Les libéraux américains dénoncent “la claque” de Netanyahu sur la prière au mur Occidental
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‘Israël n’est à présent l’Etat juif que pour certains Juifs’

Les libéraux américains dénoncent “la claque” de Netanyahu sur la prière au mur Occidental

Conservateurs et réformés ne sont pas surpris de la dernière annonce, mais le sentiment de trahison est puissant, et ils sont décidés à se battre

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

Des rabbins conservative et réformés américains et des membres des Femmes du Mur brandissent des rouleaux de la Torah durant une manifestation contre l'absence de construction d'un nouvel espace de prière, au mur Occidental, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 2 novembre 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Des rabbins conservative et réformés américains et des membres des Femmes du Mur brandissent des rouleaux de la Torah durant une manifestation contre l'absence de construction d'un nouvel espace de prière, au mur Occidental, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 2 novembre 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Les dirigeants de la communauté juive libérale mondiale étaient abattus dimanche, mais déterminés à se battre, quelques heures après que le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son gouvernement ont gelé un projet qui permettait la mise en place d’un espace de prière pluraliste au mur Occidental.

L’annonce, qui a pris la forme d’un communiqué laconique du bureau du Premier ministre, a surpris les dirigeants des mouvements réformés et conservateurs d’Amérique du Nord, mais il serait difficile de dire qu’ils ne s’y attendaient pas.

Déjà, le 31 janvier 2016, juste après l’adoption par le cabinet d’une décision pour construire une plate-forme de prière égalitaire dans la section sud du complexe du mur Occidental, les députés ultra-orthodoxes avaient juré qu’elle ne serait pas mise en place.

« Et maintenant, le Premier ministre, sans aucun leadership et aucune solidité, cède aux membres les plus extrêmes de la société israélienne », a dit dimanche le rabbin Steven Wernick, qui dirige United Synagogue of Conservative Judaism, par téléphone depuis la Californie.

Pour beaucoup de dirigeants juifs libéraux qui ont parlé au Times of Israël, le sentiment de trahison a été renforcé par l’adoption d’un projet de loi dimanche par les ministres, qui renforcera le monopole du grand rabbinat israélien ultra-orthodoxe sur les conversions au judaïsme dans le pays.

Jerry Silverman, directeur exécutif des Fédérations juives d'Amérique du Nord, à l'Assemblée générale de 2012. (Crédit : JFNA/JTA)
Jerry Silverman, directeur exécutif des Fédérations juives d’Amérique du Nord, à l’Assemblée générale de 2012. (Crédit : JFNA/JTA)

« A une époque où nous devrions nous rassembler en tant que peuple juif, en Israël comme en Diaspora, ce genre de message du gouvernement crée plus de division que d’unité », a déclaré Jerry Silverman, qui préside les Fédérations juives d’Amérique du Nord (JFNA). « Le projet de loi de conversion change le statu quo des conversions dans le monde », a-t-il ajouté, citant une étude du projet de loi réalisée pour JFNA par trois avocats indépendants.

Les conversions indépendantes, qu’elles se fassent devant des tribunaux rabbiniques libéraux ou orthodoxes, des batei din halachiques, seraient considérées comme invalides par la loi.

« Il y a eu des promesses non tenues après des progrès sur certains sujets clés », a dit le rabbin Philip Scheim, président basé à Toronto de l’Assemblée rabbinique, l’association internationale des rabbins conservateurs. « Aux côtés de notre amour profond et de notre sens de l’engagement, il existe un sentiment de blessure. Pourquoi n’aurions-nous pas la possibilité d’avoir notre espace, nos convertis reconnus comme Juifs quand nous venons en Israël ? »

Entre le projet de loi sur les conversions et l’annulation de l’initiative du mur Occidental, « Israël déclare fondamentalement qu’il n’est pas le foyer juif, parce que tous les Juifs n’ont pas le droit d’être juif selon leur acceptation de la pratique et de l’histoire juive. Israël n’est à présent l’Etat juif que pour certains Juifs », a dit Wernick.

« C’est une triste journée. Le gouvernement a officiellement giflé la communauté juive de Diaspora. Ce n’est pas bon pour Israël, et pas bon pour les personnes qui croient vraiment au klal Yisrael [l’ensemble des Juifs] », a-t-il ajouté.

