Le Likud fustige le départ de Saar et la formation de son nouveau parti
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Le Likud fustige le départ de Saar et la formation de son nouveau parti

Après l'annonce du rival du Premier ministre qui a critiqué le "culte" de Netanyahu, le Likud prédit l'échec de sa nouvelle formation ; Lapid, chef de l'opposition, se réjouit

Le député du Likud Gideon Saar annonce son départ du parti, le 8 décembre 2020. (Capture d'écran : Douzième chaîne)
Le député du Likud Gideon Saar annonce son départ du parti, le 8 décembre 2020. (Capture d'écran : Douzième chaîne)

Le parti du Likud a attaqué, mardi, le député Gideon Saar suite à sa décision de quitter la formation pour créer son propre mouvement politique. Le parti a estimé dans un communiqué qu’il avait choisi de déserter ses rangs en raison d’une popularité déclinante et non pour des raisons idéologiques.

Les parlementaires issus du parti au pouvoir s’en sont également pris à Saar après qu’il a annoncé sa volonté de créer sa propre formation baptisée Tikva Hadasha (Nouvel Espoir). Pour sa part, le chef de l’opposition, Yair Lapid (Yesh Atid), a salué cette initiative.

Saar, qui a été longtemps considéré comme le principal rival de Netanyahu au sein du Likud, a annoncé son intention de quitter le parti lors d’une conférence de presse au cours de laquelle il a raillé Netanyahu, disant que le Likud était devenu « un instrument au service des intérêts personnels de celui qui en a la charge, avec notamment des dossiers qui sont directement liés à son procès pénal », ajoutant que le Premier ministre avait fait naître et entretenu « un culte de la personnalité » au sein de la formation.

Le Likud a réagi dans un communiqué en disant que Saar avait décidé de quitter ses rangs parce qu’il avait été battu lors de la course à la direction du parti en décembre 2019. Il a ajouté que les sondages internes récents avaient révélé qu’il devrait n’obtenir qu’un résultat médiocre s’il devait y avoir aujourd’hui de nouvelles primaires, notant par ailleurs ses promesses antérieures de ne jamais déserter la formation au pouvoir.

« Saar a décidé d’abandonner la droite, de rejoindre Lapid et une longue liste de politiciens qui ont abandonné le Likud et qui se sont complètement écrasés », a continué le communiqué.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, avec le ministre du Tourisme de l’époque, Yariv Levin, lors d’un vote dans la salle de réunion de la Knesset le 13 février 2018. (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90 / File)

Le président de la Knesset et haut-membre du Likud, Yariv Levin, qui s’exprimait devant les caméras de la Treizième chaîne juste après la conférence de presse, a estimé que Saar faisait « une erreur phénoménale ».

« Saar vient de faire quelque chose qu’il n’aurait jamais dû faire », a commenté Levin avant d’accuser l’ancien ministre d’être dans l’incapacité d’accepter le résultat démocratique du scrutin à la direction du Likud. Saar, a-t-il ajouté, regrettera sa décision.

Le représentant de la coalition, le député Likud Miki Zohar, a lui aussi attaqué Saar, écrivant sur Twitter que l’ « on ne quitte pas son foyer, on ne change pas de parti quand les choses deviennent plus dures ». Pour sa part, l’ancien maire de Jérusalem et élu du Likud Nir Barkat a posté sur le même réseau social : « il est malheureux qu’au cours d’une crise nationale, il y ait des gens qui choisissent, une fois encore, de déserter le front et de diviser au lieu de prôner l’union ».

Miri Regev, la ministre des Transports, a pour sa part rappelé les promesses faites, par le passé, par Gideon Saar, selon lesquelles il s’était engagé à rester au Likud. Elle a écrit sur Twitter que le politicien avait dorénavant rejoint le « camp des ‘tout sauf Bibi’, » utilisant le surnom donné au Premier ministre.

Regev a également affirmé que Saar ne partait pas pour des raisons idéologiques mais parce qu’il n’avait pas été choisi pour diriger la formation.

« Ce n’est pas être loyal à des convictions, c’est plutôt une loyauté affichée à l’égard des batailles d’ego et à une non-acceptation du jugement des électeurs », a-t-elle continué dans son post.

