Les démocrates de New York dénoncent le regain d’antisémitisme
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Les démocrates de New York dénoncent le regain d’antisémitisme

Les élus démocrates de la ville ignorent néanmoins ce qui l'alimente ; Eliot Engel avertit que la Shoah "pourrait avoir lieu ici si les gens l'excusent"

La représentante démocrate de New York, Yvette Clarke, s'exprime au Museum of Jewish Heritage, le 2 janvier 2020, à New York. Derrière elle, à partir de la gauche, la représentante démocrate Grace Meng, Eliot Engel, Gregory Meeks, Carolyn Maloney, Max Rose et Hakeem Jeffries. (Crédit : AP Photo/Mark Lennihan)
La représentante démocrate de New York, Yvette Clarke, s'exprime au Museum of Jewish Heritage, le 2 janvier 2020, à New York. Derrière elle, à partir de la gauche, la représentante démocrate Grace Meng, Eliot Engel, Gregory Meeks, Carolyn Maloney, Max Rose et Hakeem Jeffries. (Crédit : AP Photo/Mark Lennihan)

NEW YORK (JTA) — À la lumière des nombreuses agressions de Juifs dans la métropole new-yorkaise ces derniers mois, sept démocrates de la Chambre des représentants élus dans des circonscriptions de la ville ont tenu une conférence de presse pour souligner leur engagement dans la lutte contre l’antisémitisme.

En plus d’avoir évoqué des initiatives en ce sens, ils ont néanmoins admis qu’identifier les causes spécifiques de cette recrudescence d’actes antisémites s’avérait difficile.

Les représentants Max Rose, Yvette Clarke, Eliot Engel, Hakeem Jeffries, Gregory Meeks, Carolyn Maloney et Grace Meng ont organisé la conférence au Museum of Jewish Heritage, un musée du souvenir de la Shoah situé à Manhattan.

« On ignore clairement ce qu’il se passe, mais nous irons au fond des choses, et c’est pour cela que vous avez vu des élus afro-américains comme [les représentants] Greg Meeks, Yvette Clarke, [le président de l’arrondissement de Brooklyn] Eric Adams et moi-même intervenir pour dénoncer ce phénomène et assurer que nous ne le tolérerons pas dans notre communauté », a commenté Hakeem Jeffries auprès de la Jewish Telegraphic Agency après l’événement.

Les élus n’ont pas évoqué les motifs spécifiques derrière ces attaques récentes, dont une fusillade mortelle contre une supérette casher à Jersey City et l’attaque à la machette contre le domicile d’un rabbin à Monsey, une banlieue de New York. Des Juifs sont harcelés et parfois violemment agressés dans les rues de Brooklyn depuis des mois.

Un agent de sécurité se tient devant la maison du rabbin où une agression antisémite à l’arme blanche a blessé cinq Juifs hassidiques, le 29 décembre 2019 à Hanoukka. (Crédit : Ben Sales/ JTA)

Les auteurs des attentats contre les synagogues de Pittsburgh en 2017 et Poway au printemps dernier avaient exprimé des idées suprémacistes, mais les dernières attaques ont été commises par des Afro-Américains. Les tueurs de Jersey City étaient des sympathisants des Black Hebrew Israelites, un mouvement d’Afro-américains qui se considèrent comme des descendants des anciens Israélites. Le responsable de l’attaque de Monsey a également cité le mouvement dans ses journaux intimes.

Certains membres adhèrent aux croyances antisémites. La plupart, mais pas tous, parmi les auteurs de harcèlement et d’agressions à Brooklyn sont également afro-américains.

Yvette Clarke a indiqué à la JTA après l’événement qu’elle n’était pas sûre de savoir pourquoi ces incidents se produisaient, mais qu’elle espérait que les récentes initiatives annoncées par le maire Bill de Blasio — dont des patrouilles de quartier conjointes, un travail pédagogique dans les collèges et les lycées et des campagnes publicitaires en faveur de la diversité — pourraient être utiles.

