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Le grand rabbin de Tunisie réclame justice suite au meurtre de Liyahou Haddad

La famille a été "choquée d'apprendre le discrédit jeté sur la mémoire de leur proche, supposée entendre que le mobile" serait "lié à des faits d'ordre sexuel", selon le BNVCA

Judah Ari Gross est le correspondant du Times of Israël pour les sujets religieux et les affaires de la Diaspora.

Liyahou Haddad, Juif tuniso-israélien tué par un homme musulman en août 2022. (Autorisation)
Liyahou Haddad, Juif tuniso-israélien tué par un homme musulman en août 2022. (Autorisation)

Le grand rabbin de Tunisie a exigé mardi que les autorités françaises jugent l’homme musulman qui a assassiné Liyahou Haddad (aussi nommé Eyal/Eliahou/Yvan), Juif d’origine tunisienne tué en Seine-Et-Marne le 19 août.

« Nous avons été horrifiés d’apprendre le meurtre d’un fils de notre ville de Djerba, Liyahou [Haddad], fils de Michael, qui a été assassiné par un monstre en France. Nous demandons au gouvernement français de traduire le meurtrier en justice, de mener une enquête transparente et d’engager des poursuites totales contre ce meurtrier misérable afin d’éviter des incidents similaires », a déclaré le grand rabbin de Tunisie, Chaim Bitan, qui siège également à la Conférence des rabbins européens.

Haddad, 44 ans, a été assassiné à Longperrier, en Seine-et-Marne, par un homme musulman qu’il hébergeait, identifié comme étant Mohamed Dridi. Celui-ci a avoué l’avoir tué avec une hache et un couteau et tenté d’enterrer le corps, selon un communiqué du Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA).

Le BNVCA a déclaré que le suspect s’était rendu à la police et avait déclaré aux policiers que Haddad lui devait 100 euros et qu’il ne les avait pas donnés.

Bien que Haddad soit originaire de Djerba, sa famille vit maintenant à Beer Sheva, en Israël. Haddad avait également la nationalité israélienne.

Les enquêteurs examinent la possibilité que l’attaque ne soit pas de nature fondamentalement antisémite, mais le résultat d’un conflit entre les deux hommes, qui se connaissaient apparemment bien.

Dans un communiqué publié ce mardi, le BNVCA explique que les relations entre les deux hommes étaient de nature professionnelle, et que le meurtrier, ressortissant tunisien, effectuait du gardiennage dans la maison de la victime, handicapé.

L’association rapporte également que la famille proche de M. Haddad avait été « très choquée d’apprendre le discrédit jeté sur la mémoire de leur proche, supposée entendre que le mobile de ce crime serait lié à des faits d’ordre sexuel ». Selon le BNVCA, les éléments qui viennent étayer des motifs crapuleux et d’ordre sexuel auraient néanmoins été fabriqués afin d’échapper à la qualification d’antisémitisme.

« Ces éléments se retrouvent dans une vidéo postée par le tueur, déjà connu des services de police, ce qui n’est pas du tout le cas de sa victime. Pour le BNVCA ce meurtre a été prémédité. La barbarie subie, meurtre à la hache, visage brûlé et tentative d’ensevelissement confirmant le caractère haineux et antisémite. »

Le BNVCA indique aussi avoir trouvé dans le Facebook du tueur des éléments donnant à penser que cet homme « s’est auto-radicalisé, crachant sa haine sur la France ‘à maudire’ et sur les ‘sionistes' ».

« Il ne pouvait qu’être fortement irrité par la vue de M. Haddad qui, très impliqué dans la religion, allait très régulièrement au cimetière de Pantin pour y faire la prière en complétant les dix hommes nécessaires, le Mynian, pour lire le Kaddich, la prière des morts », est-il ajouté. « Le BNVCA, au vu de ces diverses informations et de son expérience trop grande de tels cas, estime que le caractère antisémite de ce meurtre ne pourrait être passé sous silence. »

Le grand rabbin tunisien Chaim Bitan sur une photographie non datée. (Crédit : Conférence des rabbins européens)

Le député français Meyer Habib a déclaré qu’il y avait encore « de nombreuses zones d’ombre dans cette affaire » mais que le meurtre faisait l’objet d’une enquête par les autorités françaises, et qu’il « faisait confiance à la justice du pays pour faire la lumière sur cette terrible affaire ».

