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Les groupes juifs US mobilisés en faveur du droit à l’avortement

La fuite d'un document laisse penser que les juges de la Cour suprême pourraient s'apprêter à renverser l'arrêt Roe v. Wade

Sheila Katz, directrice-générale du groupe NCJWE( National Council of Jewish Women) lors d'un rassemblement en défense du droit à l'avortement devant la Cour suprême américaine, au mois de décembre 2021. (Autorisation :  Danya Ruttenberg.)
Sheila Katz, directrice-générale du groupe NCJWE( National Council of Jewish Women) lors d'un rassemblement en défense du droit à l'avortement devant la Cour suprême américaine, au mois de décembre 2021. (Autorisation : Danya Ruttenberg.)

JTA — Quand l’information laissant entendre que la Cour suprême pourrait être sur le point de renverser l’arrêt Roe v. Wade a émergé, lundi soir, un rassemblement majeur prévu par les défenseurs juifs du droit à l’avortement a soudainement pris un nouveau sens.

Le NCJW (National Council of Jewish Women) avait annoncé, le mois dernier, organiser le « Rassemblement juif pour la justice devant l’avortement » qui aura lieu le 17 mai à Washington. Cet événement avait pour objectif de renforcer le soutien, au sein de la communauté, en faveur du droit à l’avortement à un moment où les droits reproductifs étaient attaqués. Et l’enjeu, aujourd’hui, semble plus clair encore.

Mais Danya Ruttenberg, chercheuse invitée au sein du Conseil et fervente défenseuse du droit à l’avortement, réfléchit déjà à d’autres projets possibles qui vont bien au-delà de la manifestation. Les mêmes rabbins ayant organisé des événements sur le droit à l’avortement dans les synagogues dans le cadre de l’initiative Rabbis for Repro, une initiative prise par le NCJW, pourraient, par exemple, venir en aide aux Américaines privées d’accès à l’avortement par la Cour suprême.

« Nous disposons d’un réseau national et nous allons leur donner les ressources de se connecter de manière plus efficace avec leurs réseaux mobiles », explique Ruttenberg à JTA. « Ils peuvent contacter les organisations de défense des droits reproductifs locales et dire : ‘Nous avons une synagogue remplie de gens. Comment pouvons-nous vous aider ? De quoi avez-vous besoin ? Vous avez besoin de faire une collecte de fonds ?' »

Ces propos reflètent l’état d’esprit plus général qui règne parmi les groupes juifs libéraux, qui soutiennent depuis longtemps le droit à l’avortement et qui, comme une grande partie du pays, ont été à la fois pris de court et peu étonnés par le document remettant en cause le droit constitutionnel à l’avortement qui a fuité de la Cour suprême et qui a été publié par Politico, dans la soirée de lundi. Les groupes expliquent être déterminés à combattre le renversement de l’arrêt historique Roe v.Wade, qui avait inscrit ce droit dans la constitution – affirmant que ce combat est un impératif juif.

« Le droit à l’avortement n’est pas une question économique, une question de justice raciale et oui, c’est une question juive », a écrit sur Twitter le rabbin Rick Jacobs, chef du mouvement réformé. « Nous lutterons pour le droit à l’avortement de toutes nos forces. »

La Rabbinical Assembly, une association internationale réunissant des rabbins massorti, a cité des enseignements juifs dans sa condamnation du document de la Cour suprême.

« La tradition juive chérit le caractère sacré de la vie, notamment le potentiel de vie durant la grossesse, mais elle ne considère pas que la personne et les droits de l’Homme commencent à la conception mais plutôt à la naissance, comme l’indique le livre de l’Exode, 21:22-23, », a écrit l’organisation dans un communiqué.

La loi juive traditionnelle autorise l’avortement dans certaines circonstances et elle l’exige quand la vie ou la santé de la future mère est en jeu.

Mira Rivera, membre du conseil consultatif du groupe Rabbi for Repro, lors d’un rassemblement pour le droit à l’avortement devant la cour suprême de Washington, au mois de décembre 2021. (Autorisation : Danya Ruttenberg.)

« L’avant-projet d’opinion majoritaire à la Cour suprême dont le contenu a été dévoilé hier est une agression à l’encontre de l’autonomie, de la santé et de la liberté des femmes », ont écrit la résidente de l’association Hadassah, Rhoda Smolow et sa directrice-générale Naomi Adler dans un communiqué conjoint.

« Hadassah, la Women’s Zionist Organization of America, réaffirme son soutien sans faille à un accès total et complet aux services de santé sexuelle et génésique et au droit des femmes à prendre les bonnes décisions pour elles en matière de santé conformément à ses valeurs religieuses, morales et éthiques », ont ajouté les responsables de Hadassah.

Les groupes orthodoxes, qui se sont de plus en plus alignés sur les politiques républicaines ces dernières années, ne se sont que peu exprimés sur l’information qui a fuité de la Cour suprême. Ils ont été nombreux à dire à JTA qu’ils attendraient d’en savoir davantage avant de faire part de leur avis.

Mais au moins un groupe représentant les Juifs américains, qui n’a pas pour habitude d’intervenir dans les politiques partisanes, a émis un communiqué sur le document des juges. Les enquêtes d’opinion ont révélé qu’une vaste majorité des Juifs américains soutient le droit à l’avortement, davantage que dans n’importe quel autre groupe religieux.

« Tandis que nous allons attendre la décision officielle de la Cour suprême en lien avec cette question, nous devons faire savoir, dans les termes les plus forts, que l’AJC (American Jewish Congress) défend les droits des femmes où qu’elles se trouvent, notamment leur droit à se faire avorter si elles doivent le décider », a dit l’AJC.

Concernant les défenseurs du droit à l’avortement, les semaines à venir – avant que la Cour suprême ne rende sa décision finale, ce qu’elle devrait faire d’ici la fin du mois de juin – vont être chargées.

« C’est quelque chose qui est vraiment très, très dérangeant pour un grand nombre de personnes dans toute la communauté juive et cela entraîne beaucoup de colère, beaucoup de contrariété. Et finalement, je crois que cela se terminera par des actions qui vont être entreprises de manières différentes, par des moyens qui sont encore à déterminer », confie Hara Person, rabbin, à la tête de la CCAR (Central Conference of American Rabbis), à JTA, mardi.

« Nous allons beaucoup échanger, nous allons participer à des rassemblements, nous allons figurer dans des lettres ouvertes, dans des courriers et nous allons lancer différentes formes d’activisme », ajoute Person, dont le groupe est l’un des partenaires à l’origine du Rassemblement juif pour la justice devant l’avortement, le 17 mai.

C’est aujourd’hui qu’il faut agir et non lorsque la décision finale sera rendue, explique Ruttenberg.

« Si l’arrêt Roe doit finalement être renversé, il faut que cela se fasse face à la résistance la plus forte, face à la colère la plus bruyante, face à une fracassante course aux urnes au mois de novembre et que nous nous engagions de la manière la plus active possible à venir en aide aux femmes les plus impactées et à mener des actions qui permettront de changer l’avenir », s’exclame-t-elle. « Parce que si ça doit arriver et qu’on se contente de hausser les épaules en disant que ce n’est pas si grave… alors nous aurons abandonné tout ce que la Torah a essayé de nous enseigner ».

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