Les Juifs LGBT affirment qu’il est de plus en plus difficile d’être pro-israélien et gay
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Les Juifs LGBT affirment qu’il est de plus en plus difficile d’être pro-israélien et gay

La complexité du conflit israélo-palestinien dépasse beaucoup de personnes dans la communauté gay et entraine un rejet direct de l'Etat juif

Un homme agite un drapeau arc-en-ciel à la Gay Pride de Jérusalem (Crédit : Miriam Alster / FLASH90)
Un homme agite un drapeau arc-en-ciel à la Gay Pride de Jérusalem (Crédit : Miriam Alster / FLASH90)

NEW YORK (JTA) – Pendant des années, Laurie Grauer a agité un drapeau arc-en-ciel avec une étoile juive à la Chicago Dyke March, en défilant parfois près de militants agitant des drapeaux palestiniens. Cela n’a jamais posé de problème.

Mais cette année, Grauer a dû répondre aux questions des organisateurs du défilé LGBT, qui s’interrogeaient sur son soutien à Israël et qui lui ont demandé de partir parce qu’elle brandissait le drapeau. Elle était l’une des trois femmes avec des drapeaux juifs expulsées du défilé.

Grauer a expliqué qu’elle avait l’habitude qu’Israël soit une question délicate au sein de la communauté LGBTQ. Mais elle ne s’attendait pas à être condamnée pour avoir manifesté son identité juive.

« Dire que vous ne pouvez vous identifier que d’une seule façon est très dangereuse », a déclaré Grauer, une responsable du Midwest pour A Wider Bridge, un groupe LGBT pro-israélien.

« Ici vous avez cette marche qui est supposée être quelque chose pour les gens qui se sentent opprimés, invisibles, marginalisés, [où] ils peuvent être qui ils sont. Je ne cherchais pas à promouvoir mon point de vue sur les gens et on m’a dit que la façon dont vous vous exprimez est inacceptable ».

L’incident à la Dyke March était juste le dernier incident dans une série de heurts au sujet d’Israël lors d’événements pour la communauté lesbienne, gay bisexuelle et transgenre, ou LGBT. Être pro-israélien dans les événements LGBT est devenu difficile, expliquent les dirigeants juifs LGBT, et parfois l’opposition à Israël s’est répandue de telle manière que les Juifs se sentent mal à l’aise d’exposer leur identité.

Des tensions semblables ont été signalées plus tôt au mois de juin lors de la parade Celebrate Israel à New York, où des militants du groupe d’extrême gauche Jewish Voice for Peace ont infiltré la parade du groupe Jewish Queer Youth, un groupe LGBT, et ont brandi des pancartes anti-israéliennes.

L’un des manifestants a déclaré qu’il était là pour « contrer le pinkwashing d’Israël » – c’est-à-dire empêcher le groupe LGBT pro-israélien d’utiliser les attitudes relativement progressives d’Israël envers la communauté LGBT pour détourner l’attention du problème palestinien.

Idit Klein, directrice générale de Keshet, un groupe de Boston qui travaille dans quelque 200 communautés pour l'égalité et l'inclusion LGBTQ dans la vie juive (Crédit : Autorisation)
Idit Klein, directrice générale de Keshet, un groupe de Boston qui travaille dans quelque 200 communautés pour l’égalité et l’inclusion LGBTQ dans la vie juive (Crédit : Autorisation)

L’année dernière, un événement où un groupe israélien devait intervenir lors d’une conférence LGBT à Chicago a été annulé, puis réintégré. L’événement a finalement eu lieu malgré les protestations.

Ces nouveaux débats n’ont rien de nouveau. En 2011, le Centre communautaire LGBT de New York City a accepté de louer un espace au Queers Against Israeli Apartheid, qui a poussé la star des films pour adulte gay et le militant pro-israélien Michael Lucas à appeler au boycott du centre. Le centre a cédé, en optant de ne pas accueillir des groupes liés au conflit israélo-palestinien.

« Nous avons vu cela dans un certain nombre de situations différentes, ces types d’incidents ont vraiment augmenté en fréquence », a déclaré Idit Klein, la directrice générale de Keshet, une organisation juive LGBT.

La communauté LGBT est « plus susceptible d’être sensible et d’avoir de l’empathie avec des personnes qui subissent l’oppression et la discrimination. Les gens voient des injustices perpétrées contre les Palestiniens par le gouvernement israélien », a-t-elle déclaré. « Beaucoup ne comprennent pas nécessairement la complexité de l’histoire ».

Plusieurs groupes juifs ont exhorté à la Dyke March de s’excuser d’avoir expulsé les militants, mais les organisateurs de la marche s’en tiennent à leur décision. Dans un communiqué, dimanche, ils ont déclaré que les femmes avaient été expulsées parce qu’elles étaient des militantes pro-israéliennes et que la marche est anti-sioniste.

La déclaration a souligné que Grauer était une membre du groupe A Wider Bridge, qui selon la Dyke March est « une organisation ayant des liens avec l’État israélien et les groupes d’intérêts israéliens de droite ». Il a également accusé Israël de faire du pinkwashing.

