Le radical Smotrich, nouveau leader d’une faction d’HaBayit HaYehudi
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Le radical Smotrich, nouveau leader d’une faction d’HaBayit HaYehudi

Le député bat Uri Ariel ; sa victoire révèle un changement d'orientation du parti : plus jeune et plus tourné vers les dirigeants d'implantations anti-establishment

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Bezalel Smotrich, député du parti HaBayit HaYehudi, pendant la conférence de l'Union nationale à Jérusalem, le 12 septembre 2017. (Crédit :  Hillel Meir et Or Alexenberg)
Bezalel Smotrich, député du parti HaBayit HaYehudi, pendant la conférence de l'Union nationale à Jérusalem, le 12 septembre 2017. (Crédit : Hillel Meir et Or Alexenberg)

Le député d’extrême droite Bezalel Smotrich a remporté lundi soir l’élection pour la présidence de l’Union nationale, une faction du parti HaBayit HaYehudi, mettant ainsi fin au règne au vétéran Uri Ariel, qui a promis de quitter le monde politique en cas de défaite.

Le vote mettait en concurrence la vieille garde représentée par Ariel et la génération plus jeune, anti-establishment, incarnée par Smotrich.

Les résultats révèlent un vote massif en faveur de Smotrich, 83 des 123 représentants du parti l’ayant soutenu.

Cette élection précède la conférence de HaBayit HaYehudi prévue mercredi, au cours de laquelle les instances du parti devront décider si elles souhaitent se présenter avec l’Union nationale sur une liste commune au prochain scrutin. L’union rassemble plusieurs petits partis de la droite dure. Smotrich serait prêt à prendre la tête du parti entier, pas seulement celle de l’Union nationale, pour les élections législatives d’avril.

« Ce soir, ici à Jérusalem, nous affirmons clairement : le sionisme religieux est le mouvement le plus influent de l’Etat d’Israël ! Et il continuera [à le faire] avec passion, » a déclaré Smotrich dans son discours post-scrutin.

Bezalel Smotrich, après sa victoire aux élections désignant le nouveau président de l’Union nationale, à l’hôtel Crown Plaza de Jérusalem, le 14 janvier 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

Smotrich, qui a co-fondé l’ONG de droite Regavim ciblant les constructions illégales de non-Juifs en Israël et en Cisjordanie, avait fait son entrée à la Knesset en 2015. Il était vite devenu célèbre pour ses opinions de droite sans concession et ses remarques controversées.

Au cours de son mandat, le député a souvent fait les gros titres. Il a en effet encouragé la désertion des militaires en signe de protestation contre le programme « féministe radical » de l’armée israélienne, comparé l’évacuation d’un avant-poste à un « viol brutal », affirmé que les Arabes « illettrés » n’avaient accès à l’université que grâce à un programme de discrimination positive, ou encore, réclamé la création d’ailes séparant Juifs et arabes dans les maternités. Il s’est également décrit comme un « fier homophobe » et a participé à l’organisation de la parade anti-gay à Jérusalem, en réaction à la Gay Pride annuelle.

En amont du désengagement israélien de la bande de Gaza, les services de sécurité intérieure du Shin Bet avait détenu Smotrich pendant trois semaines, le soupçonnant de vouloir bloquer de grandes artères de circulation et endommager des infrastructures pour tenter d’empêcher le retrait. Il faisait parti d’une cellule de cinq personnes arrêtées alors qu’ils semblaient préparer un attentat avec 700 litres d’essence, avait rapporté Yedioth Ahronoth. Il avait été libéré sans être inculpé.

Ces dernières années, l’homme de 38 ans s’est montré très proche d’un groupe de jeunes responsables d’implantations dirigé par le président du Conseil régional de Samarie, Yossi Dagan, et par celui du Conseil régional de Binyamin, Yisrael Gantz. Ces derniers ont fortement critiquer publiquement Netanyahu, et de façon plus virulente que leurs collègues. Pour sa part, Ariel était considéré plus proche du Conseil de Yesha, qui chapeaute les autres conseils d’implantation et s’est montré plus réticent à l’idée de critiquer publiquement le gouvernement.

Ariel, qui doit se retirer de la vie politique après le scrutin national d’avril, préside l’Union nationale depuis 2012 et officie à la Knesset depuis 2001. Le ministre de l’Agriculture avait annoncé son départ de la Knesset s’il ne remportait pas la présidence du parti d’union. Élu pour la première fois lors des dernières élections législatives, Smotrich est arrivé récemment dans le parti. Il a promis d’agrandir le camp religieux national en concluant de nouvelles alliances au sein du mouvement.

Le ministre de l’Agriculture, Uri Ariel, assiste à une réunion du parti HaBayit HaYehudi à la Knesset, à Jérusalem, le 11 décembre 2017 (Yonatan Sindel / Flash90)

Il pourrait ainsi s’allier à Eli Yishai, dont le parti d’extrême droite Yachad n’avait pas obtenu de sièges à la Knesset lors du scrutin de 2015, ou au parti ultra-nationaliste Otzma Yehudit, dirigé par l’ancien député de l’Union sioniste Michael Ben Ari aux côtés des militants d’extrême droite Itamar Ben Gvir, Benzi Gopstein, et Baruch Marzel.

Les membres de l’Union nationale ont également voté pour la liste électorale qui sera présentée en avril. Elle compte 10 candidats qui sont en concurrence pour se présenter dans les circonscriptions les plus faciles à remporter. On y trouve le député HaBayit HaYehudi Orit Strock et le secrétaire général de l’Union nationale Ofir Sofer. Ariel et Smotrich avaient été les deux seuls du parti à entrer à la Knesset en 2015.

Les résultats devaient être annoncés plus tard dans la soirée de lundi.

C’est à l’hôtel Crowne Plaza de Jérusalem qu’avait lieu le vote, lequel avait été avancé après les départs du ministre de l’Education Naftali Bennett, et de la ministre de la Justice, Ayelet Shaked. A la surprise générale, il avaient annoncé leur départ et la création d’un nouveau parti, HaYamin HaHadash, obligeant l’union de la droite religieuse nationale à se trouver une nouvelle direction.

Le ministre de l’Education Naftali Bennett et la ministre de la Justice Ayelet Shaked annoncent leur départ de HaBayit HaYehudi et la fondation de HaYemin HeHadash lors d’une conférence de presse à Tel Aviv, le 29 décembre 2018 (Crédit : Yossi Zeliger/Flash90)

Dans son discours de victoire lundi soir, Smotrich a lancé une pique discrète à Bennett et Shaked. « Il y a ceux qui ont récemment essayé de nous nuire et affirment que le sionisme religieux est mort. Qu’il a perdu son pouvoir d’influence, et qu’afin de diriger et avoir du poids [en Israël], il faut l’abandonner. »

Les ministres de la Justice et de l’Education avaient avancé des arguments similaires pour justifier leur décision de fonder HaYamin HaHadash, avançant que les dirigeants rabbiniques du camp national religieux les empêchaient d’agir plus librement pour attirer un électorat plus large.

Les deux ministres ont néanmoins publié un communiqué félicitant Smotrich pour sa victoire, le qualifiant « d’homme d’idées et d’action. »

« Désormais, nous allons tous œuvrer chacun à notre manière pour agrandir le bloc de droite dans l’intérêt du pays et de son avenir et pour la totalité du territoire », a conclu le parti.

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