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Le combat de Nehama contre l’influent rabbin Tzvi Tau qu’elle accuse de viol

En août, Nehama Teena avait jeté un énorme pavé dans la mare en expliquant avoir été violée par Tzvi Tau, rabbin de 84 ans et leader spirituel de la formation d'extrême droite Noam

Nehama Teena, femme juive orthodoxe, manifeste avec ses partisans contre l'éminent rabbin religieux sioniste Zvi Tau qu'elle accuse de viols avec plusieurs autres femmes, lors d'une manifestation devant le siège de la Knesset, à Jérusalem, le 21 novembre 2022. (Crédit : MENAHEM KAHANA / AFP)
Nehama Teena, femme juive orthodoxe, manifeste avec ses partisans contre l'éminent rabbin religieux sioniste Zvi Tau qu'elle accuse de viols avec plusieurs autres femmes, lors d'une manifestation devant le siège de la Knesset, à Jérusalem, le 21 novembre 2022. (Crédit : MENAHEM KAHANA / AFP)

Chaque lundi devant le Parlement israélien, Nehama Teena est là, à manifester. Son combat ? Exiger que l’influent rabbin qu’elle accuse de viol soit jugé et ainsi briser l’omerta dans le monde religieux autour des crimes sexuels.

« Je ne demande pas qu’on me croie sur parole mais qu’on m’écoute et qu’on cesse d’empêcher les victimes de parler », soutient cette mère de cinq enfants, âgée de 38 ans.

En août, Nehama avait jeté un énorme pavé dans la mare des religieux en racontant sur Facebook avoir été violée par Tzvi Tau, un rabbin de 84 ans à la tête d’institutions religieuses de premier plan en Israël, leader spirituel de la formation d’extrême droite Noam.

Celle-ci a d’ailleurs signé un accord de coalition avec le Likud du Premier ministre désigné Benjamin Netanyahu afin de rejoindre le prochain gouvernement, son député Avi Maoz devant notamment prendre la tête d’une administration chargée de promouvoir « l’identité juive » du pays.

Le chef de Noam, Avi Maoz, pendant une réunion de faction à la Knesset, le 5 décembre 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Refusant toute interview à l’AFP, comme à d’autres médias, Tzvi Tau s’était fait connaître hors du milieu sioniste religieux pour son soutien à Chaïm Walder. Ce populaire auteur ultra-orthodoxe s’est suicidé il y a un an après des accusations, qu’il avait rejetées, de crimes sexuels sur une vingtaine de personnes dont des enfants.

Nehama Teena traque le rabbin Tau jusque devant sa yeshiva (école talmudique) dans un quartier du sud de Jérusalem, où elle a organisé récemment une manifestation.

« Ce n’est pas évident pour moi de venir ici, j’ai fait partie pendant plus de 15 ans de cette communauté, j’ai été mariée à un homme de cette communauté et mes enfants ont étudié dans ses institutions », raconte-t-elle sur place. 

« Je viens au nom de la Torah (…) il y a des gens qui souffrent, il s’agit vraiment de questions de vie ou de mort, des personnes qui se battent jour après jour », ajoute-t-elle, la tête recouverte d’un foulard comme le portent les femmes juives pratiquantes.

Le rabbin Tzvi Tau participant à une marche à Jérusalem contre les réformes de la conversion et du contrôle de la casheroute, à Jérusalem, le 30 janvier 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Pour Yair Ettinger, un chercheur spécialisé dans le monde juif religieux, Tzvi Tau est non seulement l’un des rabbins « les plus influents » d’Israël, mais aussi « l’un des plus conservateurs et radicaux ».

Une seconde femme, Dorit Lang, a raconté à la télévision israélienne une tentative de viol par Tzvi Tau datant d’il y a 40 ans. Même si cette affaire est prescrite, cette interview a semblé renforcer le message de Nehama.

Si, pendant des semaines, celle-ci a manifesté seule devant le Parlement à Jérusalem, elles sont depuis ce second témoignage des dizaines, notamment membres de sa famille, à l’accompagner et à la soutenir chaque lundi.

Pour son frère Yossef Boyarski, 31 ans, ce combat est « contre tout le système d’omerta dont nous souffrons et les autres victimes aussi ». « Il s’agit d’un combat public et non pas personnel », dit-il, affirmant que sa sœur avait refusé une offre financière, proposée en échange de son silence.

L’affaire des agressions sexuelles présumées « a créé une onde de choc dans le monde religieux », affirme M. Ettinger. « C’est le début d’un processus profond, il est difficile de savoir quelles en seront les conséquences à long terme sur le monde religieux. »

Dorit, l’une des deux femmes qui accusent le rabbin Tzvi Thau de viol, le 13 novembre 2022. (Capture d’écran Treizième chaîne / Utilisé conformément à la clause 27a de la loi sur les droits d’auteur)

Ces dernières semaines, un nombre croissant de rabbins ont demandé publiquement l’ouverture d’une enquête, exprimant leur soutien à Nehama.

« Nous avons appris de #MeToo (…) La honte a changé de camp, ce sont les agresseurs qui doivent avoir honte, plus les victimes », souligne Carmit Feintuch, une rabbine qui dirige une communauté orthodoxe à Jérusalem et vient chaque semaine soutenir Mme Teena.

Début décembre, le chef du parti d’extrême droite HaTzionout HaDatit, Betzalel Smotrich, a été le premier politique à s’exprimer sur le sujet, appelant dans une interview à « faire toute la lumière sur ces plaintes ».

La famille de Nehama affirme posséder les noms de six autres femmes victimes de Tzvi Tau.

Après des mois de combat, la police a indiqué mi-novembre avoir ouvert une enquête criminelle, mais Nehama et ses soutiens réclament une confrontation avec le rabbin qui pourrait ne jamais advenir.

La presse israélienne s’attendait lundi à ce que le rabbin, qui n’a pas été interrogé par la police selon les médias, soit exonéré faute de « preuves » concluantes contre lui.

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