Le président de l'Union pour le judaïsme réformé, le rabbin Rick Jacobs, au centre, pendant un service de prière au mur Occidental, à Jérusalem, le 4 juillet 2016 (Crédit : autorisation de l'UJR)
Le président de l’Union pour le judaïsme réformé, le rabbin Rick Jacobs, au centre, pendant un service de prière au mur Occidental, à Jérusalem, le 4 juillet 2016 (Crédit : autorisation de l’UJR)

Le rabbin Rick Jacobs, qui dirige le mouvement réformé d’Amérique du Nord, venait de descendre de l’avion à l’aéroport Ben Gurion quand il a appris que le projet du mur Occidental avait été suspendu.

« Apprendre que le gouvernement d’Israël fait une déclaration aujourd’hui, qui indique que les droits des Juifs non orthodoxes ne comptent pas, est profondément affligeant. Je n’ai pas besoin de dire à la communauté juive mondiale comment se sentir. Ils peuvent le voir et dire ‘comment est-il possible qu’un gouvernement qui affirme parler au nom du peuple juif puisse détruire si profondément un engagement si important ?’ », a déclaré Jacobs.

« Je suis ici, des centaines de nos équipes et de nos congrégations sont ici maintenant, montrant la profondeur de cet amour que nous ressentons pour ce pays, a-t-il poursuivi. Les gens apprennent cette information et sont choqués. Franchement, c’est une journée très, très sombre et ce n’est pas le seul problème, ce n’est qu’un symbole. »

Le rabbin Julie Schonfeld, vice-présidente exécutive de l’Assemblée rabbinique, a déclaré qu’elle se sentait trahie par cette décision.

« C’est à la fois une surprise et une non surprise, il y a eu un retard incalculable et des retraits. Mais l’ont ne peut qu’être surpris quand le gouvernement d’Israël se montre remarquablement incapable de vision à long terme, et trahit ses plus forts alliés dans le monde », a dit Schonfeld depuis un bruyant hall d’hôtel de Jérusalem. « C’est très décourageant pour les gens, [en particulier quand] le gouvernement israélien a promu ceci en grande pompe. »

Rabbi Julie Schonfeld delivers a psalm at the presidential inaugural service at the National Cathedral. (Ron Kampeas/JTA)
La rabbin Julie Schonfeld (Crédit : Ron Kampeas/JTA)

Quand elle avait parlé au Times of Israël après la première annonce de la mise en place d’un espace de prière égalitaire en 2016, Schonfeld avait été une rare voix sceptique sur la réalisation de ce projet.

« Bien sûr, nous devions essayer de faire tous les efforts possibles, ce que nous avons fait, tous les compromis possibles, ce que nous avons fait. Il y a eu du scepticisme depuis le début. Ce n’est pas simplement quelque chose qui date de ces cinq dernières années, cela fait 50 ans, a dit Schonfeld dimanche. Ils ont réussi à tout prendre. »

Tzahi Hanegbi, ministre du Likud, et Tzahi Barverman, secrétaire du cabinet, ont été chargés de représenter le gouvernement pendant les négociations pour un nouvel accord.

La plupart des dirigeants juifs ont cependant indiqué que la prochaine étape était d’attendre la décision de la Haute cour de Justice sur leur affaire en cours, concernant le retard de la mise en place du projet initial. Comme l’a dit Schonfeld, faisant écho à Jacobs, du mouvement réformé, « plutôt qu’un retour aux négociations, c’est un retour à la Cour. »

« La cour a tendance à voir cela de manière plus réaliste, d’une manière qui n’est pas à court terme, comme les politiciens élus », a dit Schonfeld.

« Nous avions espéré tellement, tellement plus, mais nous n’oublions pas que la Haute cour pèsera et nous attendons qu’elle pèse fortement et spectaculairement, a dit Jacobs. Nous ne sommes pas au bout de la route. »

Wernick, qui dirige United Synagogue of Conservative Judaism, n’était pas aussi optimiste.

« Pour ceux qui ont travaillé tous les jours pour rapprocher les Juifs du monde entier, et de la pédagogie pour qu’ils voient Israël comme le centre de cette relation, a-t-il dit, ces attaches peuvent avoir été brisées. »

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