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Le microbiologiste et héros de la Shoah David Sompolinsky s’éteint à 100 ans

Sompolinsky a permis à des centaines de Juifs danois de passer clandestinement en Suède en 1943 avant d'entamer une carrière remarquable en Israël

David Sompolinsky en 2018. (Capture d'écran/YouTube)
David Sompolinsky en 2018. (Capture d'écran/YouTube)

David Sompolinsky, un éminent microbiologiste qui a secouru des centaines de Juifs au Danemark pendant la Shoah, est décédé la semaine dernière à l’âge de 100 ans dans la ville israélienne de Bnei Brak, où il vivait.

Sompolinsky, originaire de Copenhague, est décédé le 13 octobre et a été enterré à Rishon Lezion.

Lorsque la Seconde Guerre mondiale a éclaté au Danemark, Sompolinsky était étudiant en médecine vétérinaire à Copenhague. Avec un enseignant non juif, il a participé à la fondation du groupe Lyngby, qui s’est employé à cacher les Juifs de la ville aux nazis et à faire passer des centaines d’entre eux en sécurité en Suède.

Dans une interview vidéo enregistrée en 2018 pour Yad Vashem, le mémorial et musée de la Shoah en Israël, Sompolinsky a parlé de son enfance au Danemark et de ses expériences en temps de guerre.

Sompolinsky a raconté qu’il avait rencontré de nombreux non-Juifs danois qui aidaient activement les Juifs du Danemark à se cacher et à échapper aux forces nazies. Plus de 7 000 Juifs du Danemark ont réussi à s’échapper vers la Suède, et plus de 90 % des Juifs du pays ont survécu à la Shoah.

Dans son livre October ’43, Aage Bertelsen, l’enseignant non juif qui a travaillé avec Sompolinsky pour faire sortir clandestinement des Juifs du Danemark, a raconté ses expériences avec le jeune homme.

Un certificat d’appréciation décerné à David Sompolinsky pour ses efforts de sauvetage des Juifs du Danemark en 1943. (Autorisation)

« Je savais que toute tentative de le persuader de s’échapper était vouée à l’échec », écrivait Bertelsen à propos de Sompolinsky, « car il avait décidé qu’il ne quitterait pas le Danemark avant que tous les Juifs qui avaient besoin de son aide aient été mis en sécurité. »

Sompolisky a raconté dans son témoignage vidéo que les Juifs qui pouvaient payer pour s’échapper via des bateaux de pêche vers la Suède ont commencé à fuir, et les autres ont compté sur la gentillesse et les dons d’autres Danois. « Certains Juifs avaient de l’argent et ont commencé à fuir », a-t-il dit. « Pour les autres, ils ont collecté des dons, et il y avait beaucoup de gens qui donnaient, tellement de gens simples ».

Sompolinsky a déclaré que les Juifs de Copenhague ont commencé à recevoir des avertissements concernant l’imminence des rafles de Juifs par les nazis avant Rosh HaShana de l’année 1943. Les prières dans la synagogue principale ont été interrompues sur ordre du rabbin, et après l’avertissement d’un ami local non juif, se souvient-il, ses parents ont fui vers la périphérie de la ville, tandis qu’il est resté sur place.

La veille de la fête, Sompolinsky a sauté sur un vélo « et est allé de maison en maison pour dire aux Juifs de se cacher », a raconté sa belle-fille Elisheva Sompolinsky au Times of Israël.

Au cours des jours et des semaines qui ont suivies, Sompolinsky a aidé les membres du mouvement de résistance danois à faciliter le passage de milliers de Juifs danois vers la Suède. Mais une femme à Copenhague était enceinte de neuf mois et ne pouvait pas monter à bord du navire, a précisé Elisheva Sompolinsky.

