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Explications

Les forces en jeu dans le conflit dévastateur du Soudan

Trump a annoncé vouloir s'impliquer pour mettre fin à la guerre entre l'armée et les forces paramilitaires au Soudan, mais il composer avec un écheveau complexe d'intérêts économiques, d'influences et de rivalités régionales

Carte région Soudan (Crédit : capture d'écran Google Maps)
Carte région Soudan (Crédit : capture d'écran Google Maps)

Le président américain Donald Trump a annoncé vouloir s’impliquer pour mettre fin à la guerre entre l’armée et les forces paramilitaires au Soudan, mais il devra pour y parvenir composer avec un écheveau complexe d’intérêts économiques, d’influences et de rivalités régionales.

Les négociations pour un cessez-le-feu sont dans l’impasse depuis des mois dans ce pays riche en or et en terres fertiles, ravagé par deux ans et demi de guerre.

Alors que les récits d’exaction se multiplient, les appels des Nations unies à respecter l’embargo sur les armes et à stopper toute ingérence extérieure sont restés sans effet.

Voici un point sur les acteurs de ce conflit :

Les généraux soudanais

Le général Abdel Fattah al-Burhane commande l’armée régulière. En octobre 2021, épaulé par son adjoint et chef des Forces de soutien rapide (FSR), Mohamed Daglo, ce militaire de carrière orchestre un putsch, écarte les civils du pouvoir et prend les rênes du pays, deux ans après  l’éviction du président Omar el-Béchir.

Sur cette image tirée d’une vidéo fournie le 21 avril 2023 par les forces armées soudanaises, le général Abdel-Fattah Burhane, commandant des forces armées soudanaises, s’exprime dans un lieu tenu secret. (Crédit : Forces armées soudanaises via AP)

Mi-avril 2023, une guerre de pouvoir fratricide éclate entre les deux généraux, avec depuis des dizaines de milliers de morts, des millions de déplacés et une crise humanitaire majeure.

Les FSR sont les héritières des Janjawid, une milice arabe responsable de massacres de masse au Darfour (ouest) dans les années 2000.

Sur le plan politique, un gouvernement pro-armée siège à Port- Soudan, port stratégique de la Mer Rouge.

Les FSR ont de leur côté formé une administration parallèle rivale basée à Nyala, capitale du Darfour-Sud.

Les deux camps s’accusent de bénéficier du soutien d’alliés étrangers qui démentent tous toute implication.

Les médiateurs

ARABIE SAOUDITE – C’est sur intervention du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane que Donald Trump a décidé de se pencher sur le Soudan, après avoir longtemps considéré la situation comme « dingue et hors de contrôle », comme il l’a dit sur son réseau Truth social.

Ryad a soutenu les militaires soudanais dès la destitution du président Béchir en 2019 mais joue en même temps un rôle de médiateur pour préserver la stabilité dans une région où la monarchie pétrolière a investi des milliards de dollars.

L’Arabie saoudite participe au groupe de médiation dit du « Quad », réunissant Etats-Unis, Egypte et Emirats arabes Unis.

EGYPTE – Le grand voisin du Soudan et son ancien tuteur colonial considère le général Al-Burhane comme un chef d’Etat légitime, un partenaire prévisible capable de maintenir l’ordre le long de sa frontière sud poreuse et de protéger ses intérêts – en particulier ceux liés à l’eau vitale du Nil.

Les FSR ont par le passé accusé l’Egypte de fournir un appui militaire direct à l’armée régulière, ce que le pouvoir égyptien a toujours démenti.

Des soldats arrivent au marché d’Allafah, dans une zone récemment reprise par l’armée soudanaise au groupe paramilitaire des Forces de soutien rapide, dans le district d’Al Kalalah, à 40 km au sud de Khartoum, au Soudan, le 27 mars 2025. (Crédit : AP)

EMIRATS ARABES UNIS – L’armée a accusé les Emirats de soutenir les FSR avec des armes, du carburant et des mercenaires envoyés via le Tchad, la Libye, le Kenya ou la Somalie.

Abou Dhabi a toujours nié toute ingérence, malgré les preuves alignées par des rapports internationaux et enquêtes indépendantes.

La monarchie du Golfe, qui a beaucoup investi dans la région, cherche, sur le plan géopolitique, à contrer l’influence de l’Arabie saoudite et celle des alliés islamistes du camp Burhane.

Les voisins africains

LIBYE – L’armée soudanaise a accusé en juin le camp de Khalifa Haftar, l’homme fort de l’est libyen, d’avoir soutenu l’offensive victorieuse des FSR dans la zone frontalière stratégique du nord- ouest bordée par l’Egypte et la Libye. Le maréchal Haftar est aussi accusé de fournir armes et carburant aux FSR pour le compte des Emirats arabes unis.

TCHAD – Le Tchad, qui partage avec le Soudan une frontière poreuse de 1.300 km dans le désert, est le premier pays d’accueil des réfugiés soudanais. Officiellement neutre, le président Mahamat Idriss Deby a été plusieurs fois accusé par l’armée soudanaise de servir de relais aux envois d’armes des Emirats aux FSR.

KENYA – L’armée soudanaise a affirmé en juin avoir découvert des armes étiquetées au Kenya dans les caches des FSR à Khartoum et a accusé Nairobi de servir de transit aux équipements militaires fournis par les Emirats via le Tchad.

Autres influences

IRAN – Khartoum et Téhéran ont rétabli leurs relations diplomatiques en octobre 2023 après une brouille née du ralliement du gouvernement soudanais à la coalition dirigée par l’Arabie saoudite contre les rebelles houthis, soutenus par l’Iran au Yémen.

L’Iran a depuis été accusé par les FSR de fournir des drones à l’armée soudanaise, soutien qui a suscité par le passé l’inquiétude des Etats-Unis.

TURQUIE – Grande rivale des Emirats, la Turquie a affirmé son soutien à l’armée soudanaise dès le début de la guerre et, selon plusieurs médias dont le Washington Post, lui a notamment fourni des drones utilisés contre les FSR.

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