« Cette décision a été prise après qu’ils ont exprimé à plusieurs reprises leur soutien au sionisme pendant des conversations avec les membres collectifs de Chicago Dyke March », a déclaré le communiqué. « Le Chicago Dyke March Collective n’est explicitement pas antisémite, nous sommes anti-sionistes. Le Chicago Dyke March Collective soutient la libération de la Palestine et de tous les opprimés de partout ».

La rabbine Sharon Kleinbaum, l'une des 50 rabbins les plus influents selon Newsweek. (Crédit : Autorisation)
La rabbine Sharon Kleinbaum, l’une des 50 rabbins les plus influents selon Newsweek. (Crédit : Autorisation)

Tous les Juifs n’ont pas condamné l’organisation pour avoir décidé d’exclure des femmes juives. Jewish Voice for Peace, le groupe qui s’est infiltré dans le défilé de Celebrate Israel et un défenseur du mouvement anti-israélien de boycott, de désinvestissement et de sanctions (BDS), a soutenu l’expulsion dans un tweet.

Klein a déclaré que les tensions au sujet d’Israël dans la communauté LGBT plus large existent également au sein de la communauté juive LGBT. Les conversations sur Israël dans ce contexte deviennent de plus en plus délicates parce que les gens lient leurs positions sur Israël avec leurs identités qui se chevauchent.

« Il existe une couche supplémentaire d’identification en tant que groupe qui éprouve des injustices, ce qui ajoute une couche d’intensité », a expliqué le responsable de Keshet. « Cela devient difficile de permettre aux gens d’être ensemble dans un même espace. Je n’ai pas trouvé la solution et personne d’autre non plus ».

D’autres militants juifs LGBT lient les tensions au sujet d’Israël à un déclin général du discours civil. Rabbi Sharon Kleinbaum de la Congrégation Beit Simchat Torah, une synagogue LGBT de la ville de New York, a déclaré que l’hostilité sur les médias sociaux s’est répandue dans les événements sur le terrain.

« Cela est devenu moins respectueux, avec plus de diffamation, et cela m’attriste profondément », a déclaré Kleinbaum. « Le monde politique plus vaste est devenu ainsi. Les médias sociaux ont créé une plate-forme pour les personnes qui ne se soucient pas de la nuance ».

Il y a trois ans, la synagogue de Kleinbaum, qui se joint régulièrement à la Parade de Celebrate Israel, a fait l’objet de critiques de certains de ses membres pro-israéliens pour sa sympathie envers les Palestiniens et ses critiques à l’égard de la politique israélienne.

Et si ce n’est pas seulement la gauche et pas uniquement Israël, a déclaré Mordechai Levovitz, le directeur général du Jewish Queer Youth. Il a vu des gens réprimés ou exclus des cercles militants parce qu’ils sont politiquement conservateurs ou trop ouvertement religieux. Israël est doublement compliqué, a-t-il ajouté, car il relie à la fois une question politique et une identité ethnique.

Les manifestants au défilé New York Celebrate Israel Parade march avec les Jewish Queers et qui tiennent un panneau indiquant les « Les Juifs gays pour une Palestine libre », le 4 juin 2017 (Crédit : Mordechai Levovitz).
Les manifestants au défilé New York Celebrate Israel Parade march avec les Jewish Queers et qui tiennent un panneau indiquant les « Les Juifs gays pour une Palestine libre », le 4 juin 2017 (Crédit : Mordechai Levovitz).

« Cela est enraciné dans une approche visant à écarter les autres personnes au lieu d’entendre les personnes qui ne sont pas d’accord avec votre point de vue », a déclaré Levovitz. « Israël est une question très complexe pour les Juifs, car cela n’a rien à voir avec la politique d’un État, il a trait à votre identité. Comment pouvez-vous dire que vous pouvez être fier d’un aspect de votre identité mais pas de l’autre ? ».

Les dirigeants juifs LGBT espèrent qu’ils peuvent endiguer ces tendances par le dialogue et l’explication, en distinguant la politique d’Israël et du droit de la nation d’exister, et Israël du judaïsme.

« Les gens se comportent de manière antisémite sans savoir que c’est ce qu’ils font », a déclaré Lilli Kornblum, un ancien président d’Or Chadash, une ancienne synagogue LGBT à Chicago. « Ils peuvent être plus ouverts à la compréhension des nuances de la communauté. Entre maintenant et la Dyke March de l’année prochaine est que nous avons une année pour nous asseoir et parler de cela. Je serai beaucoup plus susceptible d’aller » à la marche de l’année prochaine.

En attendant, les femmes qui ont été expulsées de la marche ont déclaré qu’elles se sentaient angoissées. Mais Grauer a déclaré que, bien qu’elle ait été blessée par l’incident, elle a été soutenue par des militants de l’ensemble de la communauté LGBT.

« J’ai été vraiment blessée et trahie dans cet environnement sécuritaire », a déclaré Grauer à propos de la Dyke March. « Je ne peux pas dire que je suis trahie par la communauté LGBT dans son ensemble. Vous avez des gens qui vous soutiennent aussi, je ne peux pas dire que j’ai été trahie ».

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