur le mont du Temple de Jérusalem, le 22 avril 2022. (Crédit : AHMAD GHARABLI / AFP)
Les Palestiniens lors des prières du vendredi - c'est le troisième vendredi du mois du ramadan - à la mosquée al-Aqsa, sur le mont du Temple de Jérusalem, le 22 avril 2022. (Crédit : AHMAD GHARABLI / AFP)

Dans un message inhabituel transmis aux médias dans la journée de lundi, l’Autorité judiciaire a répété que la portée du jugement controversé émis par un juge de la Cour des magistrats de Jérusalem n’était pas aussi large que la couverture médiatique avait pu l’indiquer.

L’Autorité a établi que le jugement de dimanche, prononcé en faveur de Juifs qui avaient prié sur le lieu saint, n’avait aucune influence sur la manière dont la police faisait respecter la loi sur le mont du Temple et ne changeait rien au statu-quo délicat.

Le juge Zion Saharay s’était prononcé, dimanche, en faveur des trois adolescents qui avaient fait appel d’une décision de la police israélienne de leur interdire l’accès au mont du Temple, à Jérusalem, pendant une certaine période de temps après leur arrestation alors qu’ils priaient dans le complexe.

En priant sur le site, les jeunes hommes ont violé un arrangement officieux de longue date qui précise que les Juifs ont le droit de se rendre sur le site, mais qu’il leur est interdit d’y prier. Appelé Haram al-Sharif ou mosquée al-Aqsa par les musulmans, le Mont du Temple est le lieu le plus saint du judaïsme et c’est le troisième sanctuaire le plus sacré de l’islam.

Dans son jugement de dimanche, le magistrat Zion Saharay a indiqué qu’il ne considérait pas que la prosternation et la récitation d’une prière étaient une cause suffisante pour restreindre la liberté de religion. Un jugement presque sans précédent qui a entraîné les condamnations de l’Autorité palestinienne, du Hamas et de la Jordanie.

Les clarifications de lundi, qui ont noté que le jugement du magistrat n’avaient aucun impact sur le statu-quo, ont suivi ces condamnations et le tollé suscité par la décision prise par le juge. L’Autorité judiciaire a émis un communiqué présentant tout le texte du jugement rendu par Zion Saharay, soulignant certains extraits du document et présentant une déclaration faite par le juge – dans laquelle il explique que sa décision « n’intervient pas dans la mission de la police qui est de faire respecter l’ordre public sur le Mont du Temple, et ne détermine rien concernant la liberté de culte sur le Mont du Temple. Ces sujets ne sont en aucun cas abordés dans la décision ».

Saharay a encore répété ces propos lundi, affirmant que son jugement ne concernait que l’affaire qu’il avait été amené à juger, rappelant que son jugement ne concernait que le comportement adopté par les jeunes qui avaient fait appel sur le mont du Temple, dans des circonstances bien précises.

Il a cité des paroles qui ont été prononcées, lundi matin, par la présidente de la Cour suprême israélienne Esther Hayut qui a déclaré pendant la cérémonie d’ouverture de la Conférence de l’Association du barreau israélien que « malgré des accusations variées lancées contre le système judiciaire ou ses juges, qui catégorisent leurs différentes prises de décision en les attribuant à des extrémités opposées de la carte politique – en fonction de celui qui les dénonce – les magistrats sont attachés au droit. Ils jugent en fonction de la loi et de rien d’autre ».

Dans l’après-midi de lundi, la police a fait appel du jugement rendu par Saharay devant la Cour de district de Jérusalem.

Dans l’appel, la police a demandé de renverser le jugement, estimant que Saharay s’est trompé « en tirant des conclusions au sujet de la politique gouvernementale concernant les règles de conduite en vigueur sur le mont du Temple ». Selon les forces de l’ordre, le juge se serait appuyé sur « un reportage sur internet ».

La police a aussi affirmé que les jeunes avaient « perturbé un policier en service » en ne se pliant pas aux instructions qui leur avaient été données avant d’entrer sur le mont du Temple. Elle a ajouté que leur comportement avait constitué un trouble à l’ordre public dans la mesure où l’incident avait eu lieu « à la date très sensible du 15 mai », Journée de la Nakba, et dans un climat de tensions accrues sur le lieu saint.

Suite à l’énoncé du jugement, le bureau du Premier ministre Naftali Bennett avait rapidement émis un communiqué établissant très clairement qu’aucun changement n’était prévu dans le statu quo mis en place sur le mont du Temple, qui accueille la mosquée al-Aqsa.

Et dans l’exemple le plus récent de maintien du statu-quo sur le site, des vidéos qui ont circulé lundi sur les réseaux sociaux ont montré plusieurs Juifs arrêtés par la police alors qu’ils tentaient de prier sur le mont du Temple.

