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L’enrichissement d’uranium, une technologie à usage civil et militaire

Ce processus, volet le plus sensible du programme nucléaire iranien, permettrait à Téhéran de fabriquer la bombe atomique, même s'il s'est toujours défendu d'en avoir l'objectif

Illustration : Des centrifugeuses alignées dans un hall de l'usine d'enrichissement d'uranium de Natanz, en Iran, dans une image fixe tirée d'une vidéo diffusée par la société de radiodiffusion de la République islamique d'Iran le 17 avril 2021, six jours après que le hall a été endommagé lors d'une mystérieuse attaque. (Crédit : IRIB via AP)
Illustration : Des centrifugeuses alignées dans un hall de l'usine d'enrichissement d'uranium de Natanz, en Iran, dans une image fixe tirée d'une vidéo diffusée par la société de radiodiffusion de la République islamique d'Iran le 17 avril 2021, six jours après que le hall a été endommagé lors d'une mystérieuse attaque. (Crédit : IRIB via AP)

L’enrichissement d’uranium constitue le volet le plus sensible du programme nucléaire de l’Iran qui pourrait, grâce à cette technologie, fabriquer la bombe atomique, même s’il s’est toujours défendu d’avoir une telle visée.

Ce processus consiste à augmenter les isotopes fissiles de l’uranium 235, qui est dans un premier temps converti en hexafluorure d’uranium (UF6), puis enrichi, notamment dans des centrifugeuses.

L’uranium naturel, tel qu’il est extrait du sol, est composé à 99,3 % d’uranium 238, non fissile. La part fissile, l’uranium 235, ne constitue que 0,7 %.

Enrichi entre 3 et 5%, cet uranium sert à alimenter les centrales nucléaires pour la production d’électricité.

Jusqu’à 20 %, il sert à produire des isotopes médicaux, utilisés notamment dans le diagnostic de certains cancers.

Pour fabriquer une bombe, l’enrichissement doit être poussé jusqu’à 90 %.

Dans cette photo d’archives du 3 février 2007, un technicien iranien travaille à l’installation de conversion d’uranium située à l’extérieur de la ville d’Ispahan à 410 km au sud de Téhéran. (Crédit : AP Photo / Vahid Salemi, Fichier)

De 3,67 % à 20 %

D’après les termes de l’accord conclu à Vienne en 2015 avec les grandes puissances (Etats-Unis, Allemagne, France, Royaume-Uni, Chine, Russie), l’Iran a convenu de limiter le niveau d’enrichissement à 3,67 % pour un plafond de 202,8 kilos (ou 300 kilos équivalent UF6).

Mais en riposte à la décision en 2018 de Donald Trump de se retirer de ce texte, il s’est progressivement affranchi de ses engagements.

Téhéran a enrichi dans un premier temps jusqu’à 5 %. Selon le dernier rapport de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), chargée de surveiller les activités nucléaires du pays, la quantité de cet uranium faiblement enrichi dépassait à la date de mi-février de 14 fois la limite autorisée: elle atteignait alors 2967,8 kilos.

En janvier, l’Iran a enclenché le processus pour monter à 20 %. Son stock enrichi à ce taux s’élève désormais à 55 kg, selon des données récentes de l’Organisation de l’énergie atomique iranienne.

Des centrifugeuses au sein de l’usine d’enrichissement de l’uranium de Natanz, dans le centre de l’Iran, le 5 novembre 2019. (Atomic Energy Organization of Iran via AP)nuc

60 %, un seuil inédit

Nouveau cap franchi, la République islamique a annoncé son intention de passer à 60 %, un seuil inédit selon les experts.

Les Iraniens « ne sont jamais allés au-delà de 20 % », note Robert Kelley, un ancien directeur des inspections de l’AIEA.

D’autant qu’en parallèle, ils ont fortement augmenté le nombre et la performance de leurs centrifugeuses pour « produire davantage, mieux, plus vite ». Au total, le nombre de ces machines sont passées de 5 060 avant l’accord de 2015 à plus de 6 400 en février.

Toutefois M. Kelley a appelé à la prudence. « C’est un grand pas en avant », « une provocation », mais ce n’est « pas suffisant » pour mettre au point une arme atomique, dit-il.

Si l’Iran est peut-être en capacité de rassembler suffisamment d’uranium dans l’année à venir, il faut ensuite le convertir en arme et l’adapter à un missile, ce qui « requiert de nombreuses étapes » (composants chimiques, explosifs, volet électronique…), détaille cet expert.

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