Le député du Likud Miki Zohar à la Knesset, le 21 octobre 2020. ( Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Pour sa part, le chef de l’opposition, Yair Lapid, s’est réjoui de la « décision courageuse » de Saar.

« Nous voyons différemment les choses sur de nombreux sujets mais la politique israélienne a besoin d’individus honnêtes et bienveillants qui ne s’abandonnent ni au pouvoir, ni à la corruption », a-t-il écrit sur Twitter.

Lapid a critiqué avec force le parti du Likud pour ses attaques contre Saar, disant que la formation aurait dû avoir la décence de lui souhaiter bonne chance et d’attendre au moins le lendemain avant d’ouvrir le feu.

Le chef de l’opposition Yair Lapid lors du plénum de la Knesset, le 2 décembre 2020. (Porte-parole de la Knesset/Danny Shem-Tov)

Saar, qui s’est incliné lors des élections à la direction du Likud face à Netanyahu, l’année dernière, a déclaré que la coalition actuelle avait gaspillé son large soutien parlementaire et échoué dans sa prise en charge de la pandémie. Les Israéliens n’ont plus confiance dans le système politique, a-t-il averti, et ils s’inquiètent de leur avenir et de celui de leurs enfants.

« Le Likud a changé de manière dramatique au cours de ces dernières années », a-t-il affirmé. « Je ne peux plus soutenir le gouvernement dirigé par Netanyahu ou être membre d’un parti dont il est à la tête… Aujourd’hui, Israël a besoin d’unité et de stabilité – et Netanyahu ne peut pas les offrir ».

« Il y a un Israël meilleur, et celui-là nous attend », a-t-il ajouté. Mais le parti, sous l’autorité de Netanyahu, n’est pas en mesure d’amener Israël vers cet avenir meilleur, a-t-il accusé, la formation qu’il a toujours adorée ayant abandonné sa stature et son poids politiques traditionnels et l’unité que défendait dans le passé son nom de « Likud ».

Paraphrasant le Premier ministre du parti, Menachem Begin, Saar a ensuite mis en garde contre les dangers moraux d’une nation placée sous un leadership outrageusement prolongé.

« Le remplacement de Netanyahu est à l’ordre du jour, voire de l’heure », a-t-il déclaré.

Il a indiqué que puisqu’il avait été élu sous l’étiquette du Likud, la bonne chose à faire était qu’il démissionne de la Knesset « et je le ferai dès demain », avait-il affirmé.

A LIRE : Gideon Saar refuse un état palestinien, veut améliorer les implantations

Faucon du Likud, à la droite de Netanyahu sur les questions liées aux implantations et aux Palestiniens, Saar a juré de construire un large parti pluraliste réunissant « les forces les plus nobles de la vie publique » et d’œuvrer « exclusivement au nom des intérêts de l’Etat. » Il a précisé être prêt à assumer la responsabilité du poste du Premier ministre.

« Je sais ce que sont les défis sécuritaires et sociaux en Israël », a-t-il continué. « Je peux unir Israël et orienter le pays vers l’avenir ».

Le député Likud Gideon Sa’ar s’exprime lors de la Conférence des présidents des principales organisations juives américaines à Jérusalem, le 19 février 2020. (Olivier Fitoussi/Flash90)

La nouvelle formation de Saar voudra s’unir à d’autres factions politiques existantes avant le prochain scrutin, ont déclaré des proches du politicien au Times of Israel, lundi.

« Tout est sur la table », a noté une source, qui a souligné que Saar voulait devenir « une force politique importante » et qu’il réalisait qu’il faudrait qu’il crée une vaste coalition de droite pour ce faire.

Les députés de la faction Derech Eretz, Zvi Hauser et Yoaz Hendel, qui ont quitté la liste de Kakhol lavan, au centre de l’échiquier politique, quand ils ont rejoint la coalition dirigée par Netanyahu au mois de mai, pourraient rejoindre la formation de Saar, selon la presse israélienne.

La députée du Likud Yifat Shasha-Biton, une critique fervente des politiques gouvernementales mises en œuvre face à la pandémie, pourrait également se présenter sur la liste de Saar, a fait savoir la Douzième chaîne.

L’ex chef d’Etat-major de l’armée israélienne Gadi Eisenkot, pour sa part, n’a pas exclu de le rejoindre aussi, a précisé la chaîne.

L’AFP a contribué à cet article.

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