Les Palestiniens – sans le Hamas – examinent la riposte à Trump
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Les Palestiniens – sans le Hamas – examinent la riposte à Trump

Les Etats-Unis se sont disqualifiés comme intermédiaire des discussions de paix, disent les dirigeants palestiniens

Le président de l'AP Mahmoud Abbas et le négociateur en chef palestinien Saeb Erekat (Crédit : Uri Lenzi/Flash90)
Le président de l'AP Mahmoud Abbas et le négociateur en chef palestinien Saeb Erekat (Crédit : Uri Lenzi/Flash90)

Les dirigeants de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) se réunissent dimanche et lundi à Ramallah pour examiner la riposte à la reconnaissance par le président américain Donald Trump de Jérusalem comme capitale d’Israël.

« Nous avons pris la décision de ne pas participer à la réunion du Conseil central » prévue dimanche et lundi à Ramallah en Cisjordanie, a affirmé le groupe terroriste palestinien du Hamas qui gouverne la bande de Gaza, tout en assurant son « engagement en faveur de l’unité de notre peuple ».

Il estime que « les conditions dans lesquelles va se réunir le Conseil central (…) empêcheront que des décisions soient prises à la hauteur de nos aspirations ». Le Hamas a annoncé samedi avoir décliné une invitation à participer à une réunion de la direction palestinienne qui doit examiner la riposte à la reconnaissance par Donald Trump de Jérusalem comme capitale d’Israël

Les groupes terroristes du Hamas et du Jihad islamique ne font pas partie de l’OLP mais ils avaient été invités à la réunion. Le Jihad islamique a également annoncé qu’il n’y participerait pas.

Le Hamas voulait que la réunion se tienne en dehors des Territoires palestiniens pour échapper aux « pressions » israéliennes, mais M. Abbas a décidé de la tenir à Ramallah, siège de son gouvernement.

La suspension de l’historique reconnaissance d’Israël remontant à 1988 est l’une des options proposées à la discussion du Conseil central palestinien, l’un des organes de l’OLP, l’entité reconnue internationalement comme représentant les Palestiniens des Territoires et de la diaspora, ont indiqué des délégués.

Avec une telle suspension serait remis en cause l’un des principes fondateurs de l’effort de paix déjà très mal en point entre Israéliens et Palestiniens, et des accords d’Oslo.

Le scepticisme est cependant très grand que la direction palestinienne aille jusqu’au bout d’une logique aux implications difficilement prévisibles mais potentiellement destructrices.

Quelle que soit la conclusion des plus de 120 membres du Conseil central, la décision échoira en dernier ressort au président Mahmoud Abbas.

Le Conseil avait approuvé en 2015 la fin de la coopération sécuritaire, aspect crucial des relations avec Israël, mais le vote était resté lettre morte.

L’éventualité d’une riposte retentissante donne cependant la mesure de la colère provoquée par les choix de la Maison Blanche, qui ont culminé le 6 décembre quand M. Trump a annoncé reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël.

Cette rupture unilatérale avec des décennies de diplomatie américaine et internationale, interprétée comme la dénégation des revendications palestiniennes sur Jérusalem-Est, a suscité des violences qui ont causé la mort de seize Palestiniens, dont des émeutiers et des terroristes du Hamas.

Un Israélien a par ailleurs été assassiné mardi sans que les motivations de ses meurtriers, présumés palestiniens, soient connues.

L’annonce du 6 décembre a provoqué la fureur de la direction palestinienne, qui a gelé les contacts avec l’administration Trump. Aucun dirigeant palestinien ne devrait rencontrer le vice-président Mike Pence attendu à Jérusalem les 22 et 23 janvier après avoir reporté une visite initialement prévue mi-décembre.

Le vice-président américain Mike Pence lors de la conférence du groupe Christians United for Israel à Wahsington, le 7 juillet 2017 (Crédit : CUFI via JTA)

Les Etats-Unis se sont disqualifiés comme intermédiaire des discussions de paix, disent les dirigeants palestiniens.

Pour eux, la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël n’est que l’expression de trop d’un clair parti pris pro-israélien, déjà manifesté par le non-engagement en faveur de la création d’un Etat palestinien, la discrétion observée sur la poursuite de la construction israélienne dans les territoires palestiniens ou encore la menace de fermeture du bureau de l’OLP à Washington.

« La partie palestinienne ne peut pas être la seule à respecter des accords que l’autre partie (Israël) passe son temps à violer », a déclaré à l’AFP Ahmed Majdalani, un des membres de la direction de l’OLP.

Le risque de l’isolement

Une commission créée pour formuler des réponses à l’annonce de M. Trump recommandera à l’OLP de redéfinir la relation palestinienne avec Israël, a ajouté M. Majdalani. L’une des possibilités est la suspension de la reconnaissance d’Israël.

Les lettres de reconnaissance mutuelle entre l’OLP et Israël, formalisant côté palestinien une décision de 1988, ont préludé en 1993 aux accords d’Oslo censés conduire à une paix qui se fait toujours attendre presque 25 ans après.

Les accords créaient une Autorité palestinienne exerçant un pouvoir limité sur la Cisjordanie et la bande de Gaza, et largement considérée comme préfigurant la création d’un Etat palestinien indépendant au terme de négociations aujourd’hui embourbées.

Un examen de la situation depuis Oslo est inscrit à l’ordre du jour du Conseil central, dont le président Abbas devrait ouvrir les travaux par une allocution dimanche soir.

Les mouvements terroristes islamistes palestiniens du Hamas et du Jihad islamique, deux ennemis d’Israël, ont été invités, mais leur participation est incertaine, ont dit des délégués.

La direction palestinienne cherche à modifier le cap, mais se divise en deux camps, explique l’analyste palestinienne Nour Odeh.

« Pour l’un, une ère complètement nouvelle s’est ouverte avec Trump et on ne peut plus continuer comme avant. L’autre camp est moins convaincu que le reste du monde est prêt à nous soutenir dans une confrontation avec l’administration américaine », dit-elle.

« La vraie question, c’est de savoir quoi faire pour ne pas nous retrouver seuls, le dos au mur ».

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