Le premier ambulancier à répondre à l’attentat au mont du Temple, musulman, raconte
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Le premier ambulancier à répondre à l’attentat au mont du Temple, musulman, raconte

Lorsque Nedal Sader a entendu les premiers crépitements d'une mitraillette à proximité de son appartement vendredi, il n'aurait jamais pu croire que les tirs provenaient du mont du Temple

Nedal Sader assis sur son scooter d' United Hatzalah  dans la Vieille ville de Jérusalem, le 14 juillet 2017 (Crédit : Andrew Tobin)
Nedal Sader assis sur son scooter d' United Hatzalah dans la Vieille ville de Jérusalem, le 14 juillet 2017 (Crédit : Andrew Tobin)

JERUSALEM (JTA) – Lorsque Nedal Sader a entendu les premiers crépitements d’une mitraillette à proximité de son appartement, vendredi dans la matinée, il n’aurait jamais pu croire que les tirs provenaient du mont du Temple.

Musulman, il a toujours considéré le complexe, qui se situe aux abords directs de son domicile, comme un lieu sacré et pacifique. Il prie là-bas presque chaque semaine.

Mais en urgentiste expérimenté, il a su identifier les bruits des tirs résonnant sur les pierres de la Vieille Ville. Il a fini de s’habiller, a passé sa veste de secouriste et s’est précipité sur les lieux du drame.

Sader, infirmier de 37 ans et père de cinq enfants, a été le premier professionnel de l’équipe médicale à arriver sur le mont du Temple suite à l’attaque dans laquelle deux agents de police druzes on été tués par balles. Les trois terroristes, des Arabes israéliens, ont été abattus par la police sur les lieux de l’attentat.

Dans cette scène de carnage, dans le complexe en proie aux tensions politiques et religieuses, Sader indique avoir seulement tenté de sauver qui il pouvait.

« Peu importe qui est la personne », déclare Sader, musulman bénévole à United Hatzalah, le service d’urgence dirigé par les Juifs orthodoxes. « Tous ceux qui ont besoin de secours doivent obtenir du secours avant tout ».

Sader a rejoint le service majoritairement ultra-orthodoxe en 2012, peu après le décès de son père d’une attaque cardiaque alors qu’il attendait une ambulance. Il indique ainsi espérer pouvoir améliorer les soins médicaux d’urgence dans le quartier arabe de la Vieille Ville qui, comme les autres quartiers arabes de Jérusalem-Est, souffre d’un manque à ce niveau. Il est illégal pour les personnels médicaux juifs de pénétrer dans des villages ou dans des faubourgs arabes sans escorte policière, pour des raisons de sécurité.

« Il fallait que je fasse quelque chose », ajoute-t-il. « Je ne voulais pas que la même chose se produise pour qui que ce soit dans mon quartier ou en Israël ».

United Hatzalah compte environ 300 techniciens, ambulanciers et médecins experts en soins médicaux d’urgence qui sont musulmans, druzes et chrétiens, et qui représentent environ 20 % du total du personnel, selon son porte-parole Raphael Poch. Il explique que l’organisation a commencé à recruter des musulmans pour officier dans leurs propres quartiers il y a dix ans environ.

« Nous avons formé l’organisation pour répondre aux besoins de toutes les communautés en Israël », a indiqué Poch. « Et parce que nous nous basons sur les communautés, cela signifie qu’il fallait engager des bénévoles musulmans ».

Sader raconte qu’au cours des cinq dernières années, il a été présent lors de sept attentats palestiniens majeurs dans la Vieille Ville, empruntant souvent pour cela le scooter prêté par United Hatzalah. Lorsqu’il répond aux appels, ajoute Sader, il conserve son casque et parfois ses lunettes de soleil pour ne pas être identifié en tant qu’arabe. Il tente également de ne pas trop parler.

« Je ne veux pas avoir à gérer le fait d’être vu. Certains Arabes pourraient mal le prendre. Certains Juifs pourraient mal le prendre », dit-il. « Je me focalise sur le fait de venir en aide aux gens. C’est ça qui est important. »

Après l’attentat de vendredi, les agents de police sur le mont du Temple ont vu arriver Sader et lui ont fébrilement demandé de prendre en charge leurs camarades décédés. Mais il a dû attendre un moment jusqu’à ce que les attaquants – qui ont été identifiés comme étant des cousins originaires du nord d’Israël – soient maîtrisés.

