Le cinéma « est un acte politique », soutient l’actrice Hiam Abbass à Berlin
Interrogé sur une éventuelle prise de position concernant Gaza et Israël, le président du jury avait répondu : "Nous devons rester en dehors de la politique"
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« Tout ce qu’on fait est un acte politique » : l’actrice palestinienne Hiam Abbass, présente dans deux films de la Berlinale, défend une vision engagée de son art, alors que le début du festival a été marqué par une polémique à ce sujet.
Interrogé jeudi sur une éventuelle prise de position concernant Gaza et Israël, le président du jury, Wim Wenders, a lâché une phrase qui a déclenché une petite tempête : « Nous devons rester en dehors de la politique. »
« Je ne suis pas d’accord », a répondu Abbass samedi lors d’une rencontre avec l’AFP.
« Il manque du courage chez les gens de cinéma, chez certains, je ne dis pas tous », a complété l’actrice, dont la notoriété a explosé avec son rôle dans la série « Succession » diffusée sur HBO.
Sans vouloir accabler Wenders, dont la phrase a été « sortie de son contexte » selon l’actrice – il a aussi dit que « les films pouvaient changer le monde » -, elle a confié son plaisir de voir les cinéastes « s’engager pour relayer les histoires et les voix des minorités, des gens opprimés, des gens sous les bombes, des génocides, … ».
« Aujourd’hui, plus que jamais, si l’on n’aborde pas ces sujets, on fait de l’art pour de l’art, et cela ne m’intéresse pas », a-t-elle ajouté.
Née à Nazareth, dans le nord d’Israël, mais habitant la France « depuis 37 ans », Abbass est à l’affiche de deux films particulièrement engagés présentés à Berlin : « À voix basse », de la Tunisienne Leyla Bouzid, et « Only Rebels Win », de la Libanaise Danielle Arbid.
Le premier aborde la question de l’homosexualité en Tunisie, où les relations entre personnes de même sexe sont interdites par la loi.
« Dans certains pays arabes, c’est vraiment un sujet très sensible et il faut en parler », affirme l’actrice, même si l’homophobie ne se cantonne pas à cette région du monde, souligne-t-elle.
Dans « Only Rebels Win », Abbass incarne cette fois-ci une Palestinienne chrétienne vivant à Beyrouth dont l’histoire d’amour avec un migrant sud-soudanais musulman de quarante ans son cadet va susciter la colère et l’incompréhension dans son entourage.
Alors que le tournage devait avoir lieu à Beyrouth, les bombardements israéliens contre les membres et les infrastructures du groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, entre septembre et novembre 2023, ont contraint la production à déplacer le tournage dans un studio en région parisienne, où les rues de la capitale libanaise ont été reconstituées.
Ce film est donc pour elle « un acte de résistance ». Quand les bombardements ont commencé, « j’ai dit à Danielle [Arbid, la réalisatrice] : ‘Quoi que tu fasses, où que tu ailles, je te suis, car il faut que ce film existe’ ».
Ne plus « subir »
L’actrice venait alors de tourner « Palestine 36 » sur le soulèvement palestinien contre la présence britannique en 1936. Ce film a failli ne pas se faire en raison du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023 et de la guerre que cela a déclenché à Gaza.
Lors de cet assaut barbare et sanglant, plus de 1 200 personnes du côté israélien, en majorité des civils, ont été assassinées et 251 otages de tous âges ont été emportés à Gaza.
Plus de 70 000 personnes seraient mortes à Gaza depuis le début de la guerre, selon le ministère de la Santé du Hamas. Les chiffres publiés par le groupe terroriste sont invérifiables, et ne font pas de distinction entre civils et terroristes.
« Le film a attendu huit mois avant de pouvoir être tourné, en Jordanie finalement [au lieu de la Cisjordanie, comme initialement prévu]. À un moment, on ne peut plus continuer à subir les décisions du gouvernement israélien », a plaidé Abbass.
Elle a également salué le choix de l’Académie des Oscars d’avoir retenu trois films traitant de la question palestinienne dans sa présélection du meilleur film étranger : « La voix de Hind Rajab » de Kaouther Ben Hania, « Palestine 36 » d’Annemarie Jacir et « Ce qu’il reste de nous » de Cherien Dabis.
Seul le film de Kaouther Ben Hania a finalement été retenu parmi les cinq finalistes. Mais, après le « génocide » commis selon l’actrice palestinienne par Israël à Gaza, elle se félicite de « l’ouverture d’esprit » côté américain qui a amené ces films « presque jusqu’aux dernières étapes des Oscars ».
la Communauté du Times of Israël !








