Les résultats finaux du scrutin d’avril sont là : Netanyahu a perdu
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Les résultats finaux du scrutin d’avril sont là : Netanyahu a perdu

Il a beau vouloir que le public se concentre sur Liberman, mais au final, pour le Premier ministre, appeler à de nouvelles élections, c'est reconnaître son échec

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu se rend à une réunion de parti à la Knesset à Jérusalem, le 29 mai 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu se rend à une réunion de parti à la Knesset à Jérusalem, le 29 mai 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Immédiatement après le vote de mercredi soir pour dissoudre la Knesset, et juste avant de se lancer dans une diatribe contre le président du parti Yisrael Beytenu Avigdor Liberman, le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est assuré de présenter sa vision des résultats aux précédentes élections nationales d’avril, avant de se diriger vers les prochaines.

« Le public israélien a pris une décision claire. Il a décidé que je serai Premier ministre, que le Likud dirigera le gouvernement, un gouvernement de droite. Le public a voté pour que je dirige l’État d’Israël », a insisté un Netanyahu visiblement épuisé et agacé auprès des journalistes.

« Le public a été très clair », a-t-il clamé.

Par là, il tentait à la fois de définir le narratif des dernières élections et de formuler un message de campagne central en vue des prochaines : les prochaines élections sont « inutiles », ont été décidées contre son gré et vont à l’encontre de la volonté des électeurs. Liberman ne lui a pas laissé le choix, semblait dire Netanyahu ; ce n’est certainement pas lui qui les a voulues pour garantir sa survie politique, mais pour nous, qui l’avons choisi.

Netanyahu clame peut-être sa victoire au scrutin d’avril, mais si l’on regarde bien le résultat global — à savoir le bilan des trois étapes des élections israéliennes, du vote pour le Parlement, en passant par le choix d’un Premier ministre potentiel par le président, à la formation d’un gouvernement doté d’une majorité parlementaire — ce n’est absolument pas le cas.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’adresse à la presse après le vote de la dissolution de la Knesset le 29 mai 2019, au PArlement à Jérusalem. (Crédit : Menahem KAHANA / AFP)
Le soir des élections du 9 avril, le chef du Likud et le président de Kakhol lavan Benny Gantz se sont tous les deux livrés à des discours de victoire insistants — après que trois sondages sortis des urnes aux résultats très différents pour les deux candidats et leur parti.

Celui réalisé par la source d’information la plus consultée en Israël, la Douzième chaîne, qui a été projeté au siège de Kakhol lavan, a donné au parti politique novice tout ce qu’il avait espéré — une avance de trois sièges sur le Likud (37-34) et pas de voie claire vers une coalition avec les partis ayant promis de soutenir Netanyahu, avec seulement 60 sièges prévus sur les 120 que compte la Knesset.

Le sondage de la Treizième chaîne, celui projeté à la soirée du Likud, indiquait que le parti était au coude-à-coude avec Kakhol lavan – 36 sièges chacun – mais donnait à la même coalition de droite ultra-orthodoxe une avance claire, avec 66 sièges.

Le sondage de sortie des urnes de la Onzième chaîne, diffusé dans aucun siège des deux grands partis, prédisait une situation, redoutée par les deux formations lors de la campagne, dans laquelle Kakhol lavan obtenait plus de sièges — en l’occurrence 37 contre 36 pour le Likud — mais également dans laquelle une coalition dirigée par le Likud était dotée d’une majorité claire de 64 sièges.

Les gouvernements israéliens ne sont pas composés de parti individuels, mais de coalitions qui comprennent rarement moins de quatre formations. Les vainqueurs de sélections ne sont donc pas forcément les plus grands partis, mais les plus grands blocs. Lorsque le parti centriste Kadima dirigé par Tzipi Livni avait obtenu 28 lors du scrutin de 2009, Netanyahu — bien que le Likud n’en eut remporté que 27 sièges — était devenu Premier ministre, parce que sa formation pouvait compter sur le soutien d’un nombre suffisant de partis pour se garantir une majorité à la Knesset.

Le Président Reuven Rivlin donne un cours d’instruction civique à Bet Shemesh, le 26 mars 2019. (Mark Neiman/GPO)

Si 61 des 120 députés recommandent un candidat, le président charge ce dernier de bâtir une coalition. Mais s’ils ne le font pas, la marche à suivre pour le président n’est pas claire.

Lors du scrutin, Kakhol lavan avait dit que s’il gagnait avec une marge confortable, le président Reuven Rivlin devrait charger Benny Gantz de former un gouvernement, quelles que soient ses chances de parvenir à établir une coalition. Le Likud avait initialement rejeté cette éventualité, estimant que la personne ayant obtenu le plus de recommandations parlementaires devrait en avoir l’opportunité en premier. Au final, Netanyahu (tentant d’inciter les gens à aller voter) et Gantz avaient laissé entendre qu’un écart de deux ou trois sièges entre eux deux jouerait un rôle significatif dans la décision de Rivlin de choisir l’un ou l’autre pour former un gouvernement.

