Le Soudan envisagerait de normaliser ses relations avec Israël
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Le Soudan envisagerait de normaliser ses relations avec Israël

Le ministre des Affaires étrangères déclare que Khartoum est ouvert à l’idée pour lever les sanctions américaines dans un contexte de ‘dialogue national’ ; Jérusalem ne commente pas

Le président soudanais Omar al-Bachir pendant un entretien télévisé en janvier 2011. (Crédit : capture d'écran Youtube/AlJazeera English)
Le président soudanais Omar al-Bachir pendant un entretien télévisé en janvier 2011. (Crédit : capture d'écran Youtube/AlJazeera English)

Dans un nouveau signe de modification des allégeances au Moyen-Orient et en Afrique, le ministre des Affaires étrangères soudanais a récemment déclaré que son pays était prêt à discuter pour mettre fin à des décennies d’hostilité à l’égard d’Israël et à considérer la normalisation des relations.

S’exprimant le 14 janvier sur une action américaine pour demander au Soudan la normalisation des liens avec Tel Aviv comme une condition préliminaire pour lever les sanctions sur Khartoum, le ministre des Affaires étrangères Ibrahim Ghandou a déclaré que le Soudan était ouvert à cette idée.

« Cela ne nous dérange pas d’étudier cette proposition », a-t-il déclaré, selon les médias soudanais.

Mais, a-t-il ajouté, les relations avec les Etats-Unis sont séparées des relations avec Israël ou d’autres pays.

C’est la première fois qu’un officiel soudanais s’exprime publiquement sur la possibilité de relations avec Israël.

Le Soudan a été hostile à l’Etat juif depuis son indépendance, accordée par le Royaume-Uni en 1956, affirmant qu’Israël occupe des territoires arabes.

La Jordanie et l’Egypte sont les seules nations arabes à entretenir des relations diplomatiques officielles avec Israël.

Cependant, les officiels israéliens ont déclaré ces dernières années que des intérêts communs avec les pays arabes sunnites également opposés aux ambitions nucléaires de l’Iran pourraient ouvrir la voie à la mise en place de nouvelles relations.

Le ministère des Affaires étrangères a déclaré qu’il était informé des remarques de Ghandour mais n’a pas donné plus de précisions.

L’ancien président américain George W. Bush a imposé des sanctions économiques sur le Soudan en mai 2007 pour protester contre le rôle du Soudan dans la crise du Darfour. Le président soudanais Omar al-Bachir est actuellement recherché à La Haye pour des accusations de crimes de guerre.

Khartoum a traditionnelement été perçu comme proche de Téhéran, et Israël aurait mené des frappes aériennes au Soudan contre des livraisons d’armes de l’Iran vers Gaza.

Cependant, le Soudan a récemment suivi Bahreïn, sunnite, et l’Arabie saoudite dans la coupure des liens avec l’Iran. Les tensions ont augmenté entre Téhéran, chiite, depuis que l’Arabie saoudite a exécuté un Sheikh chiite.

Des Soudanais protestent contre l'opération terrestre à Gaza - 18 juillet 2014 (cRÉDIT : AFP/EBRAHIM HAMID)
Des Soudanais protestent contre l’opération terrestre à Gaza – 18 juillet 2014 (cRÉDIT : AFP/EBRAHIM HAMID)

La déclaration de Ghandour, qui marque un tournant, a été rapportée dans le contexte de réunions de dialogue national, initié par Bachar en janvier 2014 avec pour objectif de rassembler les différents groupes pour planifier l’avenir du Soudan. Six commissions ont été créées et les réunions ont commencé en octobre.

Mustafa Osman Ismail, chef de la division politique du parti au pouvoir, le parti du congrès national (NCP), a déclaré que les commissions de la conférence du dialogue national décideraient de la normalisation des relations avec Israël, selon la Tribune du Soudan.

L’idée a été soulevée par un membre du parti soudanais indépendant, qui a affirmé que la politique du pays et son hostilité envers Israël coûtait au pays, à la fois politiquement et économiquement.

Ibrahim Suleiman a déclaré que certains membres de la commission étaient en faveur d’une normalisation totale des liens avec Israël, alors que d’autres – moins importants – soutenaient un rejet total.

Au centre, des membres défendaient une normalisation conditionnelle. Il a déclaré que le point de vue du parti au pouvoir, le NCP, qui appelle à « de bonnes relations avec toutes les nations » n’était toujours pas clair.

Suleiman a déclaré que la majorité des membres de la commission appelait à l’établissement de relations normales ou conditionnées avec Israël.

Il a ajouté que la discussion continuait entre les membres de la commission des relations extérieures.

Si la normalisation était approuvée par la conférence, elle serait incorporée dans la constitution du Soudan, a ajouté Suleiman.

« Les Etats-Unis et Israël sont deux faces d’une même pièce, et si le gouvernement souligne l’importance d’établir une relation avec les Etats-Unis, pourquoi n’établit-il pas des liens avec Israël ? », a-t-il demandé.

En 2008, Ismail, alors conseiller du président soudanais, avait rencontré Alberto Fernandez, le plus haut représentant américain à Khartoum, selon un câble diplomatique américain révélé par Wikilieaks en 2011.

A cette réunion, Ismail aurait déclaré à Fernandez que Khartoum avait établi une stratégie pour travailler avec les Etats-Unis qui avait des objectifs à court, moyen et long terme.

Discutant des relations avec Israël comme l’un des aspects de cette stratégie Ismail avait déclaré : « Si les choses se passent bien avec les Etats-Unis, vous pourriez nous aider avec Israël, puisque qu’il est votre plus proche allié dans la région. » Il a plus tard démenti ceci, déclarant que le Soudan refusait totalement de coopérer avec « l’entité sioniste ».

Le Soudan a accusé Israël de le combattre via des rebelles soudanais à sa solde, alors qu’Israël a affirmé que le Soudan hébergeait des groupes islamistes radicaux.

Des milliers de réfugiés soudanais vivent en Israël.

Un soudanais se prépare à quitter Israël (Crédit : Tali Mayer/Flash 90)
Un soudanais se prépare à quitter Israël (Crédit : Tali Mayer/Flash 90)

En annonçant le dialogue national l’année dernière, Bachar a promis l’amnistie aux prisonniers politiques ainsi qu’une garantie pour les rebelles et les groupes armés, s’engageant lui-même à la liberté d’expression et d’activité politique, « à l’exception de ce qui menace la stabilité du pays ».

Cependant, les principaux groupes d’opposition et rebelles ont boycotté les réunions quand elles ont commencé en octobre.

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