Les Franco-Israéliens, choqués par les attaques, mais soulagés de ne pas y être
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Les Franco-Israéliens, choqués par les attaques, mais soulagés de ne pas y être

"Ça sera différent parce que la France n’est pas Israël," a déclaré Illana Attali, une résidente depuis 5 ans de Tel Aviv

Des milliers d'Israéliens sur la place Rabin à Tel Aviv, le 14 novembre 2015 (Crédit : Gili Yaari/Flash90)
Des milliers d'Israéliens sur la place Rabin à Tel Aviv, le 14 novembre 2015 (Crédit : Gili Yaari/Flash90)

TEL AVIV — Il était deux heures du matin quand les cris d’une amie d’Illana Attali l’ont réveillée. Son amie venait juste d’entendre parler de la série d’attaques terroristes coordonnées sur Paris, une vague de violence qui allait tuer au moins 129 personnes vendredi.

Originaire de Paris et ayant déménagé à Tel Aviv il y a cinq ans, Attali, âgée de 31 ans, était partie pour une randonnée dans le désert avec deux amis et elle avait éteint son téléphone portable. Lorsqu’elle a entendu parler pour la première fois des attaques, elle a pensé qu’il s’agissait simplement d’un mauvais cauchemar. Les trois amis ont commencé à sangloter et ont décidé de rentrer à Tel Aviv.

Attali a déménagé en Israël pour changer d’atmosphère, mais elle pensait retourner en France pour éviter les difficultés d’avoir à éduquer des enfants dans un pays secoué par la terreur. Maitenant, toujours sous le choc des attaques de vendredi, elle ne sait plus quel pays est le plus dangereux.

« C’est un état d’esprit schizophrène, a déclaré Attali, doctorant en sociologie. J’aime Paris, j’aime la France. C’est mon pays tout autant qu’Israël est mon pays. Mais je ne me sens en sécurité dans aucun d’entre eux. C’est vraiment dur. C’est effrayant ».

On estime qu’environ 150 000 juifs français vivent en Israël.

De nombreuses personnes qui ont parlé avec JTA ont dit souffrir pour leur pays d’origine, mais soulagés d’être loin de Paris.

Après la série d’attaques précédente dans la capitale française en janvier, une attaque dans un supermarché casher avait entraîné la mort de quatre personnes, beaucoup ont dit ne pas être supris que le terrorisme frappe à nouveau la ville.

Les quatre victimes de l'Hyper Cacher de gauche à droite, Yoav Hattab, Yohan Cohen, Francois-Michel Saada, Philippe Braham. (Crédit : Autorisation)
Les quatre victimes de l’Hyper Cacher de gauche à droite, Yoav Hattab, Yohan Cohen, Francois-Michel Saada, Philippe Braham. (Crédit : Autorisation)

« Des immigrants français en Israël soutiennent Paris et sont très tristes de la situation, mais les gens sont très contents d’être ici, a déclaré Jonathan Dreymann qui a déménagé avec sa femme et ses deux enfants en août. C’est une raison de plus qui démontre que nous avons peut-être pris une bonne décision en faisant notre alyah ».

L’immigration française en Israël a fortement augmenté au cours des récentes années. En 2014, environ 7 000 juifs ont quitté la France pour Israël, plus que n’importe quel autre pays.

Cette année, jusqu’à septembre, 6 250 Juifs français ont déménagé en Israël, une augmentation de 11 % par rapport à la même période l’année dernière, selon l’Agence juive pour Israël, qui facilite l’alyah.

Plus de 20 000 Juifs français sont arrivés en Israël depuis 2010, s’installant principalement à Tel Aviv et à Jérusalem, tout comme dans les villes côtières de Netanya et Ashdod. Des agences immobilières avec des pancartes en français florissent dans ces villes, des cafés avec du pain et de la patisserie proposent des spécialités traditionnelles françaises.

Selon Avi Zana, directeur général d’Ami, une organisation pour aider les immigrants français en Israël, les Juifs français ont tendance à être plus observant traditionnellement et à pencher à droite politiquement.

