Le chef d’orchestre israélien « andalou » qui séduit même le roi du Maroc
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Le chef d’orchestre israélien « andalou » qui séduit même le roi du Maroc

Tom Cohen a grandi à Beer Sheva, vit à Bruxelles, dirige des orchestres dans cinq pays et fait son retour à Akko pour le festival Arabesque

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Chef d’orchestre atypique qui n’a pas suivi de formation classique et qui joue de la mandoline, il a composé la musique du générique d’une série télé qui est devenu l’hymne des stades et des supporters de football.

C’est ce qui est arrivé à Tom Cohen, qui a composé le thème musical de « Zaguri Imperia », et dont les « Oh, oh, oh, oh, oh, oh, » sont devenus le refrain entonné par de nombreux spectateurs dans les stades de foot israéliens.

Mais tout cela n’est pas nouveau.

Le chef d’orchestre âgé de 36 ans est aujourd’hui de retour en Israël pour diriger le deuxième festival Arabesque d’Akko, du 11 au 15 juin, qui propose des musiques arabes et andalouses interprétées par des artistes arabes et juifs, dont Miri Mesika, Sarit Hadad et Raymond Abecassis, l’Orchestre Firqat El Nour et Violet Salameh.

Chaque artiste va chanter dans sa langue maternelle et dans d’autres langues, pour créer des liens qu’ils sont curieux de mettre en place, explique Tom Cohen.

« C’est vraiment fantastique pour moi, en tant que musicien, de réunir de grandes vedettes israéliennes comme Miri Messika ou Sarit Hadad, aux côtés d’une légende comme Violet Salameh », se réjouit le chef d’orchestre.

C’est le message du festival puisque la musique montre que toutes les personnes impliquées partagent la même culture, identité et tradition, ‘nous partageons les mêmes racines' », ajoute-t-il.

La musique andalouse, la musique arabe classique est jouée partout à travers le Levant. C’est un élément central de la vie de Tom Cohen, et cela l’a été pendant toute sa carrière.

Quand Tom Cohen était enfant à Beer Sheva, il entendait de la musique et la langue arabes dans son quartier, mais elles n’étaient pas présentes sur les grandes scènes musicales, c’était la langue de l’ennemi, explique-t-il.

Avec l’arrivée de YouTube et Facebook, les choses ne sont plus noires et blanches, ajoute-t-il, et le message peut être plus complexe.

Son amour pour la musique andalouse a commencé alors qu’il était encore adolescent. Il a ensuite été recruté pour assister l’arrangeur musical de ce qui était alors l’orchestre andalou israélien. Il existe aujourd’hui plusieurs orchestres andalous.

Il a fini par en devenir le chef de l’orchestre – « c’était comme passer de sous-chef à chef », c’est là qu’il a commencé à recevoir des invitations d’orchestres du monde entier.

On pourrait dire que Tom Cohen est un expert en musique andalouse.

Il est actuellement le directeur musical et chef d’orchestre de l’Orchestre de Jérusalem Est et Ouest (il célèbre ses dix ans à ce poste). Il dirige et supervise le MED ou l’orchestre méditerranéen à Bruxelles, où il vit aussi avec sa femme née au Liban et leur fils. Il a fondé et dirige l’orchestre andalou à Montréal, composé de musiciens canadiens avec une formation occidentale classique. Il est le chef d’orchestre et le co-directeur d’un orchestre qui joue en France et qui comprend des musiciens algériens.

Enfin, il a fondé un autre orchestre au Maroc, le berceau de la musique andalouse, à la demande personnelle du roi du Maroc.

Il y a beaucoup d’orchestres andalous au Maroc, mais ils voulaient Tom Cohen pour la manière dont il travaille, a-t-il dit.

« Nous essayons de créer une nouvelle langue musicale, et c’est tout à fait naturel dans des lieux comme Jérusalem ou Akko où les cultures occidentales et orientales ont vécu et existé pendant des milliers d’années comme culture locale, et non comme étrangère », explique le chef d’orchestre.

Il a dit qu’il ne voyait pas cela comme une fusion de l’Est et de l’Ouest, mais plutôt comme la formation d’une nouvelle langue.

« Notre démarche est différente. Nous ne sommes pas seulement focalisés sur la musique andalouse, nous sommes beaucoup moins focalisés sur sa préservation. Pour moi, la meilleure façon de saisir l’essence de ce qui a fait de cette musique quelque chose de super et génial, c’est de l’habiller dans des nouveaux vêtements, avec des harmonies occidentales, de manière à lui donner plus de valeur. J’essaie de créer une musique telle que si la vous connaissez déjà, vous aimerez le travail accompli, et que si vous ne l’avez jamais entendue, vous puissiez la comprendre ».

Tom Cohen a le sentiment que lui et d’autres jeunes musiciens d’Israël et d’ailleurs continuent de porter un amour et un respect profonds pour la tradition, la vie et le souffle dans leur musique, et de « perpétuer un héritage, de le conduire vers une autre étape », a-t-il dit.

Au final, pour en revenir à « Zaguri Imperia », créée et écrite par Moar Zaguri, un ami acteur, qui a basé la série populaire sur l’histoire de sa propre famille marocaine.

Quand il réfléchissait à l’idée de la série, Moar Zaguri a demandé à son ami de composer le thème musical. Mais quand le moment final est arrivé, il rejetait tout ce que Tom Cohen avait créé. En fin de compte, le compositeur a fini par trouver la musique qui a finalement été utilisée pour la série, mais Moar Zaguri ne l’aimait pas non plus.

« Je lui ai dit, ‘Ecoute, c’est la bonne' », se souvient Tom Cohen. « Les gosses en voyages scolaires et les fans dans les stades de football vont la chanter ».

Moar Zaguri lui a fait confiance et l’a utilisée. Quelques mois plus tard, il appelle son ami musicien et met son téléphone sur haut-parleur pour qu’il puisse entendre la foule chanter sa musique sur la place Rabin de Tel Aviv, après que l’équipe de basketball du Maccabi Tel Aviv a remporté la Coupe d’Europe.

« 30 000 personnes chantaient la chanson », raconte Tom Cohen, qui a aussi produit des albums et des spectacles pour les chanteurs Ninet Tayeb, Omer Adam, Berry Sakharof, Ehud Banai et Dudu Tassa.

Il s’estime chanceux de pouvoir faire ce qu’il fait, et le prochain festival d’Akko est le sommet de cette satisfaction, confie Tom Cohen.

« C’est avoir la chance de réaliser ses rêves et d’être payé pour cela ».

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