Le vibrant témoignage d’une soeur endeuillée à Yom HaZikaron
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Le vibrant témoignage d’une soeur endeuillée à Yom HaZikaron

Des résidents d'Efrat en Cisjordanie se sont installés dans le salon du maire pour écouter Tali Muskal parler de son frère, tué lors de la Seconde Guerre du Liban

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Tali Muskal (au centre) parle de son frère Refanel dans le cadre du Yom HaZikaron à Efrat le 15 avril 2018. (Jacob Magid/Times of Israel)
Tali Muskal (au centre) parle de son frère Refanel dans le cadre du Yom HaZikaron à Efrat le 15 avril 2018. (Jacob Magid/Times of Israel)

EFRAT, Cisjordanie – Les dizaines de résidents d’Efrat qui se sont rendus au domicile de leur maire dimanche soir pour commémorer les soldats tombés au champ d’honneur connaissaient l’exercice.

Combien de temps pour retrouver ses amis, quand s’asseoir, comment participer de façon appropriée aux histoires des membres de la famille endeuillés.

Le duo guitare et piano savait exactement quand commencer à chanter lors de pauses dans les souvenirs partagés.

Mais alors que tout le monde semblait bien connaître le rythme et le décorum de l’événement du Yom HaZikaron, il y avait toujours un fossé évident entre l’auditoire et le conférencier que même la proximité de la disposition des sièges n’a pas réussi à compenser.

Mais cela n’a pas empêché Tali Muskal d’essayer de le faire.

« Je ne supporte pas Yom Hazikaron », a-t-elle dit à son auditoire, dont les membres avaient chacun pris le temps de leur propre emploi du temps pour commencer à marquer le Yom Hazikaron 48 heures à l’avance.

La conversation dans le salon du président du conseil local d’Efrat, Oded Revivi et son épouse Lisa était dans l’une des quelque 250 conversations qui se sont déroulées dans tout le pays dimanche, mettant en vedette un frère ou une sœur d’un soldat tombé au champ d’honneur.

Un événement du Yom HaZikaron à Efrat le 15 avril 2018. (Jacob Magid/Times of Israel)

Étant donné que c’était la première fois qu’elle partageait l’histoire de son frère Refanel dans un tel décor depuis qu’il a été tué il y a 12 ans lors de la Seconde Guerre du Liban, il semblait que Muskal n’était pas à l’aise d’être au centre de l’attention de la salle.

Au cours d’une semaine pendant laquelle les yeux de l’ensemble du pays se posent avec empathie sur les familles endeuillées, son malaise face à Yom HaZikaron était compréhensible.

Mais Muskal a expliqué qu’elle n’avait pas accepté de conduire plus d’une heure jusqu’à l’implantation de Cisjordanie au sud-est de Jérusalem pour son propre compte.

« Les familles endeuillées n’ont pas besoin de Yom HaZikaron. Pour nous, chaque jour est un Yom HaZikaron. Mais je reconnais que cela nous aide à nous rappeler pourquoi nous sommes ici. »

Muskal parlait solennellement, mais a prévenu le public qu’elle allait faire de l’“humour noir” tout au long du récit de l’histoire de son jeune frère, « alors s’il-vous-plaît ne soyez pas offensé ».

Refanel est né très malade et ses parents ont choisi de le nommer d’après un verset biblique demandant à Dieu de guérir les malades, explique Muskal.

Tali Muskal (deuxième à partir de la gauche) parle de son frère Refanel lors d’un événement pour Yom HaZikaron à Efrat le 15 avril 2018. (Jacob Magid/Times of Israel)

« Après qu’il a été tué, nous avons plaisanté en disant qu’apparemment cela ne fonctionnait pas », dit-elle en souriant au public, qui riait prudemment.

Elle a ensuite sorti une photo encadrée de Refanel et l’a tenue sur ses genoux pendant qu’elle parlait.

La sœur endeuillée a décrit un frère qui était un imitateur talentueux, un joueur de basket-ball de compétition et un ami dévoué.

Elle a regardé sa photo pendant qu’elle parlait.

« Nous sortions plus souvent un an ou deux avant qu’il ne soit tué parce qu’il commençait à devenir adulte », a dit Muskal à propos de Refanel, qui avait six ans de moins que sa sœur.

Elle a raconté qu’ils étaient allés tous les deux à un concert de la rockstar israélienne Ehud Banai.

« C’est là que j’ai découvert qu’il fumait », a confié Muskal, alors que les membres du public, en grande partie plus jeune, souriaient tendrement.

Refanel Muskal (Autorisation)

Comme il convient pour la journée, que les Israéliens commémorent avec des centaines de chansons poignantes, elle a souligné l’amour de son frère pour la musique.

Refanel a appris à jouer de la guitare au lycée et a commencé à écrire ses propres chansons quand il était à l’armée.

« Pendant la shiva [période de deuil], j’ai trouvé un carnet de toutes les chansons qu’il avait écrites », dit-elle, tirant un livre du sac fourre-tout à ses pieds.

Muskal a raconté comment sa famille, avec l’aide des amis de Refanel, a publié un livre contenant ses chansons et ses randonnées préférées à travers le pays – un autre passe-temps du soldat tombé au champ d’honneur.

