Le bureau de vote du Likud à Tel Aviv : un îlot de calme dans la tempête météo
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Le bureau de vote du Likud à Tel Aviv : un îlot de calme dans la tempête météo

L'atmosphère au bureau de vote tranche avec la météo déchaînée, et avec la campagne très disputée, car les membres du parti bravent la pluie pour choisir entre Netanyahu et Saar

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Des membres du parti Likud à un bureau de vote pour voter lors des primaires pour la direction du Likud, à Tel Aviv, le 26 décembre 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)
Des membres du parti Likud à un bureau de vote pour voter lors des primaires pour la direction du Likud, à Tel Aviv, le 26 décembre 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

Des milliers d’électeurs du Likud ont bravé le mauvais temps pour voter lors de la primaire du parti entre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son challenger Gideon Saar, jeudi.

Bien que le vote chaudement disputé soit la première contestation sérieuse de l’emprise de Netanyahu sur le parti depuis plus d’une décennie, le taux de participation était légèrement en baisse par rapport aux primaires de 2014 dès le début de l’après-midi, probablement en raison du mauvais temps.

Dans un bureau de vote du centre de Tel Aviv, une pluie battante n’a pas été la seule chose qui a frappé le défilé du Likud. Des lève-tôt qui ont fait des pieds et des mains pour voter à la première heure sont arrivés aux isoloirs à 8 heures du matin pour découvrir qu’ils n’ouvraient qu’à 9 heures, malgré ce qu’on leur avait dit.

« Je n’attendrai pas une heure. Je dois aller travailler. Je vais peut-être réussir à voter dans la soirée, mais ce malentendu est plutôt décevant », a déclaré un des votants potentiels en partant.

D’autres se sont plaints d’avoir été renvoyés des bureaux de vote où ils étaient arrivés après qu’on leur ait dit qu’ils étaient inscrits ailleurs, parfois dans des villes où ils n’avaient jamais vécu auparavant.

La semaine dernière, les alliés de Netanyahu ont demandé avec succès au tribunal du Likud de ne permettre aux membres du parti de voter que dans la ville où ils sont enregistrés et non ailleurs, comme cela a été le cas lors des précédentes élections pour la présidence du parti.

« Je ne pourrai pas voter pour l’instant. Il n’y a aucun moyen de me rendre au bureau de vote. Certainement pas par ce temps », a déclaré Sara Harimi, une membre du Likud à qui on a dit qu’elle était inscrite à Rishon Lezion, à une dizaine de kilomètres.

« Je ne suis presque jamais allée là-bas, encore moins habité », a-t-elle déploré.

Le député Likud Gideon Saar (G), accompagné de son épouse Geula Even Saar, arrive pour voter lors des primaires pour choisir le président du parti à Tel Aviv, le 26 décembre 2019. (JACK GUEZ / AFP)

Mais malgré la frustration occasionnelle de l’électeur et une campagne dans laquelle Netanyahu a accusé Saar de préparer un « coup » contre lui et Saar d’intimider les partisans de Netanyahu, l’atmosphère au bureau de vote ne correspondait pas à celle de la tempête à l’extérieur.

Attendant dans la file d’attente pour voter, un électeur qui s’est déclaré pour Saar et un membre du Likud portant un t-shirt de Netanyahu ont entamé un débat poli sur l’avenir du parti.

« Nous avons besoin d’un changement afin de gagner de manière décisive. C’est la seule façon d’aller de l’avant », a déclaré le supporter de Saar.

« Comment savez-vous que Saar peut faire ça ? » répondit le partisan de Netanyahu. « Le Premier ministre l’a déjà fait et peut le faire à nouveau. »

S’adressant au Times of Israel, le ministre de la Science et de la Technologie Ofir Akunis, qui a soutenu M. Netanyahu, a déclaré que la compétition ne représentait pas une scission au sein du parti mais plutôt « une candidature démocratique légitime de Saar contre le dirigeant en place ».