« J’ignore ce qu’il y a dans l’esprit de la plupart de ces jeunes responsables de ces incidents. Je ne pense pas que cela reflète une conspiration d’un dialogue sur l’antisémitisme. Nous devons déterminer quelles en sont les causes », a-t-elle indiqué.

Dans le même temps, Eliot Engel a fait savoir qu’il voulait éviter d’attribuer la responsabilité de ces attaques à une communauté particulière.

« Je ne pense pas que leurs origines soient si importantes », a-t-il déclaré à la JTA. « Ce qui est important, c’est qu’ils ont commis un acte antisémite, que nous ne tolérerons pas et que nous dénoncerons vigoureusement. Nous savons que l’antisémitisme est ancré à droite, c’est ainsi depuis des années. Et honnêtement, nous avons commencé à le voir un peu également à gauche. Je m’engage donc à combattre l’antisémitisme où qu’il pointe sa tête hideuse. »

Eliot Engel comme Max Rose sont tous les deux Juifs.

« Chacun de ceux qui se tiennent derrière moi aujourd’hui, a entendu la chose suivante cette semaine de la part de ses administrés : ‘J’ai peur de sortir avec ma kippa sur la tête. J’ai peur de parler hébreu en public. J’ai peur d’aller à la synagogue. J’ai peur de me réunir avec ma famille pour Hanoukka ici à New York' », a rapporté Max Rose lors de la conférence.

« Il s’agit d’une réalité que nous refusons d’accepter », a continué l’élu démocrate, qui dirigeait la conférence. « En ces temps de recrudescence majeure des violences, les prières, les pensées et les tweets ne suffisent pas. Ce sont d’actions dont nous avons besoins. »

Max Rose a précisé que le groupe de parlementaires s’était battu pour obtenir une hausse des subventions à destination des ONG de sécurité cette année. Le mois dernier, le Congrès a annoncé qu’il faisait passer le montant de ces subventions de 60 à 90 millions de dollars, par rapport à l’année précédente.

Carolyn Maloney a pour sa part mentionné le projet de loi qu’elle a déposé afin d’améliorer l’enseignement de la Shoah et qu’elle et d’autres poussaient pour la création d’une unité spéciale au sein du FBI chargée lutter contre l’antisémitisme et la haine dans tout le pays. Hakeem Meeks et Max Rose ont également évoqué l’action nécessaire des réseaux sociaux pour combattre la haine sur leur plateforme.

Eliot Engel a, par ailleurs, parlé de l’importance d’organiser cet événement au musée de la Shoah.

« Je me souviens quand j’étais petit dans le Bronx et que j’ai appris l’histoire de la Shoah, je me suis dit, ‘ça ne pourrait jamais arriver ici, n’est-ce pas ?' », a-t-il interrogé. « Vous savez quoi ? Cela pourrait se produire ici, cela pourrait être le cas si les personnes de bonne volonté ne disent rien. Cela pourrait arriver ici si les gens l’excusent et disent, ‘Ces gens ont des troubles mentaux, il faut donc les laisser tranquilles. »

D’après le communiqué publié dimanche pour le compte de la famille de l’assaillant, il « avait de longs antécédents de troubles mentaux et d’hospitalisations » et « aucun antécédent connu d’antisémitisme », a rapporté le New York Times.

Des policiers de Ramapo escortent Grafton Thomas, le suspect de l’attaque de Monsey, depuis l’hôtel de ville de Ramapo jusqu’à un véhicule de police, à Ramapo (New York), le 29 décembre 2019. (Julius Constantine Motal/AP)

Un journaliste a demandé à Max Rose, qui a chipé sa circonscription aux républicains l’année dernière, s’il attribuait la montée de l’antisémitisme à Donald Trump.

« Je ne suis pas venu ici aujourd’hui, et je parle pour moi et non pour la délégation, pour désigner le président responsable de la recrudescence de l’antisémitisme. Cela étant dit, je trouve [certaines] déclarations (…) et sa défense face à la montée du nationalisme blanc atterrantes, xénophobes par nature et abjectes », a-t-il dénoncé. « Mais le problème auquel nous assistons aujourd’hui est bien plus compliqué que pointer le président du doigt. »

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