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Le grand rabbin appelle le gouvernement à changer les lois sur l’immigration

David Lau a demandé la suppression de "la clause des petits-enfants" de façon à garantir "qu'Israël sera bien un État juif, un État de Juifs"

Judah Ari Gross est le correspondant du Times of Israël pour les sujets religieux et les affaires de la Diaspora.

Le Grand rabbin David Lau lors d'un événement 'Habad à New York, le 20 novembre 2022. (Capture d'écran :  'Habad)
Le Grand rabbin David Lau lors d'un événement 'Habad à New York, le 20 novembre 2022. (Capture d'écran : 'Habad)

Le grand rabbin ashkénaze d’Israël, David Lau, a appelé le prochain gouvernement à révoquer la dite « clause des petits-enfants », qui permet à tous ceux qui ont au moins un grand-parent juif et qui ne pratiquent pas une autre religion de devenir citoyens israéliens.

« Cela fait dix ans que je demande que cette erreur de la troisième génération puisse être corrigée dans la Loi du retour – que je demande que le problème soit réglé de manière à garantir qu’Israël sera bien un État juif, un État de Juifs », a dit Lau.

Le grand rabbin a tenu ces propos lors d’un événement en hommage aux émissaires Habad, qui servent dans les communautés du monde entier au nom du mouvement hassidique. L’événement était organisé à New York, dimanche soir.

Dans son discours, Lau s’est enorgueilli de son intransigeance sur la question de la conversion au judaïsme alors que le précédent gouvernement avait tenté de réformer le processus pour ouvrir le système. Dans un acte apparent de protestation contre ses réformes, Lau avait baissé drastiquement le nombre de conversions reconnues par son bureau à ce moment-là.

« J’ai eu l’honneur, l’année dernière, d’être l’émissaire du rebbe (feu le leader du mouvement Habad, le rabbin Menachem Mendel Schneerson) et de continuer sur ses pas en garantissant que les conversions seraient bien faites conformément à la loi juive », a-t-il dit.

Il y a une dizaine de jours, le Grand rabbin séfarade Yitzhak Yosef avait demandé au futur gouvernement présumé d’adopter une clause « dérogatoire » qui permettrait de contourner les jugements rendus par la Haute cour, déclarant qu’Israël était « un État orthodoxe ».

Illustration : Le grand rabbin séfarade d’Israël, Yitzhak Yosef, au International Convention Center (ICC), le 1er février 2022. (Crédit: Noam Revkin Fenton/Flash90)

Yosef avait ainsi expliqué que cette clause « dérogatoire » était « l’opportunité d’amender la loi de manière à mieux déterminer qui est Juif ». S’exprimant pendant son sermon hebdomadaire, le rabbin avait affirmé qu’Israël « est un État orthodoxe, pas un État réformé » et il avait accusé le judaïsme réformé « de provoquer l’assimilation dans les pays étrangers ».

« Vous devez absolument adopter cette clause ‘dérogatoire’ pour pouvoir passer outre ces jugements rendus par la Haute cour », avait-il continué.

Les deux grands rabbins d’Israël sont des fonctionnaires rémunérés par l’État et ils ne sont pas censés intervenir dans les affaires politiques. Après les propos tenus par Yosef, le chef de Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, avait réclamé son renvoi.

Le futur gouvernement présumé, qui est placé sous l’autorité du Premier ministre désigné Benjamin Netanyahu, devrait être constitué du Likud, des partis ultra-orthodoxes Shas et Yahadout HaTorah et de la formation d’extrême-droite Hatzionout HaDatit.

Tous ont fait part de leur désir d’adopter cette clause « dérogatoire », qui permettrait à la Knesset de passer outre les jugements de la Haute-cour qui, selon eux, vont à l’encontre de la volonté du peuple – et ils souhaitent limiter ce qu’ils considèrent comme « l’activisme » des juges. Une telle clause devrait être au cœur des accords de coalition signés entre les différentes factions.

Des immigrants ukrainiens, rescapés des combats en Ukraine, arrivent à l’aéroport Ben Gurion, le 17 mars 2022. (Crédit : Yossi Zeliger/Flash90)

Le Shas, Yahadout HaTorah et Hatzionout HaDatit ont tous exprimé le désir de changer la Loi du Retour de manière à limiter le nombre de personnes éligibles à l’immigration qui ne sont pas considérées comme juives par la loi orthodoxe. Ce qui aurait une influence majeure sur l’immigration en provenance de l’ex-Union soviétique.

Certains membres du Likud – dont la base de soutien est aussi formée en grande partie par des immigrants de l’ex-Union soviétique – devraient, de leur côté, s’opposer à un tel changement dans la Loi du Retour.

Itamar Ben Gvir, chef d’Otzma Yehudit, une faction qui s’est présentée sur une liste commune avec Hatzionout HaDatit, a aussi fait savoir qu’il réclamerait que les conversions au judaïsme réformé ne soient plus reconnues à des fins de citoyenneté. Les formations Haredim, pour leur part, soutiennent depuis longtemps la seule reconnaissance officielle des conversions orthodoxes.

De nombreux groupes juifs américains ont mis en garde contre de telles initiatives qui, ont-ils affirmé, éloigneront d’Israël un grand nombre de Juifs de la diaspora.

Ainsi, William Daroff, président de la CoP (Conference of Presidents of Major American Jewish Organizations) — qui a pris grand soin à ne pas critiquer en public le futur gouvernement – a estimé, la semaine dernière, que « la Loi du Retour est un socle du sionisme ».

L’équipe du Times of Israel a contribué à la rédaction de cet article.

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