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Les victimes indignées par la libération anticipée d’Alon Kastiel

Les femmes victimes de cet agresseur sexuel en série dont la peine, initialement jugée comme insuffisante, a été réduite de plusieurs mois, craignent qu'il pose encore un danger

Le promoteur immobilier et personnalité du monde de la nuit Alon Kastiel lors de son arrivée à la prison Hermon, dans le nord d'Israël, pour y purger sa condamnation pour délits sexuels, le 26 août 2018 (Crédit :  Meir Vaknin/Flash90)
Le promoteur immobilier et personnalité du monde de la nuit Alon Kastiel lors de son arrivée à la prison Hermon, dans le nord d'Israël, pour y purger sa condamnation pour délits sexuels, le 26 août 2018 (Crédit : Meir Vaknin/Flash90)

Les femmes qui avaient été attaquées par Alon Kastiel, un délinquant sexuel à Tel Aviv ont fait part de leur indignation et de leur déception face au système judiciaire mardi, vingt-quatre heures après l’annonce de sa libération.

Kastiel, 40 ans, propriétaire de plusieurs boîtes de nuit, avait été condamné à quatre ans et neuf mois de prison en 2018 dans le cadre d’une négociation de peine. Il avait alors reconnu s’être rendu coupable de crimes sexuels sur quatre femmes.

Même si plus d’une dizaine de femmes avaient porté plainte, notamment pour viol, il avait été finalement condamné pour un chef d’inculpation de tentative de viol, pour actes indécents imposés par la force, pour attentat à la pudeur et pour harcèlement sexuel.

Le bureau chargé des libérations conditionnelles a décidé, lundi, de réduire la peine qu’il lui reste à purger. C’était sa deuxième tentative d’obtenir une libération anticipée après un refus qui lui avait été opposé en 2021. En 2019, la Cour suprême avait rejeté un appel contre sa condamnation.

La libération de Kastiel a été reportée d’une semaine à la demande du parquet mais l’État, de son côté, ne devrait pas faire appel de la décision prise par le bureau des libérations conditionnelles, a fait savoir le site d’information Ynet.

L’une des victimes de Kastiel explique avoir appris la nouvelle de la libération de son agresseur dans les médias.

« J’ai l’impression que le système judiciaire n’a pas encore été touché par la vague #MeToo », dit Ofri Yahav, faisant référence au mouvement international encourageant les femmes à parler des agressions sexuelles dont elles ont été victimes.

« Ce qui me scandalise, c’est qu’il a fait l’objet d’une grande indulgence dès le début », ajoute-t-elle. Elle fait remarquer que si de nombreuses femmes avaient porté plainte, seuls quatre noms figuraient dans la mise en examen qui avait suivi et qu’une négociation de peine avait finalement été conclue dans ce dossier.

« Et aujourd’hui, il est libéré sans même avoir purgé la condamnation très courte dont il a écopé », déclare-t-elle au site d’information Ynet.

Des femmes manifestent pendant le procès du violeur présumé Yarin Sherf à Tel Aviv, le 12 mars 2021. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Si elle avait eu l’opportunité, la première fois que Kastiel avait demandé une libération anticipée, de faire parvenir un courrier au bureau des libérations conditionnelles – elle n’avait néanmoins pas pu prendre la parole de vive voix devant les décideurs – elle dit n’avoir pas été avertie, cette fois-ci, de la démarche faite par le condamné auprès du service des prisons concernant sa requête de remise en liberté.

« Je n’ai parlé à personne et personne ne m’a parlé, même si j’étais l’une des victimes dont le nom figurait dans l’acte de mise en examen », explique Yahav.

« Cela me préoccupe » que Kastiel soit libéré, reconnaît-elle. « J’ai vraiment peur qu’il fasse du mal à d’autres femmes. »

Elle précise n’avoir jamais reçu d’excuses de la part de Kastiel et que ce dernier n’a jamais reconnu ses responsabilités devant ses victimes.

Shari Golan, une autre femme agressée par Kastiel, estime que ce dernier pourrait encore poser un danger.

« Je pense que lorsqu’il va revenir dans le monde extérieur, il y a de nombreuses femmes qui seront en droit d’avoir peur », dit-elle.

Alon Kastiel au tribunal de Tel-Aviv, le 23 juillet 2018. (Crédit : Flash90)

Michal Levit, une victime présumée qui n’a jamais porté plainte, dit à Ynet ressentir « un mélange de crainte et d’injustice face à l’incompétence du système ».

« Qu’est-ce qui peut bien leur faire croire qu’il ne recommencera pas alors qu’il l’a fait à de si nombreuses occasions dans le passé ? », s’interroge-t-elle. « C’est un peu comme dans un film d’horreur, quand le méchant revient à la vie, qu’il se lève du sol et qu’il recommence à faire ce qu’il faisait. »

Rotem Tubul, avocate de la défense, a fait savoir dans un communiqué que Kastiel avait fait part de ses profonds regrets pour les crimes qu’il avait commis, qu’il en assumait la responsabilité et qu’il s’était soumis à un long travail de réinsertion, selon les médias israéliens.

L’Association des centres de crise pour le viol a noté dans une déclaration qui a été faite lundi que la libération anticipée de Kastiel était « la gifle de trop sur le visage des victimes ».

Elle a vivement recommandé aux procureurs de faire appel de la décision et elle a indiqué que le fait que le bureau des libérations conditionnelles n’ait pas donné aux victimes de Kastiel l’opportunité de peser dans la prise de décision de sa sortie de prison, comme c’est nécessaire, était « rien de moins qu’un scandale ».

« Au-delà du message terrifiant qui est transmis par cette décision au public, elle cause un préjudice grave et répété aux femmes qui ont été victimes de Kastiel », a-t-elle estimé.

Dans un cas, Kastiel avait admis avoir tenté de forcer une femme à avoir des relations sexuelles avec lui dans la réserve de l’un de ses clubs, et ce malgré ses protestations répétées. Elle était finalement parvenue à s’échapper. Dans un autre, il aurait obligé une femme à se soumettre à des actes indécents dans une autre de ses discothèques.

Dans deux autres cas, Kastiel avait tenté d’embrasser une femme par la force et il avait placé ses mains sur les seins d’une autre de ses victimes.

La négociation de peine n’avait pas compris d’accord conclu sur la sentence. Au moment de sa condamnation, le parquet avait requis une peine de prison de huit ans et son avocat avait réclamé de son côté une peine de seulement 18 mois.

Kastiel avait aussi été condamné à indemniser toutes les femmes qu’il avait été reconnu coupable d’avoir agressées – des indemnisations qui avaient été de 15000 shekels à 50 000 shekels.

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