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Le cabinet vote le report de l’évacuation de Khan al-Ahmar

Les villageois bédouins, installés à une proximité dangereuse de l'autoroute, proposent de se déplacer à une centaine de mètres

Les forces israéliennes gardent l'entrée de  Khan al-Ahmar, en Cisjordanie, à l'est de Jérusalem, le 5 juillet 2018 (Crédit :  AFP Photo/Thomas Coex)
Les forces israéliennes gardent l'entrée de Khan al-Ahmar, en Cisjordanie, à l'est de Jérusalem, le 5 juillet 2018 (Crédit : AFP Photo/Thomas Coex)

Face aux réactions féroces de l’aile la plus à droite de sa coalition, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a promis dimanche matin que le hameau bédouin de Khan al-Ahmar, à l’est de Jérusalem, « sera évacué ».

Cette promesse a été faite quelques heures après l’annonce par le bureau de Netanyahu du report de l’évacuation programmée jusqu’à une date indéterminée – dans un contexte de nouveaux pourparlers lancés entre le gouvernement et les habitants de ce village délabré.

Ce report a entraîné de furieuses réponses de la part des députés issus de la formation nationaliste HaBayit HeYehudi, qui ont qualifié cette décision de « révoltante » et « scandaleuse ».

Dans une déclaration faite devant les journalistes aux côtés du secrétaire au Trésor américain Steven Mnuchin, qui se trouve actuellement en Israël, Netanyahu a dit que « Khan al-Ahmar sera évacué. C’est la décision qui a été prise par le tribunal, c’est notre politique, et cette évacuation sera menée à bien. Je n’ai aucunement l’intention de la reporter indéfiniment, contrairement à ce que la presse annonce, mais je ne l’ai ajournée que pour une courte période, limitée dans le temps ».

La Haute cour de justice n’a pas ordonné à l’Etat de procéder à cette évacuation, contrairement à ce que certains responsables de droite ont clamé. Elle a statué le mois dernier que seul l’Etat avait la permission de le faire au niveau légal, tout en recommandant que soient prises de nouvelles initiatives – susceptibles d’aboutir sur une solution plus favorable pour les résidents.

« Le calendrier de l’évacuation à laquelle pourront souscrire les résidents sera décidé par le cabinet de sécurité que je réunis en ce jour », a continué Netanyahu. « Il sera court, et je pense qu’il sera convenu en accord avec les habitants ».

La déclaration faite par le Premier ministre est venue clarifier un communiqué émis par son bureau, samedi soir, qui affirmait que le report avait pour objectif de « permettre l’avancée de négociations et d’examiner les propositions reçues par les différentes parties, et notamment ces derniers jours ».

Le village bédouin de Khan al-Ahmar, en Cisjordanie, le 6 septembre 2018. (Ahmad Gharabli / AFP)

La principale proposition consisterait à déplacer le village à une distance allant comprise entre 500 mètres à un kilomètre de la Route 1, vers le nord, à l’écart de la route dangereuse et des terres qui sont actuellement revendiquées par l’implantation voisine de Kfar Adumim. Le hameau serait alors réinstallé sur des parcelles de terrain qui sont la propriété du village palestinien d’Anata.

Toutefois, le cabinet de sécurité réuni dans l’après-midi de dimanche a voté pour un report de « plusieurs semaines » dans le but de laisser du temps pour les négociations en vue d’une évacuation convenue avec les habitants du hameau bédouin de Cisjordanie.

Le ministre de l’Education, Naftali Bennett, et la ministre de la Justice, Ayelet Shaked, ont été les seuls à s’opposer à la proposition présentée par le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman a déclaré pour sa part que la décision prise par le cabinet sur la démolition de Khan al-Ahmar, malgré les semaines de retard, est irréversible.

« Le gouvernement doit tenter une nouvelle évacuation volontaire, mais à partir du moment où le cabinet a décidé que Khan al-Ahmar sera évacué, ce processus est irréversible », a-t-il déclaré durant une conférence au Jerusalem Institute for Strategic Studies.

