Le maire d’Arad ne veut pas de migrants africains dans sa ville
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Le maire d’Arad ne veut pas de migrants africains dans sa ville

Suite à la décision de la Cour suprême, les centaines de détenus de Holot ont été libérés aujourd'hui

Les migrants africains manifestant devant le centre de détention de Holot dans le désert du Néguev, le 17 février 2014 (Crédit : FLASH90)
Les migrants africains manifestant devant le centre de détention de Holot dans le désert du Néguev, le 17 février 2014 (Crédit : FLASH90)

Le maire d’Arad, une ville dans le sud d’Israël, a mis des inspecteurs et des agents de police à l’entrée de la ville pour tenter d’empêcher les migrants africains libérés du centre de détention de Holot d’entrer dans la ville.

Sur sa page Facebook, le maire, Nissan Ben Hamo, a prédit qu’en raison de l’interdiction imposée par l’Etat sur les migrants les empêchant de travailler et de résider à Tel Aviv ou Eilat, les migrants viendraient à Arad. Mais, dit-il, qu’il ne permettra pas cela. Actuellement plusieurs centaines de migrants vivent à Arad.

Les migrants ont été libérés aujourd’hui du centre de détention Holot suite à la décision de la Haute Cour qui a rejeté des clauses d’une loi de la Knesset rédigée pour faire face à l’afflux des migrants africains dans le pays.

Plus précisément, la cour a considérablement raccourci la période pendant laquelle les migrants pouvaient être détenus à Holot.

La législation sur les migrants africains a été une série de fiascos juridiques pour le gouvernement, ainsi que le gouvernement précédent. Le tribunal plus tôt ce mois a rejeté la troisième mouture de la loi en question.

Dimanche, le ministre de l’Intérieur, Silvan Shalom, a déclaré que les migrants libérés de Holot ne seront pas autorisés à entrer à Tel Aviv ou Eilat.

La plupart des migrants déjà à Eilat et Tel Aviv occupent de petits emplois comme homme ou femme de ménage ou font la plonge dans les restaurants. D’autres, au chômage, se sont tournés vers la petite criminalité.

Le gouvernement n’a jamais expliqué les raisons de sa politique officieuse de transporter par autobus les migrants de la frontière sud d’Israël au sud de Tel Aviv, la plus grande métropole d’Israël. Les résidents du sud de la ville en délabrement sont parmi les plus virulents lorsqu’il s’agit de réclamer la déportation des migrants.

« Il n’y a rien à fêter ! »

« Il n’ y a rien à fêter! On ne sait pas où aller, où on va dormir ce soir », dit Salah, un Soudanais de 33 ans devant le centre de rétention de Holot, le plus important du pays, situé dans le désert du Néguev.

Comme des centaines d’autres (750 selon l’autorité pénitentiaire), Salah, arrivé en Israël il y a neuf ans, a été libéré après une décision de la Cour suprême qui a ordonné le 11 août que les demandeurs d’asile détenus depuis plus d’un an soient relâchés sous deux semaines.

Au total, 1 178 personnes doivent être libérées mardi et mercredi, a indiqué à l’AFP Sivan Weitzman, porte-parole de l’autorité pénitentiaire.

Il s’agit du troisième coup porté en deux ans à la politique des gouvernements successifs de droite de Benjamin Netanyahu qui cherche à limiter l’arrivée de migrants, majoritairement originaires d’Erythrée et du Soudan.

Devant un paysage de barbelés et de baraquements avec le désert à l’horizon, la liberté a pris un goût d’incertain pour tous ceux qui sont sortis en tirant de grosses valises, une couverture sous le bras. Une fois sortis, certains rejoignent des abribus, montent dans un car, peu importe sa direction.

Fissel Sidig Adam, un Soudanais du Darfour âgé de 28 ans, arrivé en Israël il y a 8 ans, est reconnaissant envers la Cour suprême. Mais il attendait « plus », « une vraie solution de l’Etat, de l’aide, pas les 64 shekels (16,5 USD) et le sandwich qu’on nous a donnés ».

Interdits d’aller à Tel Aviv

Holot est un centre ouvert où les détenus, libres la journée, doivent venir émarger à 22H00, explique la porte-parole de l’autorité pénitentiaire. Ils ont droit à un pécule mensuel de 600 shekels par mois s’ils ont fait acte de présence tous les soirs, moins dans le cas contraire.

Après les départs de mardi et mercredi, ils devraient rester 550 personnes dans le centre.

Ceux qui sont libérés partent après un petit-déjeuner, avec leur allocation, éventuellement des ordonnances s’ils ont besoin de soins, mais aussi avec un document restreignant leurs déplacements.

« On nous a donné un papier avec marqué ‘interdit d’aller à Eilat ou Tel-Aviv’, et c’est là qu’on connaît des gens. J’ai pas d’argent pour louer un appartement. Où je vais maintenant ? » s’inquiète Salah.

Tel-Aviv et Eilat accueillent de fortes concentrations de clandestins africains. Leur présence suscite des tensions avec la population. Mais en interdisant ces villes aux détenus de Holot, les autorités les privent d’un point de chute où retrouver des proches, ou un travail au noir peut-être.

Le débat autour de la question de l’immigration est loin d’être apaisé. Récemment, la ministre de la Justice, Ayelet Shaked, a posté une vidéo montrant l’agression d’une passante par un homme de couleur noir avec la mention : « la vie insupportable des habitants du sud de Tel-Aviv ». La vidéo avait en fait été filmée en Turquie.

Pas de flux en Europe

Pour ces immigrants, Israël représente, à défaut de pouvoir rallier l’Europe, le plus proche espoir d’une vie meilleure accessible à pied.

Selon l’ONU, le pays abrite 53 000 réfugiés et demandeurs d’asile, la plupart entrés illégalement via le Sinaï égyptien. Parmi eux, 36 000 sont venus d’Erythrée, 14 000 du Soudan. Israël ne leur accorde le statut de réfugiés qu’au compte-gouttes, laissant l’immense majorité à la marge.

Cette immigration date de plusieurs années. A la différence de l’Europe et compte tenu de sa situation géopolitique, Israël n’est pas confronté à de nouvelles vagues en provenance de Libye ou de Syrie, pourtant toute proche, dit à l’AFP Sabin Hadad, porte-parole du ministère de l’Intérieur.

Les détenus relâchés de Holot ne devraient pas grossir les flux à destination de l’Europe, tant sortir d’Israël serait une gageure.

Sur le parking de Holot transformé par la sortie des prisonniers en un marché où des marchands vendent de la nourriture et où l’on fume la pipe à eau, des conciliabules se forment. Les hommes sortent leur portable pour improviser des plans d’urgence. Personne ne croit vraiment qu’ils ne finiront pas par gagner Tel-Aviv ou Eilat.

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