Saharay avait rejeté une demande soumise par la police d’interdire à plusieurs adolescents l’accès au mont du Temple pendant une certaine période de temps, après leur arrestation alors qu’ils faisaient la prière sur le lieu saint.

Mais malgré les clarifications et ces assurances répétées sur le respect du statu-quo, le jugement a été critiqué par des députés israéliens et par des acteurs régionaux.

Le ministre de la Coopération régionale, Esawi Frej, a déclaré que « cette décision me rappelle combien il ne faut parfois qu’un seul et unique idiot pour incendier une forêt toute entière ».

« Ce n’est pas une décision juridique mais une décision politique », a dit le député arabe israélien au cours d’un entretien accordé à la station de radio Reshet Bet, dans la matinée de lundi. « Tout le monde dispose d’un périmètre de prière spécialement désigné. Les musulmans prient à la mosquée al-Aqsa et les Juifs prient au mur Occidental. La majorité de la population souhaite que cette situation ne change pas. Nous ne devons pas jouer avec le feu, tout simplement. Nous allons vers une escalade. »

Prenant la défense de Saharay, le ministre de la Justice, Gideon Saar, a estimé que les attaques directes contre les magistrats étaient inacceptables.

« Les attaques personnelles contre les juges n’ont pas leur place ici », a expliqué le ministre. « On peut être en désaccord avec une décision de la Cour mais s’en prendre aux juges eux-mêmes est inacceptable dans le discours public ».

Le ministre de la Justice Gideon Saar dirige une réunion de faction de Tikva Hadasha à la Knesset, le 7 février 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Dimanche, le groupe terroriste du Hamas a annoncé que les juges « jouent avec le feu » et que le jugement « franchit toutes les lignes rouges, marquant une escalade dangereuse dont les responsables de l’occupation assumeront les conséquences ».

La Jordanie déclaré que le jugement était « nul et non avenu » et elle a répété l’importance de faire respecter le statu-quo à Jérusalem.

Le bureau du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a qualifié cette décision de « grave violation du statu quo historique » et il a vivement demandé à Washington « d’intervenir dans les meilleurs délais pour stopper les attaques israéliennes contre notre peuple et contre ce qui est sacré pour lui ».

Dans des propos qui ont aussi fait référence à la prochaine « marche des drapeaux » qui aura lieu dans la Vieille Ville de Jérusalem, le bureau d’Abbas a appelé « notre peuple à résister et à se battre contre ces agressions ».

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas écoute le secrétaire d’État américain Antony Blinken lors d’une déclaration conjointe à Ramallah, en Cisjordanie, le 25 mai 2021. (Crédit : AP Photo/Alex Brandon, Pool, File)

Appelé Haram al-Sharif ou mosquée al-Aqsa par les musulmans, le Mont du Temple est le lieu le plus saint du judaïsme et c’est le troisième sanctuaire le plus sacré de l’islam. C’est l’épicentre émotionnel du conflit israélo-palestinien et les tensions, là-bas, avaient aidé à déclencher le conflit qui avait opposé Israël et les groupes terroristes de Gaza au mois de mai dernier.

La Jordanie maintient depuis longtemps que ses traités conclus avec Israël lui accordent la tutelle des lieux saints chrétiens et musulmans à Jérusalem. Si Israël n’a jamais accepté cette affirmation, l’État juif délègue toutefois l’administration quotidienne du mont du Temple au Waqf, une instance financée par le royaume hachémite.

L’accord déterminant que les Juifs peuvent se rendre sur le mont du Temple mais qu’il leur est interdit d’y prier s’est effiloché ces dernières années, avec des groupes de Juifs – notamment issus des mouvements nationalistes religieux de la ligne dure – qui sont allés régulièrement sur le mont pour y faire la prière. Le gouvernement israélien, de son côté, a dit s’être engagé à faire respecter le statu-quo, malgré des informations laissant entendre que le pays détournerait le regard des contrevenants venus prier sur le site.

Le mois dernier, alors que le mois sacré du ramadan et Pessah coïncidaient cette année, le mont du Temple a été le théâtre d’affrontements quasiment quotidiens entre forces de sécurité israéliennes et émeutiers palestiniens.

Ces tensions accrues dans la capitale ont entraîné une réponse dure de la Jordanie, dont le Premier ministre a utilisé un langage inhabituellement hostile pour condamner « les sympathisants des sionistes » ainsi que « le gouvernement d’occupation ». De son côté, le roi Abdallah II a critiqué l’État juif qui aurait autorisé des pèlerins juifs à pénétrer sur le mont du Temple, appelant le gouvernement israélien à respecter « le statu quo juridique et historique » en vigueur sur le site.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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