Le maire de Sarcelles appelle à « réparer la République » face au racisme
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Le maire de Sarcelles appelle à « réparer la République » face au racisme

Dans sa tribune, Patrick Haddad a rejeté l’affirmation d’un jeune Sarcellois selon qui, les Juifs de la ville ne pouvaient plus porter la kippa après 18h

Ce vendredi 5 juillet, à l’Hôtel de ville de Sarcelles, le maire, Patrick Haddad, a présenté son "plan territorial de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations". (Crédits photo : @VilleSarcelles)
Ce vendredi 5 juillet, à l’Hôtel de ville de Sarcelles, le maire, Patrick Haddad, a présenté son "plan territorial de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations". (Crédits photo : @VilleSarcelles)

Dans une tribune publiée vendredi sur le site du Journal du dimanche, Patrick Haddad, maire PS de la ville de Sarcelles (Val-d’Oise) a appelé à « réparer la République ».

Sa tribune faisait suite à la hausse du racisme et de l’antisémitisme en France. Il a démarré son texte en énumérant « trois écueils » à éviter dans le but d’amener de la « rationalité au débat ». Selon le responsable politique, il faut tout d’abord éviter « le sensationnalisme et l’hystérisation du débat ».

« Le sujet est trop grave pour en faire un fonds de commerce politique ou médiatique, a-t-il expliqué. A titre d’exemple, expliquer comme l’a fait un article de presse du 21 janvier dernier que les Juifs à Sarcelles ne pouvaient plus mettre la kippa après 18h est tout simplement un mensonge éhonté qui a provoqué l’indignation de nombre de Sarcellois. C’est une erreur fondamentale que d’étendre la peur dans des champs où elle n’a pas pénétré, tout comme dire que la France prise dans son ensemble est un pays antisémite, négrophobe ou islamophobe. »

Il faisait là référence à un article du Parisien dans lequel un habitant de la ville affirmait demander à ses enfants « de n’avoir aucun signe extérieur religieux » de peur « qu’ils se fassent agresser ».

« Après 18 heures, quand la nuit tombe, on ne met plus la kippa. Dans le tram, le RER ou le métro, pareil, expliquait quant à lui Aaron, 16 ans, élève du lycée privé juif Ozar Hatorah. Ce sont des réflexes. Sinon, c’est trop dangereux. »

Selon le maire, il faut également rejeter « l’angélisme et sa conséquence, le déni ». « La montée des faits racistes et xénophobes est incontestable », indique-t-il. « L’antisémitisme, sous des formes diverses, connaît une recrudescence particulièrement inquiétante car meurtrière […] L’inquiétude est renforcée par l’ignorance de la Shoah, les difficultés parfois à l’enseigner ou encore la profanation régulière de tombes en Alsace. » Il rappelle également que « nombre de Français, en particulier de confession musulmane et/ou d’origine africaine subissent des discriminations importantes dans l’accès à l’emploi et au logement », que « le climat d’hostilité vis-à-vis de l’islam est palpable » et que « les actes anti-chrétiens sont également en hausse ».

Selon Patrick Haddad, la « concurrence victimaire » est le « troisième écueil » à éviter. « Sans nier le ressenti de chacun, il faut collectivement le dépasser », dit-il. « Si le racisme et l’antisémitisme peuvent s’appuyer sur des ressorts différents, si la haine de l’autre peut prendre différents visages, le combat ne peut être que commun. »

Il apporte ensuite des clés afin de combattre le phénomène et explique que la réponse « tient en deux impératifs : agir et construire, ensemble ».

Sarcelles est ainsi citée en exemple : « Dans le climat idéologique et politique que nous connaissons en France, qui peut penser que des rencontres entre Juifs et musulmans ont lieu dans la convivialité, la bonne humeur et l’écoute de l’autre ? Et pourtant, cela se passe à Sarcelles, à 10 kilomètres du périphérique parisien, et prend la forme de rencontres interculturelles et intercultuelles, d’actions éducatives et de conférences. »

« L’espoir est toujours possible, ajoute le maire. L’action pédagogique paie. L’ignorance n’a pas définitivement gagné. Les citoyens sont demandeurs et prêts à co-construire un autre discours que celui de l’antagonisme permanent. »

Il rappelle également que la réponse judiciaire reste nécessaire, mais que « nous devons aussi croire aux vertus de la rencontre avec l’autre ».

« Il faut tordre le coup à l’immonde en révélant l’humain par-delà les clichés, explique-t-il. La parole des voix qui comptent, tant qu’elles existent, et acceptent de se lever, doit être forte. »

« Face à ce qui divise, face à ce qui blesse les identités, un enjeu s’impose : celui de réparer la République. Chacun doit pouvoir vivre selon ses convictions et dans le respect de ce qu’il est », conclut-il.

Sarcelles a été touchée par de violentes émeutes anti-Israël à proximité d’une synagogue en 2014, et une bombe a explosé dans un supermarché casher en 2012.

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