Le Pissaro spolié et restitué à la famille d’un collectionneur juif vendu 3,3 M€
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Le Pissaro spolié et restitué à la famille d’un collectionneur juif vendu 3,3 M€

"La Cueillette des Pois" a été vendue aux enchères avec de nombreuses autres œuvres de Van Gogh, Picasso, Hockney et Munch

"La Cueillette des pois", par Camille Pissaro. (Crédit : Domaine public via Wikimedia Commons)
"La Cueillette des pois", par Camille Pissaro. (Crédit : Domaine public via Wikimedia Commons)

« La Cueillette des Pois » de Camille Pissarro, commandée par Theo Van Gogh, peinte en 1887 et restituée l’an dernier aux héritiers du collectionneur juif Simon Bauer, a été vendue ce jeudi 3,3 millions d’euros lors d’une double vente d’œuvres impressionnistes et modernes chez Sotheby’s, à Paris et à Londres.

Le prix de l’œuvre avait été estimé entre 1,2 et 1,8 million d’euros.

Le tableau avait été spolié sous l’Occupation de la France par les Allemands et avait disparu avant d’être acheté légalement aux enchères en 1995 par des Américains, les époux Toll, grands collectionneurs qui ont acquis cette gouache pour 800 000 dollars chez Christie’s à New York.

Simon Bauer était un industriel juif amateur d’art né en 1862. Ses 93 peintures – dont 13 de Pissarro et d’autres de Sisley, Boudin, Degas et Morisot – lui ont été volées par les nazis en 1943. Bauer a été déporté au camp de Drancy et en a été libéré en 1944. Il est mort en 1947.

Les descendants de Bauer avaient perdu la trace de « La Cueillette » jusqu’à ce qu’elle la retrouve exposée au musée parisien Marmottan-Monet début 2017, prêtée par les Toll dans le cadre d’une rétrospective consacrée à Pissarro.

Outre ce tableau, a été vendu ce jeudi à Paris « Scène de rue à Montmartre », un Van Gogh encore jamais exposé, qui a été adjugé 13 millions d’euros, bien au-dessus de son estimation – un record en France pour le peintre hollandais, confirmant sa cote internationale.

Daté de 1887, peint pendant les deux courtes années que Vincent van Gogh passa à Paris, la toile était répertoriée dans les catalogues (par des photos en noir et blanc), mais n’était jamais apparue depuis son acquisition par une famille française vers 1920. 

Elle a été acquise pour un montant de 13 091 250 euros (frais inclus), un record pour l’artiste en France, s’est félicité Sotheby’s qui organisait cette vente en visio.

En 2017, « Laboureur dans un champs » (1889), peint par Van Gogh dans l’année précédent sa mort, dans sa période provençale, la plus colorée et aussi la plus cotée, avait atteint 81 millions de dollars chez Christie’s à New York.

Sotheby’s et la maison de ventes Mirabaud-Mercier, qui avait découvert « Scène de rue à Montmartre », avaient montré au public en février ce chef-d’œuvre appartenant à la très rare série de tableaux représentant le mythique Moulin de la Galette.

L’œuvre était conservée depuis un siècle au sein de la même famille française dont l’identité n’a pas été dévoilée.

« La vente de ce magnifique tableau portée par une ambiance électrique fait partie de ces moments magiques qu’il nous est donné de vivre dans une maison de vente », ont souligné dans un communiqué Aurélie Vandevoorde, commissaire-priseur de la vente, Etienne Hellman, directeur du département d’art Impressionniste et moderne et Pierre Mothes, vice-président de Sotheby’s France.

La toile représente le Moulin à poivre, l’un des moulins de la Galette, derrière des palissades, sur fond de ciel d’hiver bleu-gris. Au premier plan, un couple se promène et deux enfants jouent.

« Scène de rue à Montmartre » de Van Gogh. (Domaine public)

Tournant expressionniste

Dans l’itinéraire du peintre hollandais (1853-1890), ce tableau marque un tournant, un début expressionniste avec un emploi de la couleur visant à créer une impression au-delà de la retranscription de la réalité.

« C’est un témoignage sur Montmartre à la fin du XIXe siècle », a souligné Aurélie Vandevoorde. Les Parisiens allaient se promener et s’amuser dans le parc du Moulin de la Galette, mais Van Gogh était plus sensible au côté bucolique qu’à la représentation des cabarets ».

Lors de cette vente, le pastel d’Edgar Degas, une « Danseuse » s’est aussi vendu à 2,6 millions d’euros tandis qu’un rare Francis Picabia représentant « le Matador dans l’arène » a été adjugé 3,1 millions d’euros. 

Parmi les lots les plus remarquables proposés à Londres, le portrait par Picasso de la photographe Dora Maar, estimé entre 6,5 et 8,5 millions de livres, s’est vendu 9,3 millions de livres (soit 10,9 millions d’euros). 

Le triptyque aux tons printaniers du Britannique David Hockney, un des artistes vivants les plus chers au monde, n’a pas dépassé les 6,1 millions de livres (7,1 millions d’euros), restant en dessous de son estimation de départ. 

Un grand succès par contre a été enregistré pour la scène de plage « Embrace on the beach » du Norvégien Edvard Munch qui a atteint les 16,2 millions de livres, soit 18,9 millions d’euros. Hermann Göring aurait brièvement accroché ce tableau qu’il appréciait au mur de son bureau, même si Munch figurait parmi les artistes mis au ban par le régime nazi.

L’autoportrait de Munch de 1926 a par contre plafonné à 3,1 millions de livres seulement, soit 5 millions d’euros, moins que son estimation de départ.

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