Elle a ajouté qu’il s’assurait également, grâce à ses contacts médicaux, que les Juifs hospitalisés soient mis à l’abri des forces nazies. Il mettait un panneau « quarantaine » sur toutes les portes des patients juifs, et écrivait qu’ils étaient contagieux pour que les Allemands n’y aillent pas », a raconté Elisheva Sompolinsky au sujet de la femme enceinte et d’autres patients juifs. Lorsque la femme a accouché, « il l’a cachée dans le grenier de son professeur d’anglais, puis une semaine plus tard, il l’a mise sur un bateau pour la Suède ». Le bébé de cette femme, dit la belle-fille de Sompolinksy, vit aujourd’hui à Petah Tikva.

Selon divers documents et témoignages, Sompolinsky a également aidé à libérer des prisonniers juifs, ainsi qu’à aider ceux qui vivaient dans des maisons de retraite, et les enfants et orphelins vivant dans un asile, à s’échapper. « Il a emmené les derniers enfants avec lui sur le bateau de pêche vers Malmö », a déclaré Elisheva Sompolinsky.

David Sompolinsky (Autorisation)

Dans son témoignage vidéo, Sompolinsky se souvient s’être demandé comment il allait pouvoir fuir en Suède alors que la plupart de sa famille était déjà partie. Mais une femme l’a abordé et lui a demandé ce qu’il fallait faire pour une douzaine d’enfants qui se cachaient dans un orphelinat.

« Ils m’ont suggéré de me rendre dans un hôpital situé non loin de Copenhague, d’y envoyer les enfants et de trouver une solution », a-t-il déclaré. Il est arrivé à l’hôpital et a découvert que les enfants étaient secrètement pris en charge par des étudiants en soins infirmiers.

« Nous sommes restés là quelques jours, jusqu’à la fête juive de Souccot, puis une femme est venue nous dire : ‘Aujourd’hui, vous et les enfants allez partir vers le sud, et tout ira bien' », se souvient Sompolinsky. Le groupe a voyagé ensemble jusqu’au sud du Danemark, où ils ont embarqué sur un bateau de pêche en direction de la Suède. « Les enfants se sont cachés dans l’endroit où ils gardaient le poisson », a-t-il dit. Bien que le voyage aurait dû être court, le capitaine du bateau a dû travailler pour éviter d’être repéré par les navires nazis dans la région, et ils ont passé environ huit heures en mer avant d’arriver sains et saufs en Suède, se souvient-il.

Sompolinsky est resté en Suède jusqu’à la fin de la guerre, puis est retourné à Copenhague où il a obtenu son doctorat en médecine vétérinaire en 1946. Il a ensuite été chercheur principal à l’Institut des sérums vétérinaires de Copenhague jusqu’en 1950, date à laquelle il s’est installé en Israël avec sa femme et leurs trois enfants.

« Il était tellement modeste qu’il n’en parlait jamais… Il parlait ici et là et j’ai appris [ses histoires] dans les livres et tout le reste », a déclaré la belle-fille de Sompolinsky.

Après son arrivée en Israël en 1951, Sompolinsky a mené une brillante carrière dans le domaine de la microbiologie. Il a été professeur à l’université Bar-Ilan et a dirigé son département de microbiologie jusqu’en 1970. En 1960, il a pris part à une mission médicale de l’armée israélienne à Kinshasa pour apporter une aide humanitaire aux Congolais pendant la sanglante guerre civile qui sévissait dans le pays. Il a ensuite été titulaire de la chaire Efraim Rapoport de microbiologie médicale de l’université, avant de devenir directeur du laboratoire de microbiologie de l’hôpital Mayanei Hayeshua de Bnei Brak en 1991, à l’âge de 70 ans.

Sompolinsky a travaillé à l’hôpital jusqu’à l’âge de 94 ans. « Ils voulaient qu’il reste, mais le ministère de la Santé ne voulait plus lui donner de licence », se souvient sa belle-fille.

Sompolinsky laisse derrière lui 10 enfants, 83 petits-enfants, des centaines d’arrière-petits-enfants et au moins 30 arrière-arrière-petits-enfants, selon sa belle-fille. Sa femme, Ilona Malik Sompolinsky, est décédée avant lui.

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