Le médecin de l’infirmerie du mont Meron témoigne de l’horreur
Rechercher

Le médecin de l’infirmerie du mont Meron témoigne de l’horreur

Le docteur Roi Babila dit que ses collègues se sont effondrés devant lui alors que les victimes affluaient sans discontinuer dans cette infirmerie installée sur le site religieux

Le docteur Roi Babila raconte avoir dû identifier 39 corps sans vie lors de la catastrophe du mont Meron dans un entretien accordé le 2 mai. (Capture d'écran : Ynet)
Le docteur Roi Babila raconte avoir dû identifier 39 corps sans vie lors de la catastrophe du mont Meron dans un entretien accordé le 2 mai. (Capture d'écran : Ynet)

Le directeur de l’infirmerie installée sur le mont Meron – une structure plus habituée à prendre en charge les cas de déshydratation que les victimes nombreuses d’une tragédie – a évoqué dimanche la douleur d’avoir dû prononcer la mort de 39 victimes après la bousculade géante qui a endeuillé, la semaine dernière, les rassemblements de Lag BaOmer.

Ce mouvement de foule survenu sur un versant du mont Meron vendredi, vers une heure du matin, a fait 45 morts, notamment seize enfants et adolescents, au cours d’un drame qui est aussi la plus grande catastrophe civile de toute l’Histoire du pays.

Jusqu’à présent, le travail du docteur Roi Babila au sein de l’infirmerie avait été plutôt de prendre en charge des malades pour des cas de fatigue, de déshydratation ou de contusions mineures, a noté le quotidien Haaretz.

Mais après le mouvement de foule meurtrier de vendredi, le médecin a été amené à prononcer la mort de 39 fidèles.

Les secouristes et la police israélienne après un incident qui a tué et blessé des dizaines de personnes, lors des célébrations de la fête juive de Lag B’Omer, au mont Meron, dans le nord d’Israël, le 30 avril 2021. (Crédit : David Cohen / Flash90)

« Ma mission et mon vœu sont de sauver des vies et toute mort est difficile », a déclaré Babila à la presse israélienne.

« Je travaillais avec plusieurs équipes médicales à l’infirmerie et un grand nombre de collègues ont craqué devant mes yeux. Ils ont éclaté en sanglots », a-t-il continué.

Les sacs contenant les corps sur le site de la catastrophe du mont Meron, le 30 avril 2021. (Capture d’écran)

« Dans de tels moments, il faut être fort pour les autres. En identifiant les 39 corps, vous êtes brisé à l’intérieur de vous. Mais vous ne pouvez pas arrêter le travail ou le reporter », a poursuivi Babila. « J’ai vécu un moment très dur. Je ne peux même pas trouver les mots pour dire combien cela a été difficile ».

Selon Babila, il était impossible d’imaginer l’ampleur de la tragédie quand elle s’est produite.

« Alors qu’on essayait de comprendre ce qu’il se passait, des patients dans des états variés ont commencé à affluer à l’infirmerie. Certains n’avaient plus de pouls, ils ne respiraient plus. On nous les a amenés et on a fait les tentatives de réanimation de base », a dit le médecin.

Babila a expliqué qu’il avait tenté, avec son personnel, de soigner les victimes en leur donnant des médicaments et en pratiquant les protocoles de réanimation, mais que les personnes dans un état critique ne cessaient d’affluer dans les locaux.

Des responsables de la sécurité et les secours israéliens transportent les victimes mortes pendant les festivités de LagBomer sur le mont Meron, dans le nord d’Israël, le 30 avril 2021. (Crédit : AP Photo/Sebastian Scheiner)

« Quand on a un patient, même s’il est dans un état excessivement critique, on se bat pour lui et on fait le maximum », a-t-il ajouté. « Mais ils étaient si nombreux, ils étaient tous dans un état très grave, il a fallu s’occuper de ceux qui avaient le plus de chance de s’en tirer ».

Il a évoqué certaines victimes auxquelles aucun traitement n’a été donné et dont la mort a été immédiatement prononcée, tandis que les décès d’autres victimes n’ont été déterminés qu’après des interventions désespérées des médecins.

Après avoir pris en charge les blessés, Babila s’est rendu sur les lieux de la catastrophe pour tenter d’identifier les corps des personnes ayant perdu la vie dans le mouvement de foule.

« L’objectif était d’identifier le plus grand nombre de morts sur le terrain grâce aux cartes d’identité », a-t-il expliqué.

Une mission qui s’est avérée difficile, certains défunts n’ayant pas sur eux de papiers d’identité. D’autres en avaient, mais avec de vieilles photos. Par ailleurs, certains corps étaient si grièvement abîmés qu’une identification formelle était impossible, a noté Haaretz.

Les sauveteurs au Mont Meron, peu après la tragédie. Avi Marcus, secouriste en chef de United Hatzalah of Israël, est en haut à gauche. (Autorisation : United Hatzalah)

« Vous voyez ces corps, vous voyez ces gens qui n’ont aucune chance de s’en sortir », a continué Babila.

« Vous n’êtes jamais prêt à un événement au cours duquel vous devrez prendre en charge des dizaines de patients et donner des instructions au personnel-médical – qui s’occupera de qui, et jusqu’où. Ce sont des décisions très difficiles à prendre », a conclu Babila.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...