Habib a déclaré que la famille de Haddad lui avait demandé d’aider à rapatrier son corps en Israël pour qu’il y soit enterré dès que possible.

Suite aux protestations de la communauté juive face à la brutalité du meurtre et à l’apparente motivation antisémite, les autorités françaises ont fini par réagir officiellement – tardivement – par un communiqué du procureur de la République.

« L’homicide aurait été commis par un suspect musulman. L’inquiétude est renforcée par le silence entourant cette affaire », a déclaré le BNVCA.

Les autorités françaises ont fait l’objet de nombreuses critiques ces dernières années pour ne pas avoir reconnu la nature antisémite de crimes commis contre des Juifs dans le pays et ne pas avoir poursuivi les agresseurs de façon appropriée.

Yonathan Arfi, président du CRIF, a tweeté que son organisation « exprimait sa pleine solidarité à la famille de [Liyahou] Haddad ».

Arfi a déclaré espérer que davantage d’éléments soient rapidement mis à disposition et a exhorté à ce que « toutes les pistes soient explorées à ce stade, y compris la possibilité du facteur aggravant de l’antisémitisme ».

Joël Mergui, président du Consistoire de Paris, a tweeté que le « meurtre épouvantable [de Haddad] nous bouleverse. L’enquête devra rechercher avec soin et lucidité les motivations de ce crime y compris l’éventuelle circonstance aggravante d’antisémitisme ».

Manel Msalmi, conseiller aux affaires internationales du Parlement européen, a tweeté : « Ce n’est pas la première fois qu’un Juif est assassiné par son voisin. Nous condamnons cet acte barbare et criminel et nous appelons à la justice pour [Liyahou]. »

Le Congrès juif européen a appelé les autorités françaises « à enquêter et à faire la lumière sur les véritables motivations de l’agresseur [de Haddad] ».

Le député Yamina Yomtob Kalfon a exprimé sur Twitter son « indignation suite à ce nouveau meurtre antisémite d’un Juif en France ».

« Des années d’incitation à l’antisémitisme parmi les dirigeants musulmans en France entraînent de plus en plus d’incidents d’attaques contre des Juifs », a écrit Kalfon, un natif de France qui a immigré en Israël en 2004.

Deux Juifs ont été tués en France plus tôt cette année, dans de possibles attaques antisémites.

Vers la fin du mois de mai, un procureur français a déclaré que René Hadjaj, 89 ans, qui avait été poussé par la fenêtre du 17e étage par un voisin, avait peut-être été tué parce qu’il était Juif. Le 17 mai, son voisin de 51 ans a été arrêté, mais les enquêteurs ne l’ont pas initialement inculpé de crime raciste.

En février, des proches de Jeremy Cohen, un Juif français de 31 ans décédé après avoir été renversé par un tramway dans la ville de Bobigny, près de Paris, ont déclaré que sa mort n’était pas un accident, mais le résultat d’une agression, alors qu’il fuyait.

Initialement, sa mort avait été signalée comme celle d’un « piéton écrasé », mais des séquences vidéo diffusées par la famille de Cohen ont montré les instants qui ont conduit à sa mort et ont indiqué que l’incident aurait pu être déclenché par une agression. Dans la vidéo, Cohen est vu être agressé par plusieurs membres d’un large groupe avant de s’enfuir et d’être heurté par un tramway venant en sens inverse.

La France fait face à une forte augmentation de la violence visant ses quelque 500 000 Juifs, la plus grande communauté d’Europe, en plus des attaques djihadistes de ces dernières années.

Le meurtre de Sarah Halimi, une femme de 65 ans jetée par sa fenêtre en 2017, avait déclenché un tollé national.

Le meurtre de Halimi a suscité une indignation particulière après que le tueur, drogué, qui avait crié « Allahu akbar » (« Dieu est le plus grand » en arabe), ait évité le procès après qu’un juge a déterminé qu’il n’était pas pénalement responsable de ses actes.

Cela a incité le président français Emmanuel Macron à demander une modification de la loi pour garantir que les individus soient responsables des crimes violents qu’ils commettent sous l’influence de drogues. Cet amendement a été adopté en décembre 2021.

En 2018, Mireille Knoll, 85 ans, a été brutalement poignardée lors d’une attaque par deux hommes qui auraient recherché des « trésors cachés » dans son appartement parisien.

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