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Le KKL-JNF gravement mis en cause dans un rapport du ministère de la Justice

L'ONG aurait versé beaucoup d'argent à des entités engagées au niveau politique entre 2014 et 2017

Des enfants israéliens plantent des arbres pour la fête juive de Tou Bichvat, à Haïfa, le 9 février 2017, dans une forêt du KKL-JNF. (Yossi Zeliger/Flash90)
Des enfants israéliens plantent des arbres pour la fête juive de Tou Bichvat, à Haïfa, le 9 février 2017, dans une forêt du KKL-JNF. (Yossi Zeliger/Flash90)

Le Fonds national juif (KKL-JNF) a donné des millions de shekels à des entités engagées au niveau politique et promu des employés à des postes à responsabilité sur la base de l’idéologie politique, en violation de ses propres règles.

Selon un nouveau rapport émis par le ministère de la Justice qui a été relayé par la presse israélienne, le KKL-JNF a transféré des millions de shekels à des instances politiques et à des entités privées entre 2014 et 2014 – notamment lorsque Danny Atar était à la tête de l’organisation et en contradiction avec les responsabilités et la mission du Fonds.

L’auteur du rapport, Itzik Slobodiansky, a expliqué que ses conclusions et leurs implications étaient si graves qu’elles pouvaient entraîner la dissolution du KKL-JNF.

Toutefois, Karen Schwartz, de l’Autorité des corporations au sein du ministère de la Justice, qui avait commandité le rapport, a jusqu’à présent évité de prendre des mesures drastiques contre l’organisation, citant la volonté affichée par le KKL-JNF de coopérer avec le ministère de la Justice et de s’attaquer aux dysfonctionnements qui ont été dénoncés.

Le rapport cite des partis politiques variés ou des organisations ayant reçu de l’argent de la part du Fonds national juif, ce qui ne correspond pas aux objectifs poursuivis par le KKL/JNF. Parmi eux, le World Likud, l’aile du parti de droite du Likud pour sa communication dans le monde ; la formation ultra-orthodoxe Shas et le groupe de presse du Yedioth Ahronoth, entre autres.

Ainsi, le World Likud a bénéficié de 2,44 millions de shekels de la part du JNF en 2017, remarque le rapport, ce qui représente plus de la moitié de son revenu total, cette année-là. Ces fonds ont été utilisés en grande partie pour payer les salaires du directeur-général et non pour promouvoir le programme officiel du KKL-JNF, précise le rapport.

Environ 560 000 shekels ont été versés au parti Shas, qui s’inquiétait principalement de faire élire ses représentants au Congrès sioniste à ce moment-là, dit le rapport, notant que là encore, les fonds n’ont pas aidé à soutenir les objectifs et la mission du KKL-JNF.

Le groupe Yedioth Ahronoth a reçu au moins sept millions de shekels de la part du KKL/JNF entre 2014 et 2017 par le biais de collaborations variées et de projets conjoints, sans critères clairs. Les montants de ces versements ont été inhabituellement élevés, a déterminé le rapport.

Le député Amir Peretz du Parti travailliste israélien (à droite), Avi Gabbay, chef du Parti travailliste israélien (C) et le directeur général du Jewish National Fund – KKL Danny Atar à une conférence du Parti travailliste à Tel Aviv, le 22 janvier 2019. (Crédit : Flash90)

« Le JNF a dépensé des sommes énormes, en violation de ses procédures, sans insister sur ses droits et, ce faisant, sans faire la promotion de ses objectifs », poursuit le rapport.

Le KKL-JNF a répondu en disant que les irrégularités mentionnées dans le rapport étaient liées au précédent conseil d’administration et que l’organisation « examinera minutieusement le rapport et saura prendre les décisions nécessaires ».

Le Fonds national juif avait été fondé en 1901. Son objectif était d’acquérir des terres en Palestine ottomane pour les implantations juives. Après la fondation de l’État d’Israël, en 1946, l’ONG avait redéfini sa mission – récupérer des terres pour les Juifs, s’investissant de plus en plus en Cisjordanie après la guerre des Six jours.

Le rapport a accusé le JNF d’avoir élu les membres de son conseil d’administration et d’avoir procédé à des nominations à des postes à responsabilité par le biais d’un mécanisme « incluant des critères politiques, ce qui a entraîné l’ancrage profond de normes problématiques » dans l’organisation.

Suite à la publication du rapport, le Fonds national juif a fait part de sa volonté de procéder à un réexamen total de ses opérations qui serait supervisé par un intervenant extérieur nommé par le ministère de la Justice.

« Le comportement approprié de la part des fondations et des firmes d’intérêt public, comme celui des instances mises au service du public, est très important pour le secteur civique et pour la résilience de la société israélienne. La supervision vise précisément à servir l’intérêt public », a expliqué Schwartz.

Une bénévole repeint la signalisation dans le parc de l’Indépendance KKL-JNF. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

« En ce qui concerne le JNF, dont la trajectoire est marquée par le service public en Israël et à l’étranger et dont l’influence énorme se ressent dans la sphère publique israélienne, l’intérêt public que représente la mise en place d’un processus de supervision est multiplié par dix », a-t-elle ajouté.

Malgré les conclusions écrasantes du rapport, Schwartz a salué le Fonds national juif qui a permis la mise en place « d’une discussion productive qui a d’ores et déjà commencé à s’attaquer à certaines défaillances, et qui s’attaquera aux autres dysfonctionnements qui ont été identifiés – ce qui permettra d’améliorer sa conduite dans l’ensemble ».

Le JNF est critiqué depuis des années pour son manque de transparence, même s’il est devenu une corporation à but non-lucratif d’utilité publique en 2014 avec l’intention claire de servir les Israéliens.

Un article de Calcalist, au mois de janvier, avait révélé que le JNF avait cessé de présenter les protocoles des réunions de son conseil d’administration sur son site.

Le rapport du contrôleur de l’État, en 2017, avait découvert que le JNF avait donné des millions de shekels à des projets sans supervision appropriée et en fonction de « préférences personnelles ».

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