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Lavrov prouve que Moscou est une menace pour les Juifs – chef du cabinet de Zelensky

Andriy Yermak a déclaré au ToI qu’il s’attendait à ce qu’Israël renforce sa position pro-Ukraine après les insinuations de Moscou sur la responsabilité des Juifs dans la Shoah

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le chef de cabinet ukrainien Andriy Yermak lors d'une conférence de presse à Kiev, en Ukraine, le 12 février 2022. (Crédit : Ukrainian Presidential Press Office via AP)
Le chef de cabinet ukrainien Andriy Yermak lors d'une conférence de presse à Kiev, en Ukraine, le 12 février 2022. (Crédit : Ukrainian Presidential Press Office via AP)

Les récents propos du plus haut diplomate russe sur le « sang juif » d’Adolf Hitler prouvent que Moscou est une menace pour les Juifs du monde entier et confine à la négation de la Shoah, a déclaré mardi le chef de cabinet du président ukrainien Volodymyr Zelensky.

« Cela montre une fois de plus que la Russie représente une menace existentielle, non seulement pour l’Ukraine, qui compte au moins 100 000 Juifs, mais pour tous les Juifs du monde entier », a déclaré Andriy Yermak au Times of Israel lors d’une conversation sur Zoom mardi.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a déclenché un tollé dimanche en déclarant à un intervieweur italien que « Hitler avait aussi du sang juif » et que « certains des pires antisémites étaient juifs ». Lavrov a tenu ces propos en réponse à une question sur l’affirmation de Moscou selon laquelle la Russie avait envahi l’Ukraine pour « dénazifier » le pays, bien que son président, Zelensky, soit lui-même Juif.

Yermak, âgé de 50 ans, a parlé ouvertement de ses propres racines juives. Son père né à Kiev est juif et il a perdu des membres de sa famille lors du massacre de Babyn Yar en septembre 1941, au cours duquel 33 000 Juifs ont été massacrés par l’Allemagne nazie et ses alliés locaux.

Le chef de cabinet a appelé Israël et les dirigeants des organisations juives à répondre avec force à ces propos, semblant faire écho aux commentaires de Zelensky qui se demandait ouvertement si Jérusalem devait reconsidérer sa relation avec Moscou, dans une vidéo lundi.

« Nous devons être plus résolus dans la manière dont nous agissons », a déclaré Yermak. « Je ne sais pas où se trouve l’ambassadeur russe [en Israël] et s’il est toujours en Israël. De tels propos ne peuvent être laissés sans réponse, une réponse très concrète et claire, non seulement de la part de l’État d’Israël, mais aussi des représentants des organisations juives du monde entier. »

Andriy Yermak, chef de cabinet du président ukrainien Vlodymyr Zelensky, s’adresse à des journalistes israéliens, 24 mars 2022 (Crédit: capture d’écran)

Dirigeants israéliens et juifs ont réagi énergiquement à ces propos, le chef du mémorial de la Shoah de Yad Vashem la qualifiant de « diffamation sanglante ».

Israël a convoqué l’ambassadeur de Russie pour une mise au point, et le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid a déclaré que les commentaires avaient « franchi la ligne rouge ». Il est pour l’heure impossible de savoir si le différend aura des conséquences diplomatiques plus importantes ni dans quelle mesure il jouera un rôle lorsque les responsables se réuniront pour examiner un possible accroissement de l’aide à l’Ukraine dans les prochains jours.

Israël a jusqu’à présent tenté de trouver un équilibre entre le soutien apporté à l’Ukraine et la préservation de bonnes relations avec la Russie, à la consternation de Kiev, bien qu’il ait commencé à s’élever plus vigoureusement contre Moscou et ait accepté d’envoyer des casques et gilets pare-balles, et non plus seulement de l’aide humanitaire.

Yermak a déclaré s’attendre à ce que les propos de la Russie, et les crimes de guerre qui sont révélés au grand jour, « rendent la position du gouvernement israélien davantage favorable à l’Ukraine ».

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergey Lavrov à Moscou, le 24 mars 2022. (Crédit : Kirill KUDRYAVTSEV / POOL / AFP)

Malgré le contrecoup, la Russie n’a pas vacillé. Mardi, son ministère des Affaires étrangères a repris ces propos, affirmant que si pendant la Shoah « certains Juifs ont été forcés de participer à des crimes », Zelensky, qui est juif, « le fait pour sa part tout à fait consciemment et volontairement ». La déclaration officielle a également assuré que l’Ukraine abritait actuellement « l’antisémitisme le plus extrême ».

Elle a évoqué « l’existence de coopération entre Juifs et Nazis » pendant la Shoah, les conseils du Judenrat formés dans de nombreuses communautés juives « dont certains sont connus pour des actes absolument monstrueux ».