Deux heures seulement après la diffusion des sondages sortis des urnes, et alors que seuls cinq pourcents des votes avaient été dépouillés, Gantz s’était appuyé sur le sondage de la Douzième chaîne pour clamer sa victoire : « Il y a des vainqueurs et des perdants, et et ce soir, nous sommes les vainqueurs ! »

Benny Gantz (2g), le parti de Kakhol lavan, et ses principaux alliés, Moshe Yaalon, Gabi Ashkenazi et Yair Lapid, saluent leurs partisans au siège du parti à Tel Aviv à la suite de la publication des résultats du scrutin législatif (Crédit : Hadas Parush / FLASH90)

Netanyahu, avec ses six campagnes électorales comme candidat au poste de Premier ministre au compteur, avait attendu deux heures de plus avant de faire un discours. A ce moment-là, 20 % des voix ayant été dépouillés, il semblait clair que les prévisions de la Treizième chaîne étaient plus proches de la réalité et que la droite obtiendrait une majorité claire — même si le Likud avait remporté le même nombre de sièges que Kakhol lavan.

A la tribune, Benjamin Netanyahu s’était alors félicité de son « incroyable victoire » et d »une « réussite fantastique, une immense réussite, presque mystérieuse ».

Se tournant vers l’avenir, il promettait qu’il parviendrait à constituer un gouvernement composé des partenaires de droite et ultra-orthodoxes présents dans sa précédente coalition. Et les dispositions arithmétiques indiquaient que ce serait le cas : le Likud, plus les 15 députés des partis Shas et Yahadout HaTorah, plus les cinq de l’Union des partis de droite, les cinq de Yisrael Beytenu et les quatre de Koulanou. lui garantiraient 65 sièges.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu embrasse son épouse Sara au milieu des confettis lors de son discours de victoire devant des sympathisants au siège du Likud à Tel Aviv, après les élections du 9 avril 2019. (Thomas Coex/AFP)

Il avait à la fois empêché la victoire de Kakhol lavan et grandement saper le pouvoir de négociation de ses partenaires de coalition probables, Koulanou étant passé de 10 à quatre sièges, les huit sièges de Habayit HaYehudi étant remplacés par les cinq de l’Union des partis de droite et Yisrael Beytenu passant de six à cinq sièges par rapport aux précédentes élections.

Dans ces conditions, il semblait, comme ce journaliste avait alors observé, que « Netanyahu avait gagné, et tout le monde avait perdu ». Le discours de Gantz était devenu une source de ridicule pour le novice en politique ; celui de Netanyahu, un symbole de sagesse et de puissance politiques.

Et c’est ainsi que Netanyahu fut chargé par Rivlin de former une coalition après que 65 députés ont recommandé son maintien au poste de Premier ministre.

Mais, mercredi soir ayant mis un terme à la troisième et dernière étape des élections — la constitution d’une coalition — il s’est non seulement avéré que personne n’avait gagné, mais qu’une personne avait perdu, du moins lors de la dernière phase : Netanyahu.

Après que Rivlin lui a confié la responsabilité de former un gouvernement, Netanyahu disposait de 28 jours pour ce faire. Clamant qu’un calendrier national chargé, plus un regain de tensions explosif à Gaza, avait restreint son temps, il bénéficia d’une prolongation de 14 jours.

Le président d’Israël Reuven Rivlin (à droite) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la résidence du président à Jérusalem le 17 avril 2019, alors que Rivlin demande à Netanyahu de former une nouvelle coalition après les élections du 9 avril. (Noam Revkin Fenton/Flash90)

Les raisons de cet échec dans la conclusion d’une coalition avant la date butoir de mercredi soir sera certes remis en perspective et la faute certainement partagée, mais le fait qu’il s’agit d’un échec. L’échec de Netanyahu.

Dans des circonstances normales, du moins celles décrites dans les Lois fondamentales du pays, si la personne désignée par le président ne parvient pas à former une coalition, un autre député peut en être chargé à la place. Gantz avait assuré que s’il en avait eu l’occasion, il y serait parvenu. Nous ne le saurons jamais, maintenant que Netanyahu, créant un précédent, a déclenché le processus de nouvelles élections en appelant à voter la dissolution de la Knesset avant l’expiration de son délai, empêchant Rivlin de donner à Gantz ou quelqu’un d’autre l’opportunité de tenter sa chance.

Selon les résultats de la première phase des prochaines élections, il se pourrait que nous ne devions attendre que trois mois et demi pour le savoir.

Ou pas.

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