Le Parlement flamand regrette d’avoir mis en avant deux collaborateurs
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Le Parlement flamand regrette d’avoir mis en avant deux collaborateurs

Gustave « Staf » De Clercq et August Borms ont été distingués dans une galerie d'honneur des personnalités flamandes commandée par le Parlement

Le Parlement régional de Flandre, à Bruxelles. (Crédit : Spotter2 / CC BY-SA 3.0)
Le Parlement régional de Flandre, à Bruxelles. (Crédit : Spotter2 / CC BY-SA 3.0)

Un récent document d’auto-célébration commandé par le Parlement régional de Flandre et réalisé par une déclinaison belge du magazine Newsweek a distingué, parmi quatorze personnalités ayant « contribué à l’émancipation du peuple flamand et de sa langue », deux anciens nationalistes qui ont collaboré avec les nazis.

Le document a été commandé à l’occasion des 50 ans du Parlement flamand – ou plutôt de l’anniversaire de la création en 1971 du Conseil culturel de la Communauté néerlandaise.

Ces deux hommes, qui se retrouvent parmi des écrivains éclairés et des démocrates dans cette galerie d’honneur des personnalités flamandes, sont Gustave « Staf » De Clercq et August Borms.

Le premier, décédé en 1942, est à l’origine du Vlaams Nationaal Verbond, dont sa section la « Brigade noire » a fait naître la Légion SS Flandre.

Le second, collaborateur durant les deux Guerres mondiales, a été condamné à mort à ce titre par le Conseil de guerre et exécuté en 1946.

La polémique a ainsi été déclenchée il y a une dizaine de jours, et Yohan Benizri, président du Comité de coordination des organisations juives de Belgique (CCOJB), a jugé cette mise à l’honneur « scandaleuse ».

« Nombre de jeunes Belges ne connaissent pas l’histoire de leur pays », a-t-il déploré. « On ne peut lutter efficacement contre les discours de haine lorsque l’on célèbre un héritage honteux. Ce double message est totalement délétère. »

« La Belgique doit faire la lumière sur le rôle des collaborateurs et complices du régime nazi pendant la Seconde Guerre mondiale. Cette terrible histoire est porteuse d’enseignements, qui résonnent d’autant plus aujourd’hui que nous vivons une période difficile et que de nombreux citoyens cherchent des réponses simples et des boucs-émissaires à la crise sanitaire », a-t-il estimé. « Il serait judicieux pour la Flandre de sensibiliser les jeunes générations aux questions de responsabilité citoyenne au lieu de glorifier des anciens collaborateurs nazis. »

« Est-il convenable de mettre à l’honneur deux sympathisants nazis, collaborateurs avec l’occupant allemand, dont un (Borms) pendant les deux guerres mondiales de surcroît ? », s’est lui interrogé le quotidien flamand De Standaard.

Le Parlement a depuis reconnu son erreur.

« August Borms et Staf Declercq, deux collaborateurs avec l’occupant allemand, n’auraient pas dû figurer dans l’aperçu des personnalités qui ont donné forme à l’émancipation de la Flandre », a indiqué lundi Liesbeth Homans (N-VA), présidente du parlement flamand, dans une déclaration publiée au nom du Bureau élargi de l’assemblée.

« Le parlement flamand regrette l’émoi qui s’en est suivi et que des personnes aient pu involontairement se sentir blessées », ajoute la déclaration.

« Même si une explication se trouve sous leurs photos, ils n’auraient pas dû figurer dans cet aperçu », a indiqué le Bureau. « En tant qu’institution adulte, le parlement flamand continue à regarder le passé droit dans les yeux et est conscient des fautes du passé afin de veiller à ce qu’elles ne soient plus commises à l’avenir », a-t-il conclu.

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