Lavrov « a touché le fond du cynisme et du manque d’humanité », a déclaré Yermak en réponse. « Sa déclaration est presqu’une justification de la Shoah. »

Le Ministre russe des Affaires Etrangères, Sergey Lavrov, à gauche, accueille le Ministre israélien des Affaires Etrangères, Yair Lapid, avant leur rencontre en Russie, le jeudi 9 septembre 2021. (Alexander Nemenov/Pool Photo via AP)

Yermak, vêtu du gilet polaire kaki que les dirigeants ukrainiens ont transformé en l’uniforme officieux d’une guerre qui en est à son 69e jour, a déclaré que la négation de la Shoah faisait écho avec le combat des Ukrainiens face aux tentatives de la Russie de commettre un génocide contre eux.

« Nous comprenons ce que cela signifie », a-t-il souligné.
Évoquant des frappes de missiles russes sur le lieu de pèlerinage juif d’Ouman, près du ravin de Babyn Yar, et sur un mémorial de la Shoah près de Kharkiv, Yermak a déclaré que « ce ne sont pas des accidents. C’est délibéré et nous devons en tirer des conclusions. Tous autant que nous sommes. »

« Nous ne pardonnerons pas »

Yermak a salué la détermination d’Israël, après la Seconde Guerre mondiale, à faire en sorte que les criminels de guerre nazis soient traduits en justice pour leurs crimes, et a déclaré que cela servirait de modèle à l’Ukraine.

« [Cela vaudra pour] tous ceux qui ont commis des crimes, des crimes qui choquent ceux qui en sont témoins », a déclaré Yermak. « Tous ceux qui ont tué et violé des femmes et des enfants. Les responsables de tous ces crimes, ceux qui géraient ou donnaient des instructions, doivent être tenus responsables. »

Nadiya Trubchaninova, 70 ans, au centre, et son fils Oleg, 46 ans, assistent aux funérailles de son fils Vadym, 48 ans, tué par des soldats russes le 30 mars à Bucha, dans le cimetière de Mykulychi, à la périphérie de Kiev, en Ukraine, le 16 avril 2022. (Crédit : AP Photo/Rodrigo Abd)

« Nous ne pardonnerons à personne, pour ce qui a été fait et continue à se faire. »

Yermak, s’exprimant en ukrainien avec un interprète, a déclaré que le Premier ministre Naftali Bennett était le bienvenu à Kiev.

« Nous serons toujours heureux de recevoir le Premier ministre Bennett en Ukraine », a déclaré le chef de cabinet. « Lorsqu’il prendra cette décision, nous serons heureux de l’accueillir, de profiter de sa compagnie et d’évoquer notre relation. »

Il a déclaré qu’Israël, qui a su bâtir une économie militaire puissante et robuste tout en faisant face à un conflit persistant, était un modèle pour l’Ukraine. Kiev est impatiente d’approfondir ses liens en matière de sécurité.

« Nous souhaitons approfondir nos relations militaires », a souligné Yermak.
« Nous souhaitons bénéficier de l’expérience [israélienne] et acquérir de l’armement. Ces derniers propos, et toute la politique russe, montrent une fois de plus que nous devons rester unis. »

Le président russe Vladimir Poutine, à droite, et le Premier ministre israélien Naftali Bennett pendant leur rencontre à Sotchi, en Russie, le 22 octobre 2021. (Crédit : Evgeny Biyatov, Sputnik, Kremlin Pool Photo via AP)

Israël a fait en sorte de maintenir des relations de bonne qualité avec la Russie et l’Ukraine depuis que le président russe, Vladimir Poutine, a ordonné à ses forces d’envahir le 24 février. Bennett a eu plusieurs conversations téléphoniques avec Poutine et Zelensky au cours des premières semaines de la guerre et tenté de mettre à profit les relations d’Israël avec les deux pays pour promouvoir la négociation d’un cessez-le-feu. Dans le même temps, Israël ne donnait pas suite aux demandes de Kiev ou de l’Occident de fournir des équipements militaires tels que des batteries anti-missiles, dans le cadre d’une politique destinée à préserver ses relations avec la Russie.

À la place, il a envoyé une centaine de tonnes d’aide humanitaire et déployé un hôpital de campagne dans l’ouest de l’Ukraine pendant six semaines.

Ces dernières semaines, Jérusalem a semblé prendre de la distance avec cette approche, acceptant d’envoyer des casques et des gilets pare-balles aux secouristes en Ukraine et accusant explicitement la Russie de crimes de guerre à la vue des atrocités commises dans des villes et villages à travers le pays.

« Tous ceux qui soutiennent le bien, la démocratie, la liberté, doivent croire que l’Ukraine va l’emporter », a déclaré Yermak. « Mais il est très important pour nous d’être unis dans ce combat pour la liberté. »

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