Il a critiqué le ministre de l’Education Naftali Bennett et la ministre de la Justice Ayelet Shaked, qui ont voté contre la proposition de reporter la démolition du hameau bédouin du centre de la Cisjordanie, soumise par le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

« Je ne pense pas qu’il faille constamment être opposé au Premier ministre… Parfois, il faut savoir être flexible, plutôt que transformer chaque chose en lutte interne, en lutte au sein du camp, juste pour gagner quelques votes », a-t-il dit.

Les autorités israéliennes affirment depuis longtemps que la proximité du village avec cet axe routier majeur menace la sécurité des villageois comme des automobilistes.

L’idée de déplacer le hameau – notamment sur les terres qui dépendent d’Anata – avait été soulevée par les habitants de Khan al-Ahmar eux-mêmes il y a trois ans, et rappelée encore une fois il y a six mois. Les responsables israéliens avaient alors ignoré cette suggestion.

Cette volonté nouvelle de prendre en compte cette possibilité pourrait émaner des pressions diplomatiques croissantes de la part des gouvernements européens et étrangers. Elle pourrait également être liée à l’avertissement voilé lancé par Fatou Bensouda, procureure à la Cour pénale internationale (CPI), qui a indiqué suivre le dossier de près et que le transfert de populations protégées en zone occupée s’apparentait à un crime de guerre.

L’offre faite par les résidents est une tentative d’échapper à l’évacuation programmée vers des parcelles de terrains plus distantes, situées dans la ville palestinienne d’Abu Dis, à l’est de Jérusalem. Les Bédouins affirment ne pas être désirés là-bas par la population locale, et insistent sur le fait qu’ils ne pourront pas y faire pâturer leurs troupeaux de chèvres et de moutons.

Le ministre de l’Education Naftali Bennett parle à la presse avant la réunion hebdomadaire de cabinet au bureau du Premier ministre de Jérusalem, le 16 septembre 2018 (Crédit : Marc Israel Sellem/POOL/Flash90)

Les leaders de HaBayit HeYehudi ont dénoncé le report dès qu’il a été annoncé, samedi soir. La formation de droite a affirmé que cette décision mettait en avant une application de la loi discriminatoire, notant que certaines parties d’implantations israéliennes qui avaient été illégalement construites sur des terres privées palestiniennes avaient été évacuées par la force par le gouvernement ces dernières années – même si Khan al-Ahmar n’est pas situé sur des terres privées, mais bien sur des terres contrôlées par l’Etat.

« Khan al-Ahmar sera évacué », a commenté dimanche le chef de HaBayit HaYehudi, Naftali Bennett, qui est aussi ministre de l’Education. « Nous parlons de constructions illégales dont la démolition a été approuvée par la Haute cour. Dans un pays de droit, la loi est appliquée, et ce, même si la communauté internationale s’oppose et menace. Le parti HaBayit HaYehudi s’assurera que c’est très exactement ce qu’il va se passer ».

« Il est inacceptable que l’application [des lois sur les constructions] ne s’effectue que dans le cas des villes juives », a déclaré pour sa part le ministre de l’Agriculture Uri Ariel, résident de Kfar Adumim, dimanche.

« C’est un grave coup porté à la souveraineté ainsi qu’à la gouvernance du gouvernement de droite israélien. J’appelle le Premier ministre à revenir sur sa décision et à évacuer l’avant-poste de Khan al-Ahmar dès cette semaine ».

Cette décision a, en revanche, été saluée par un groupe appelé les « Amis des Jahalin », composé d’activistes et d’habitants d’implantations voisines du hameau bédouin.

« Nous accueillons avec joie la décision prise par le Premier ministre et nous espérons, au nom de l’Etat d’Israël et de la société israélienne, qu’une solution équitable et humaine sera trouvée, ce que le gouvernement sait faire quand il le désire », a-t-il commenté.

Les députés du parti du Likud ne s’étaient pas encore exprimés, dimanche, au sujet de cette décision.

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