Elle a levé la couverture pour que tout le monde puisse la voir. Elle représentait Refanel debout devant un décor pastoral avec le titre approprié : « Chanter et voyager pour Refanel ».

Le jeune homme de 21 ans sur la couverture portait un pull noir avec le logo de son unité de l’armée, ainsi qu’un pantalon vert olive.

La sœur aînée discuta ensuite de cette dernière étape de la vie de son frère, dans laquelle il s’était profondément investi.

Refanel a servi dans l’unité d’élite de reconnaissance Egoz et était responsable de l’utilisation de la mitrailleuse lourde Néguev sur les lignes de front.

« Il était athlétique, musicien, militaire et aimait voyager », dit-elle en s’assurant qu’elle n’avait rien oublié.

« C’était un grand frère », a-t-elle résumé.

Elle a ensuite fait une pause, qui a été animée par une émouvante interprétation de la chanson populaire de Shai Gabso, « I’ll raise my head ».

Pendant que les musiciens locaux Ori et Arieh jouaient, les membres du public ont commencé à chanter doucement. Muskal, pour sa part, fixait le sol en silence.

A la fin de la chanson, on a demandé à Muskal de se remémorer le jour de la mort de son frère.

Refanel a été tué avec quatre autres soldats de Egoz après avoir essuyé un feu nourri du Hezbollah lors d’une opération à Maroun al-Ras, au Liban, le 21 juillet 2006.

La sœur aînée a dit qu’elle a eu du mal à comprendre la nouvelle quand son père l’a réveillée pour la lui annoncer. « Il m’a fallu 12 heures pour que ça me frappe vraiment », dit-elle.

« J’ai toujours l’impression que c’est arrivé hier. Le temps écoulé n’y change pas grand-chose. »

« Quand les gens demandent combien de frères et sœurs nous sommes, je dis quatre moins un, poursuit Muskal. « Pour moi, il existe toujours. »

Après une autre chanson, Muskal a lu une lettre que Refanel avait écrite à la fin de la formation de commandant.

Réalisant la possibilité de perdre sa propre vie au combat, le jeune soldat se demandait comment on se souviendrait de lui.

« Suis-je vraiment tombé pour défendre la patrie, ou suis-je un pion entre les mains de politiciens qui ne se soucient que de rester au pouvoir ? »

La sœur endeuillée a expliqué que Refanel avait écrit ce qui semblait avoir été un journal intime à l’époque du désengagement d’Israël de la bande de Gaza en 2005, qui avait été une période importante pour son frère.

Mais le jeune homme de 20 ans a conclu sur une note positive.

« Le fait que je sois un soldat de Tsahal… me dit que je suis ici pour que les citoyens du pays soient en sécurité… Je ne remplacerais cela par rien d’autre dans le monde ».

Rivka Peled (à gauche) et Tali Muskal parlent de leurs expériences communes en tant que sœurs endeuillées lors d’un événement du Yom HaZikaron à Efrat le 15 avril 2018. (Jacob Magid/Times of Israel)

En repliant la lettre, Muskal a continué en disant que son frère « avait réussi à faire tant de choses dans sa courte vie. Cela m’encourage à faire de même », a-t-elle dit.

À ce moment-là, une femme plus âgée du public est intervenue.

« Je m’appelle Rivka Peled. Mon frère Rami Mizrahi a été tué lors de la première guerre du Liban. Je voulais juste dire que je m’identifiais à chaque mot que vous avez dit. »

La résidente de longue date d’Efrat s’est levée de sa chaise et a embrassé Muskal.

Alors qu’une autre chanson commençait, Peled s’assit à côté de sa nouvelle amie et sortit son propre livre de son sac à main.

Comme Muskal, la famille de Peled avait également publié un livre de poche commémorant son frère décédé. Les deux se sont assises pendant quelques minutes en feuilletant les pages.

Pendant la majeure partie de la soirée, un jeune homme d’une vingtaine d’années s’est assis à l’avant de la pièce, les bras croisés, fixant le sol avec douleur.

(De gauche à droite) Yosef, Shuv’el et Hanna Dickstein. (Autorisation)

Quand la musique s’est arrêtée, il s’est présenté comme Shlomo Dickstein, dont le père Yosef, la mère Hanna et le frère de 9 ans Shuv’el ont été abattus lors d’une attaque terroriste à l’extérieur de l’implantation de Kiryat Arba en Cisjordanie en 2002.

Trop émotif pour parler spontanément, Dickstein a lu une courte lettre adressée à son frère.

« Tu aurais eu 25 ans aujourd’hui. Je me demande si tu aurais été marié, ou si tu aurais étudié dans une yeshiva, ou si tu aurais été étudiant à l’université », lisait-il en retenant ses larmes.

Pour conclure le programme, le groupe s’est levé et a chanté la Hatikva, l’hymne national israélien.

Alors que les invités commençaient à sortir de la maison de Revivi, l’une des personnes présentes a pu être entendue appeler sa mère pour lui parler de l’événement.

« Pendant un court instant, j’ai eu l’impression de pouvoir les comprendre » a-t-elle dit. « Mais ensuite, le programme s’est terminé et j’ai réalisé que ma vie était toujours entière alors que la leur ne l’est plus ».

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