Le célèbre chef d’orchestre juif Michael Tilson Thomas meurt à l’âge de 81 ans
Né à Los Angeles, ce descendant d'une famille emblématique du théâtre yiddish, avait dirigé de nombreux orchestres à travers le monde, dont Israël ; il a succombé à un cancer du cerveau

JTA — Il y a un an, Michael Tilson Thomas avait brandi sa baguette pour diriger à San Francisco un concert qu’il avait annoncé comme étant son dernier.
Ce descendant du théâtre yiddish et figure de proue de la musique classique contemporaine avait appris qu’un cancer du cerveau était réapparu, et il savait que ses jours étaient comptés.
« Nous avons tous l’occasion de reprendre cette vieille expression du monde du spectacle : ‘C’est dans la boîte’ », avait-il déclaré sur son site web après avoir dirigé la Symphonie n° 5 de Gustav Mahler avec l’Orchestre symphonique de San Francisco, l’un des nombreux orchestres qu’il a dirigés au cours de sa carrière légendaire. Il avait conclu : « La vie est précieuse. »
Thomas est décédé mercredi à son domicile de San Francisco, quatre jours avant le premier anniversaire de ce concert. Il avait 81 ans.
Parmi les nombreuses personnes qui lui ont rendu hommage, des admirateurs de la scène florissante du théâtre yiddish de l’Amérique du début du XXᵉ siècle, une scène à laquelle appartenaient les parents du défunt.
« Petit-fils des stars du théâtre yiddish Boris et Bessie Thomashevsky, Michael est né et il a grandi à Los Angeles. Il a apporté une contribution inestimable non seulement au monde de la musique, mais aussi à travers des représentations, des enregistrements et des initiatives de conservation qui ont documenté l’héritage musical de ses grands-parents », a déclaré le Milken Archive of Jewish Music de l’université de Californie à Los Angeles (UCLA).
« Que sa mémoire soit une bénédiction. »
Né en 1944 à Los Angeles, il avait montré dès son plus jeune âge un talent prometteur et un attachement profond à la musique classique. Après avoir obtenu son diplôme à l’université de Californie du Sud, il avait dirigé de nombreux orchestres symphoniques à travers le monde, notamment en Israël, et il était devenu un ambassadeur de la musique classique auprès du grand public.
Il s’était surtout fait connaître au sein de l’Orchestre symphonique de Boston, dont il était devenu chef d’orchestre adjoint en 1968, puis à la tête de l’Orchestre symphonique de San Francisco et du New World Symphony de Miami, qu’il avait fondé en 1987 avec l’aide de l’homme d’affaires israélien Ted Arison, afin de venir en aide aux jeunes musiciens.
Sa carrière avait connu un revers après son arrestation en 1978 pour introduction de drogue dans le pays depuis Londres.
« Les gens ont découvert que je n’étais pas le gentil garçon juif modèle », avait-il déclaré au New York Times Magazine en 1995.
« Cet événement m’a fait passer du statut d’enfant prodige à celui de desperado. Ça m’a fait mal, et je n’ai probablement pas obtenu certains postes que j’aurais pu décrocher, mais la souffrance est importante et instructive pour un musicien. »
Malgré cet incident, Thomas avait continué à faire des tournées, à enchaîner les rôles et à enregistrer des albums. Il avait remporté onze Grammy Awards pour les enregistrements des orchestres qu’il avait dirigés.
Au cours de sa carrière, Thomas avait assumé ses racines et son identité juive à travers un large éventail de compositions, dont « From the Diary of Anne Frank », commandée en 1969 par l’UNICEF pour l’actrice Audrey Hepburn.
En 2018, il avait composé et dirigé « Grace », un hommage rendu à l’occasion du 80ᵉ anniversaire de son mentor et collègue, Leonard Bernstein, autre enfant prodige juif auquel il était souvent comparé. Il avait dirigé cette œuvre narrée avec le BSO à Tanglewood, dans l’ouest du Massachusetts.
Le projet le plus connu de Thomas sur le thème juif avait été « The Thomashefskys : Music and Memories of a Life in the Yiddish Theater ». Il s’agissait d’un hommage à ses grands-parents immigrés, Boris et Bessie, qui, au début du XXᵉ siècle, étaient devenus des artistes et producteurs pionniers du théâtre yiddish dans le Lower East Side de New York.
« Mes grands-parents sont devenus des mégastars dans leur nouveau pays. Le théâtre yiddish occupait une place centrale dans leur vie », avait écrit Tilson Thomas.
« The Thomashefskys », joué à l’échelle internationale, exprimait la fierté de Tilson Thomas pour ses racines juives, selon Joshua Jacobson, fondateur et directeur artistique du Zamir Chorale de Boston, spécialiste de la musique juive.
« Il ne cachait pas le fait qu’il était juif. En fait, il consacrait des programmes à ce sujet », a déclaré Jacobson.
Tilson Thomas avait été précédé dans la mort par son mari, Joshua Robison, qu’il avait rencontré dans le cadre d’un programme d’orchestre au collège. Les deux hommes avaient commencé à sortir ensemble en 1976 et ils s’étaient mariés en 2014. Robison est décédé en février, des suites d’une chute. Il laisse également derrière lui sa sœur, ses nièces et ses neveux, d’après un communiqué de sa famille.