A la suite des attaques sur le supermarché casher, l’Hyper Cacher, la France a déployé 5 000 soldats pour protéger les institutions juives dans tout le pays.

-Manuel Valls au rassemblement organisé à St-Mandé - 10 janvier 2015 (Crédit : AFP)
-Manuel Valls au rassemblement organisé à St-Mandé – 10 janvier 2015 (Crédit : AFP)

Le Premier ministre français Manuel Valls s’est opposé à l’antisémitisme dans un discours à l’Assemblée nationale, déclarant : « Quand les Juifs de France sont attaqués, la France est attaquée, la conscience de l’humanité est attaquée ». Il y a environ 500 000 Juifs en France, dont une grande majorité vit à Paris.

Plusieurs franco-israéliens ont déclaré au JTA que la montée des incidents antisémites était une motivation de leur décision.

Certains ont déclaré qu’ils ne voulaient pas que leurs enfants aillent dans des écoles et synagogues surveillées par des gardes armés. D’autres ont suggéré que la population arabe importante et croissante de France les fait sentir moins bienvenus.

Etre Juif en France, ont déclaré des franco-israliens, signifie se sentir différent.

« Je n’ai jamais fait partie de la communauté juive, mais, d’une certaine manière, on m’a rappelée que j’étais juive, par des plaisanteries, a déclaré Hanna, originaire de Marseille qui a déménagé à Tel Aviv il y a trois ans et qui ne voulait pas que son nom soit publié pour des raisons de vie privée. Je ne voulais pas éduquer des enfants qui allaient faire l’objet de blagues mettant en avant qu’ils sont Juifs ».

La violence est aussi un élément de la vie en Israël, qui a subi une guerre et deux vagues de terrorisme au cours des 16 mois passés.

De nombreux immigrants ont déclaré se sentir plus en sécurité ici.

« Ici, il y a aussi des attaques, mais, ici, c’est un État sûr, a déclaré Zana. Ici au moins, on a l’impression que le pays fait tout ce qui est possible pour assurer la sécurité. En France, la sécurité était un élément de marge ».

La France a déjà montré des signes de répression contre le terrorisme. Cette semaine, le président François Hollande a demandé un état d’urgence de trois mois. Mais Attali a déclaré que le type de précautions considérées comme naturelles en Israël, comme des gardes surveillant les centres commerciaux ou des détecteurs de métaux dans les gares routières, sont peu probables en France qui donne la priorité aux libertés individuelles.

Les forces de sécurité israéliennes montent la garde pendant que les travailleurs installent un détecteur de métal dans le quartier musulman de la Vieille Ville de Jérusalem le 8 octobre 2015 après une série d'attaques au couteau. (Crédit : AFP Photo / Gali Tibon)
Les forces de sécurité israéliennes montent la garde pendant que les travailleurs installent un détecteur de métal dans le quartier musulman de la Vieille Ville de Jérusalem le 8 octobre 2015 après une série d’attaques au couteau. (Crédit : AFP Photo / Gali Tibon)

« Ça sera différent parce que la France n’est pas Israël, » a déclaré Attali. « La culture en France soutient vraiment la vie privée et pas autant la sécurité. Si vous instaurez beaucoup plus de sécurité, vous perdez dans le domaine de la vie privée« .

Des milliers de franco-israéliens se sont regroupés en solidarité avec la France à Tel Aviv samedi soir, agitant le drapeau tricolore du pays et chantant l’hymne national, « La Marseillaise ». Des officiels israéliens se sont adressés à la foule en Français, et Jérusalem a éclairé les murs de la Vieille Ville avec les couleurs du drapeau français.

D’autres, pourtant, se sentaient amers avec ces manifestations car ils déclaraient que leur ancien pays n’est plus un bastion de valeurs démocratiques. Des Parisiens non-juifs, ont-ils dit, ne soutiendraient pas Israël comme Israël a soutenu Paris.

« Combien de fois des personnes ont été tuées en Israël ? a déclaré Yvan, un immigrant français de 73 ans qui n’a pas donné son nom parce que ses enfants vivent encore en France. Les Français en ont-ils souvent parlé ? Jamais. »

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