Le caricaturiste désinvité de la Maison Blanche défend son dessin controversé
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Le caricaturiste désinvité de la Maison Blanche défend son dessin controversé

Ben Garrison estime que son dessin représentant George Soros et les Rothschild manipulant les hauts responsables américains n'est pas une théorie du complot mais un fait historique

Une caricature antisémite du dessinateur Ben Garrison dépeint des officiels du gouvernement en marionnettes de George Soros et des Rothschild. (Ben Garrison)
Une caricature antisémite du dessinateur Ben Garrison dépeint des officiels du gouvernement en marionnettes de George Soros et des Rothschild. (Ben Garrison)

JTA — L’auteur d’une caricature politique qui montrait des responsables de haut rang américains en marionnettes de George Soros et des Rothschild a défendu son travail et accusé l’Anti-Defamation League (ADL) de le diffamer.

Mercredi, le site américain Politico a rapporté que Ben Garrison ne participerait finalement pas au sommet sur les réseaux sociaux organisé par la Maison Blanche après des plaintes de l’ADL et d’autres qui reprochent à sa caricature de 2017 d’être antisémite.

Dans des courriels adressés à JTA mardi et mercredi, Ben Garrison a fait savoir qu’il avait « été viré » du sommet.

L’intéressé a également défendu sa caricature, dans laquelle George Soros, un philanthrope juif, manipuler H.R McMaster et l’ancien directeur de la CIA, le général David Petraeus. Au-dessus de lui, une main verte étiquetée « Rothschild », la célèbre famille de banquiers juive, tire les ficelles.

H.R. McMaster, conseiller américain à la sécurité nationale, pendant le Forum mondial 2017 de l’AJC, à Washington, D.C., le 4 juin 2017. (Crédit : capture d’écran)

À l’époque, différents membres de « [l’]alt-right » (extrême droite) — y dont Mike Cernovich, un animateur radio ayant commandé la caricature de Ben Garrison — accusaient H.R McMaster et d’autres conseillers de Trump de saboter l’agenda du président pour le compte des « mondialistes » et des « islamistes ».

L’ADL avait dénoncé le caractère « antisémite flagrant » de ce dessin, jugeant que « l’idée de ce dessin est claire : (HR) McMaster [alors conseiller à la sécurité nationale] n’est qu’une marionnette du complot juif ». George Soros est une cible fréquente de la droite pour ses idées de gauche et sa défense de la démocratie aux États-Unis et en Europe, et certains de ces critiques ont pris la forme de tropes antisémites historiques, notamment ceux du « marionnettiste » et de la « pieuvre ».

Alors que les Rothschild font souvent l’objet de théories du complot antisémites sur leur main-mise sur le monde depuis le 19e siècle, aucun des membres actuels de la famille n’est particulièrement connu pour son militantisme politique.

Ben Garrison a néanmoins défendu son dessin en indiquant que la famille avait joué un grand rôle dans l’évolution du système de banque centrale, notamment en jouant un rôle « crucial en coulisses dans la création de la Réserve fédérale ».

« Tout ça n’est pas de la théorie du complot, ce sont des faits historiques », a-t-il écrit à la JTA. « Mais aujourd’hui, quiconque mentionne le mot ‘R’ est calomnié d’antisémite. Aujourd’hui, ils veulent réduire au silence toute critique de George Soros par les mêmes moyens. Ils utilisent l’insulte d’antisémitisme comme tactique pour faire taire les critiques ».

La Réserve fédérale, la banque centrale des États-Unis, a été créée par décret du Congrès en 1913. Les seules allégations sur le rôle des Rothschild dans sa fondation ne sont présentes que sur différents sites conspirationnistes. L’ADL qualifie l’affirmation selon laquelle la Réserve est contrôlée par les Juifs « d’exemple classique d’exploitation paranoïaque d’inquiétudes légitimes par des semeurs de haine — en l’occurrence ici, l’économie du pays ».

George Soros, fondateur et président de l’Open Society Foundations, assiste à la réunion annuelle du Conseil européen des relations extérieures, à Paris, France, le 29 mai 2018. (François Mori/AP)

Le caricaturiste a indiqué à la JTA qu’il avait des amis juifs libertariens qui attesteront qu’il n’est pas antisémite. Il a également envoyé un e-mail le défendant signé par quelqu’un se présentant comme étant le rabbin Joseph Kolakowski et le « grand-rabbin de Coblence ».

JTA a contacté Joseph Kolakowski, qui a expliqué qu’il dirigeait un programme d’aumônerie dans une prison de Pennsylvanie et s’est attribué ce titre pour rendre hommage à son ancêtre venu de cette ville allemande.

Il a également fait savoir que même s’il ne connaissait pas Ben Garrison personnellement, il « rejette toute l’idéologie de ‘sémitisme’ et ‘d’antisémitisme' ».

« Il n’y avait pas de référence à la foi ou la religion de la Torah dans la caricature de M. Garrison, » a-t-il écrit. « Je pense que George Soros est un ennemi des idées fondamentales de l’Amérique, c’est un individu très dangereux ».

Sur son site internet, le dessinateur se décrit comme « un caricaturiste politique indépendant basé dans le nord-ouest du Montana ». Ses caricatures ont été publiées sur des sites de droite comte Breitbart et InfoWars.

« Je suis un caricaturiste conservateur libertarien », a-t-il dit à la JTA. « Je suis pro-constitution et pro-liberté. Je suis anti-guerre, anti-gros gouvernement, et surtout anti-communisme, que je considère comme le mal ».

D’après son site, il a commencé à réaliser des caricatures en 2009 « pour protester contre le sauvetage de la banque centrale, le gouvernement d’envergure et le glissement vers la tyrannie ». Sa page web note également, comme l’avait rapporté un article récent de Wired, que son travail a souvent été détourné par des trolls internet d’extrême droite qui ajoutent des images et messages racistes et antisémites qu’il rejette.

En effet, il a accusé l’ADL de diffamation, car l’organisation a utilisé l’un de ses dessins détournés dans un guide sur les stéréotypes antisémites concernant les Juifs et l’argent. L’ADL a publié une version de la caricature sur laquelle des tiers avaient juxtaposé des images stéréotypées de Juifs.

« Nous songeons à les poursuivre en justice », a écrit Ben Garrison. « Autre chose — qui sont-ils pour s’ériger en arbitres de la liberté d’expression ? Ils aiment calomnier les gens et les faire virer pour avoir exercé leur liberté d’expression. C’est l’ADL qui se livre à des discours haineux, pas moi ».

Les détracteurs de la décision de la Maison Blanche d’inviter Ben Garrison au sommet de jeudi — qui doit se focaliser sur le parti pris anti-conservateur présumé des entreprises de la tech — ont soulevé que le président Donald Trump avait fortement dénoncé une caricature du New York Times jugée antisémite.

Le Times s’était excusé pour ce dessin d’avril qui dépeignait Benjamin Netanyahu en chien d’aveugle portant une étoile de David et guidant le chef de l’État américain coiffé d’une kippah.

Interrogé au sujet de ce dessin, Ben Garrison a répondu, « Le journal n’aurait pas dû s’excuser ».

« Les responsables d’édition doivent réfléchir AVANT que quelque chose ne soit publié », a déploré le dessinateur. « S’ils veulent que les caricatures soient inoffensives, alors elles seront également sans effet. Les caricatures sont censées amuser ou mettre en colère. Tout le reste n’est que du politiquement correct ».

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