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Le Hezbollah menace de s’opposer à l’extraction de gaz par Israël

Nasrallah a averti Jérusalem de ne pas commencer les opérations sur la plateforme gazière de Karish ; Liberman lui a répondu "de rester dans son bunker"

Le dirigeant du Hezbollah, le cheikh Hassan Nasrallah, prend la parole lors d’un rassemblement pour marquer la journée Al-Quds, dans la banlieue sud de Beyrouth, au Liban, le 2 août 2013. (Crédit : AP Photo/Hussein Malla, File)
Le dirigeant du Hezbollah, le cheikh Hassan Nasrallah, prend la parole lors d’un rassemblement pour marquer la journée Al-Quds, dans la banlieue sud de Beyrouth, au Liban, le 2 août 2013. (Crédit : AP Photo/Hussein Malla, File)

Le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a averti que son organisation ne resterait pas inactive si Israël décidait d’extraire du gaz d’une réserve offshore contestée. Il a laissé entendre que le Hezbollah pourrait s’opposer aux forages, par la force s’il le fallait.

Le Liban ne décolère pas depuis l’arrivée, dimanche, d’une nouvelle plateforme de forage sur le champ gazier de Karish. Israël et le Liban revendiquent tous deux le gisement, qui pourrait contenir suffisamment de gaz pour sortir Beyrouth de sa crise économique. De manière tout-à-fait exceptionnelle, les pays ont tenu des pourparlers pour résoudre le différend, avec la médiation des Etats-Unis.

Dans un discours télévisé, Nasrallah a déclaré qu’Israël devrait s’abstenir de forer jusqu’à la fin des pourparlers, se faisant l’écho de récentes menaces d’attaque de la plateforme, qui devrait être opérationnelle dans les prochains mois.

« La résistance ne restera pas les bras croisés face à l’épuisement des ressources du Liban, unique espoir du pays. Elle ne peut pas rester les bras croisés, et ne le fera pas, si Dieu le veut », a-t-il ajouté.

« Nous sommes aux côtés du peuple libanais : la résistance est matériellement et militairement capable d’empêcher l’ennemi d’extraire du gaz du gisement contesté de Karish. Aucune mesure prise par l’ennemi ne pourra le protéger totalement. »

Ces propos font manifestement écho au projet israélien de stationner un système de défense antimissile en mer, sur la plate-forme, afin d’en assurer la protection.

Les responsables israéliens ont clairement dit, cette semaine, que la nouvelle plateforme ne pomperait pas de gaz à partir de la zone disputée, invitant à la reprise des pourparlers pour résoudre le différend.

Nasrallah a indiqué que le sujet était tout aussi important que la guérilla menée par le Hezbollah pour évincer Israël du sud du Liban, à la fin du siècle dernier.

« Notre objectif principal doit être d’empêcher l’ennemi d’extraire du gaz du champ de Karish et même d’y mener une quelconque activité », a-t-il précisé.

Illustration : Energean en opération dans le champ pétrolier de Karish, au large d’Israël, en 2020. (Crédit : Capture d’écran YouTube)

« La résistance a les capacités logistiques, humaines, matérielles, de sécurité et de renseignement pour empêcher l’ennemi de pomper le gaz et le carburant de Karish », a-t-il ajouté.

En réponse aux propos de Nasrallah, le ministre des Finances, Avigdor Liberman, a déclaré : « Personne ne nous dictera s’il faut ou non extraire du gaz de la zone économique de l’État d’Israël ».

« Israël est un État souverain, qui continuera à prendre des décisions en fonction de ses seuls intérêts, sans tenir compte des menaces terroristes. Je suggère à Nasrallah de continuer à se terrer dans son bunker, ses vidéos n’impressionnent personne », a-t-il déclaré.

Une information rendue publique par Tsahal dimanche affirme que l’armée se préparait à une attaque du Hezbollah sur la plateforme et prévoyait en conséquence d’y déployer des forces navales, dont une version maritime du système de défense antimissile du Dôme de fer.

Un haut général de Tsahal a également menacé mardi l’infrastructure militaire du Hezbollah à la frontière libanaise.

Le président libanais Michel Aoun, à droite, rencontre l’envoyé des États-Unis pour les affaires énergétiques Amos Hochstein, au centre, et l’ambassadrice des États-Unis au Liban, Dorothy Shea, à gauche, au palais présidentiel de Baabda, à l’est de Beyrouth, au Liban, le 9 février 2022. (Crédit : Dalati Nohra/Gouvernement libanais via AP)

Le Liban et Israël – qui n’entretiennent pas de relations diplomatiques et se considèrent l’un l’autre comme des ennemis – tiennent des pourparlers indirects, sous médiation américaine, depuis près de deux ans, dans le but de régler leur différend frontalier en mer.

Ces pourparlers ont commencé à la fin de 2020, mais sont en suspens depuis que le Liban a revendiqué 1 430 kilomètres carrés supplémentaires de territoire maritime actuellement sous contrôle israélien. Les deux pays négociaient à l’origine une démarcation de 860 kilomètres carrés de territoire maritime, officiellement enregistrés comme territoire contesté dans une cartographie des Nations unies de 2011.

Israël et le Liban ont tous deux des intérêts économiques dans le territoire, riche en gaz naturel, ressource naturelle très lucrative. Le Liban, aux prises avec une dure crise économique depuis fin 2019, voit en ces ressources une possible sortie de crise.

Des responsables libanais ont déclaré cette semaine que l’envoyé américain Amos Hochstein se rendrait à Beyrouth, en début de semaine prochaine, pour des pourparlers concernant la plateforme israélienne.

Hochstein a été nommé l’année dernière par le président américain Joe Biden dans le but de faciliter les négociations entre les deux pays. En novembre, il avait menacé de mettre fin aux pourparlers si les pays ne parvenaient pas à une solution, et en février, averti que le temps était désormais compté pour parvenir à un accord.

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