La première victime dont Sader s’est occupé était l’un des deux agents de police défunts. Il a estimé que les blessures étaient trop graves pour faire quoi que ce soit. Se dirigeant vers le sud, il a dépassé les corps de deux des attaquants et a vu le troisième étendu sur le sol, entouré par la police. Les forces de l’ordre l’ont emmené aux côtés du deuxième soldat blessé, dont le pouls avait cessé de battre. Il a commencé une réanimation cardio-respiratoire.

Un agent de police israélien pleure alors que les personnels médicaux tentent de réanimer l'un des deux policiers tués lors d'une attaque terroriste au mont du Temple, le vendredi 14 juillet (Capture d'écran/Facebook)
Un agent de police israélien pleure alors que les personnels médicaux tentent de réanimer l’un des deux policiers tués lors d’une attaque terroriste au mont du Temple, le vendredi 14 juillet (Capture d’écran/Facebook)

Rapidement, dans la foulée, l’un des tireurs qui avait été maîtrisé s’est levé et a attaqué l’un des agents qui l’entouraient à l’aide d’un couteau – un moment enregistré sur une vidéo. La salve de balles qui a résulté de cette tentative d’agression et qui a tué l’attaquant, a frôlé à toute vitesse Sader qui tentait toujours de réanimer la victime avec l’aide d’un autre agent. Les soins de réanimation auront encore duré un quart d’heure jusqu’à l’arrivée d’une ambulance. Mais l’homme n’a jamais repris conscience.

Lorsqu’il s’agit des tensions sur le mont du Temple, Sader estime que les Arabes comme les Juifs sont à blâmer. L’ancien site qui accueillait les temples Juifs est le lieu le plus saint du judaïsme. Deux sites arabes de prière, le dôme du Rocher et la mosquée Al-Aqsa, en font l’un des lieux les plus importants pour l’islam également.

Depuis qu’Israël a capturé le mont du Temple à la Jordanie en 1967 lors de la guerre des Six Jours, le site est devenu un point sensible du conflit israélo-palestinien. Certains Juifs, majoritairement issus de la communauté religieuse orthodoxe nationale, n’ont jamais accepté la décision d’Israël de conserver le mont comme site exclusif de prière musulmane après la guerre. Même si Israël insiste sur le fait que le pays n’a aucunement l’intention de changer le statu-quo, les soupçons de contraire nourris par les Palestiniens ont contribué à attiser la première et la deuxième intifada, ou des soulèvements ainsi que la vague d’attentats à l’arme blanche et à la voiture bélier qui a commencé en octobre 2015.

Sader qui, comme la majorité des habitants palestiniens de Jérusalem–Est, a choisi de ne pas demander la citoyenneté israélienne, déclare que la violence est inacceptable dans un lieu si religieux. Mais comme c’est banal dans le monde arabe, il nie les revendications historiques ou religieuses des Juifs sur le mont et dit être opposé à la prière juive-là bas et aux nouvelles mesures sécuritaires introduites depuis l’attentat.

Il semble toutefois concéder le mur Occidental aux Juifs.

« Je respecte le Kotel et d’autres lieux saints et je pense que les gens devraient respecter le nôtre », dit-il, utilisant le terme hébreu pour désigner le mur Occidental.

Le personnel médical israélien enlève le cadavre de l'un des terroristes impliqués dans un attentat à l'arme à feu à proximité du complexe du mont du Temple dans la Vieille ville de Jérusalem, le 14 juillet 2017 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Le personnel médical israélien enlève le cadavre de l’un des terroristes impliqués dans un attentat à l’arme à feu à proximité du complexe du mont du Temple dans la Vieille ville de Jérusalem, le 14 juillet 2017 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Vendredi soir, Sader est allé travailler. Il a assuré sa garde de 24 heures à la clinique médicale Terem dans l’implantation majoritairement ultra-orthodoxe de Beitar Illit en Cisjordanie. Il précise respecter les Juifs religieux et leurs coutumes et ne fume ni n’utilise son téléphone portable ouvertement durant ses pauses le jour du Shabbat, lorsque les Juifs orthodoxes évitent de telles activités.

Habituellement, dit-il, il peut dormir lors de sa garde, pendant le Shabbat. Mais cette fois-ci, il n’a cessé d’arpenter les salles toute la nuit, même là où il n’y avait aucun malade à s’occuper.

« Après une journée comme celle-là, on ne peut pas dormir », a-t-il dit. « Mais ça va maintenant. On est habitués à des choses comme ça. Ca passe après un moment ».

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