Le président tchèque s’oppose à la liquidation d’une porcherie sur un ex-camp nazi
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Le président tchèque s’oppose à la liquidation d’une porcherie sur un ex-camp nazi

Environ 1 300 hommes, femmes et enfants Roms de Bohême, alors sous domination nazie, sont passés par ce camp entre août 1942 et mai 1943

Milos Zeman, président tchèque, aumémorial Yad Vashem de Jérusalem, en 2013. (Crédit : Isaac Harari/Flash90)
Milos Zeman, président tchèque, aumémorial Yad Vashem de Jérusalem, en 2013. (Crédit : Isaac Harari/Flash90)

Le président tchèque Milos Zeman s’est prononcé jeudi contre la liquidation d’une porcherie industrielle sur le site d’un ancien camp nazi de concentration pour Roms dont l’existence est régulièrement épinglée par les militants antiracistes et défenseurs des droits de l’homme.

Cette porcherie a été bâtie dans les années 1970 à l’époque communiste à Lety (75 km au sud de Prague), à l’emplacement d’un camp nazi où des centaines de Roms avaient péri, de 1942 à 1943, à l’époque où l’actuelle République tchèque était dominée par les nazis.

« Je suis contre la liquidation d’une entreprise qui prospère, car ce serait une perte pour l’économie nationale », a affirmé Zeman jeudi soir au cours d’un entretien à la chaîne de télévision privée TV Barrandov.

Il a rappelé qu’il s’opposait à la liquidation de cette porcherie déjà à l’époque où il était Premier ministre (1998-2002).

Un tracteur sur l'immense porcherie industrielle située sur l'emplacement d'un ancien camp de concentration à Lety, dans le sud de la Bohême, en République tchèque, le 4 mai 2005. (Crédit : Michal Cizek/AFP)
Un tracteur sur l’immense porcherie industrielle située sur l’emplacement d’un ancien camp de concentration à Lety, dans le sud de la Bohême, en République tchèque, le 4 mai 2005. (Crédit : Michal Cizek/AFP)

« Sa liquidation aurait coûté pour le gouvernement et donc les contribuables environ 400 millions de couronnes (15,2 millions d’euros). Et c’était il y a quinze ans, donc aujourd’hui ce serait un milliard de couronnes (38 millions d’euros », a-t-il dit.

« Que les entreprises agricoles et industrielles fonctionnent, sans qu’on leur mette des obstacles inutiles sur le chemin », a aussi déclaré le chef de l’Etat, avant d’admettre qu’il allait en « fâcher certains » par ses propos.

Environ 1 300 hommes, femmes et enfants rom de Bohême sont passés entre août 1942 et mai 1943 par le camp de Lety.

Pour la plupart d’entre eux, ce camp a été la dernière étape avant les chambres à gaz d’Auschwitz-Birkenau. Près de 330 Roms, dont au moins 241 enfants, y sont morts, notamment du typhus.

La société privée Agpi, actuel propriétaire de la porcherie, ne s’oppose pas au déplacement, à condition que l’Etat lui offre une compensation adéquate.

Mémorial aux victimes Roms de l'Holocauste inauguré en 2000 au cimetière Mirovice, près d'une immense porcherie industrielle située sur l'emplacement d'un ancien camp de concentration à Lety, dans le sud de la Bohême, en République tchèque, le 4 mai 2005. (Crédit : Michal Cizek/AFP)
Mémorial aux victimes Roms de l’Holocauste inauguré en 2000 au cimetière Mirovice, près d’une immense porcherie industrielle située sur l’emplacement d’un ancien camp de concentration à Lety, dans le sud de la Bohême, en République tchèque, le 4 mai 2005. (Crédit : Michal Cizek/AFP)

Le ministre de la Culture Daniel Herman avait affirmé en 2016 qu’un accord sur le rachat de l’établissement serait conclu « avant la fin du mandat du gouvernement », en automne 2017.

A quatre mois des législatives, la situation demeure incertaine, la capacité d’action du gouvernement étant sapée par des dissensions internes.

Des militants anti-racistes tchèques et étrangers ont réagi avec indignation vendredi aux propos du président Milos Zeman en faveur du maintien de la porcherie industrielle sur le site d’un ancien camp nazi de concentration pour les Roms.

« Ces déclarations sont une lourde offense à l’égard des victimes et des survivants de l’Holocauste, et de leurs familles », a déclaré à l’AFP Miroslav Broz de l’association Konexe, membre du Mouvement anti-raciste européen (Egam).

« Il est urgent que la République tchèque n’accueille pas ce symbole négatif mais au contraire le transforme en un symbole positif irrigué par les valeurs de dignité, d’égalité et de liberté », a pour sa part déclaré récemment à l’AFP Benjamin Abtan, président du mouvement EGAM (Europeen Grassroots Antiracist Movement).

Ce mouvement a organisé samedi une nouvelle protestation à Lety, en présence de militants antiracistes d’une quinzaine de pays.

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