Malgré les craintes que le ressentiment persiste au Likud après cette compétition, que Netanyahu devrait facilement gagner, Akunis a déclaré qu’“il n’y aura pas de problème dans le parti après aujourd’hui parce que nous sommes un parti avec un objectif commun”.

Il a ajouté qu’il estimait que la primaire était bonne pour le parti.

« Nous avons vu ces deux dernières semaines combien les gens sur le terrain étaient enthousiastes pour Netanyahu. Il illuminait les réunions de salon. Je m’attends à ce que cette énergie se poursuive pour les élections nationales de mars. »

Certains partisans de Netanyahu n’étaient pas d’accord, disant que la primaire pourrait nuire à la fois à Netanyahu et au parti du Likud, même si le Premier ministre gagne. Les analystes disent que même si Saar obtient 30 % des votes, cela mettra en évidence les faiblesses du soutien à Netanyahu, qui contrôle le parti depuis 15 ans et n’a jamais eu à faire face à un défi sérieux pour la position de leader.

Des gens regardent une affiche de Benjamin Netanyahu, Premier ministre et chef du Likud au pouvoir, dans un centre de vote de la ville de Hadera, dans le nord d’Israël, le 26 décembre 2019. (AP/Ariel Schalit)

« Tout le monde peut voter comme il veut, mais dans cette situation, avec toute la pression qu’ils exercent sur lui, nous devons le soutenir », a déclaré Etti Aharon, une membre du Likud de longue date, dans son antenne du nord de Tel Aviv, en référence aux accusations criminelles portées contre le Premier ministre.

« Montrer que nous ne sommes pas unis derrière lui maintenant pourrait le blesser », a-t-elle averti.

Un autre supporter de Netanyahu, Ofer Baran, a dit que la primaire était « une perte de temps coûteuse » qui « ne servira qu’à renforcer un peu le profil de Saar tout en donnant une mauvaise image au Likud ».

Aharon et Baran, cependant, ont tous deux convenu que la candidature de Saar était légitime et que, même s’ils la jugeaient préjudiciable, il avait le droit de se présenter.

Les supporters de Saar au bureau de vote, qui s’est rempli et vidé au fur et à mesure que le soleil faisait coucou au milieu de très fortes pluies, ont peut-être été plus catégoriques, insistant sur le fait que non seulement Saar avait le droit de se présenter, mais qu’il devait le faire.

« Il ne s’agit pas seulement de Gideon Saar. Il s’agit du Likud, de la droite et de l’avenir d’Israël », a déclaré Mikael Amnon, un comptable de 29 ans de Tel Aviv qui a dit avoir voté pour Saar.

« J’ai toujours soutenu Netanyahu, mais il n’a pas réussi à former une coalition et je pense vraiment que nous avons une bien meilleure chance avec Gideon », a déclaré Amnon.

Un membre du Likud est assis près d’une affiche du politicien expérimenté Gideon Saar du Likud, le 26 décembre 2019, dans un centre de vote de la ville de Hadera, dans le nord d’Israël. (AP/Ariel Schalit)

Pour Lucy Yaroni, qui participait pour la première fois aux élections primaires du Likud, Saar offre une chance non seulement de gagner, mais aussi d’orienter le parti dans une nouvelle direction.

« Je suis préoccupée par certaines des choses que j’entends au sujet des accusations et des enquêtes portées à la direction du parti », a-t-elle dit, s’éloignant cette fois-ci des partisans de Netanyahu, qui, selon elle, ne seraient pas si heureux d’entendre de telles accusations, malgré l’atmosphère courtoise.

Même Saar n’a pas fait campagne pour remplacer Netanyahu à cause des accusations portées contre lui, mais plutôt à cause de l’incapacité du Premier ministre à former un gouvernement après deux tentatives.

« Je pense que Saar apporte un ton différent. Il est déterminé mais pas agressif. Ironiquement, il n’est pas si orageux », dit-elle, en plaisantant sur le fait que le nom de Saar, opportunément ou non, signifie littéralement « tempête ».

Au milieu de la pluie battante, les bureaux de vote resteront ouverts jusqu’à 23 heures.

Les résultats sont attendus à partir d’une heure du matin environ.

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