L’ex-ambassadeur australien dénonce la non-extradition de Malka Leifer
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L’ex-ambassadeur australien dénonce la non-extradition de Malka Leifer

Devant le Parlement, l'ambassadeur devenu député, Dave Sharma, qualifie la procédure d'extradition de la pédophile présumée entamée il y a 5 ans et plus de point de contention

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Le candidat du Parti libéral pour Wentworth, Dave Sharma, attend en dehors d'un bureau de vote à Bondi Beach à Sydney, le 20 octobre 2018 (PETER PARKS / AFP)
Le candidat du Parti libéral pour Wentworth, Dave Sharma, attend en dehors d'un bureau de vote à Bondi Beach à Sydney, le 20 octobre 2018 (PETER PARKS / AFP)

L’ancien ambassadeur d’Australie en Israël et actuel député du Parlement fédéral, a déclaré jeudi que l’échec du tribunal de Jérusalem à faire extrader la pédophile en série présumée vers Melbourne après plus de cinq années de procédure nuisait aux relations entre les deux pays.

« Je m’attendais à ce que ce soit une affaire simple, que justice serait rendue et qu’en 12 à 18 mois, nous verrions Mme Leifer être extradée vers l’Australie pour y être jugée des crimes graves pesant sur elle. Mais j’ai le regret de vous faire savoir que, malgré les cinq années écoulées, cette demande d’extradition n’a pas avancé », a ainsi déclaré Dave Sharma lors d’un discours au Parlement fédéral à Canberra.

Dave Sharma a été ambassadeur en Israël de 2013 à 2017. Malka Leifer avait été arrêtée par les autorités israéliennes en 2014 à la suite d’une demande d’extradition émise par l’Australie, qui accuse l’ancienne directrice d’une école pour filles ultra-orthodoxe de 74 chefs d’agression sexuelle.

Malka Leifer a quitté Israël en 2000 pour rejoindre l’Australie et travailler à l’école Adass Israel de Melbourne. Lorsque les allégations d’abus sexuels sont apparues huit ans plus tard, des membres de la direction de l’établissement se sont empressés de lui acheter un billet d’avion pour l’État juif, lui permettant ainsi d’échapper à la justice.

Un détective privé photographie Malka Leifer en train de faire ses courses à Bnei Brak, le 14 décembre 2017. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Elle n’a pas passé beaucoup de temps en détention dans le pays, le tribunal de Jérusalem l’ayant assignée à résidence. Les juges l’avaient considérée mentalement inapte à un procès et levé toutes restrictions contre elle, estimant qu’elle était trop malade pour se lever même de son lit.

Suite à une opération sous couverture qui avait semé le doute sur son réel état psychologique, Leifer avait été arrêtée une nouvelle fois au mois de février 2018 et est restée en détention depuis. L’opération faisait suite à des images la montrant se déplacer dans sa ville de résidence sans difficulté apparente. L’ONG Jewish Community Watch avait en effet engagé des détectives privés, lesquels ont caché des caméras dans l’implantation ultra-orthodoxe d’Emmanuel où Leifer et sa famille avaient trouvé refuge.

Elle est toujours en détention, mais ses avocats continuent d’affirmer qu’elle n’est pas compétente mentalement. Non satisfait par les trois psychiatres judiciaires ayant déterminé qu’elle faisait semblant, le tribunal de Jérusalem a ordonné la constitution d’un nouveau panel d’experts, retardant ainsi davantage la procédure d’extradition.

« Il ne s’agit pas uniquement d’un affront à la justice, mais également d’un profond traumatisme pour les victimes de ces abus », a déclaré Dave Sharma au Parlement cette semaine. « Cela nuit à la réputation d’Israël, et cela devient un sujet de discorde et de friction de plus en plus grand dans nos relations avec Israël autrement positives et productives. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) serre la main du Premier ministre australien Malcolm Turnbull lors d’une conférence de presse conjointe au Cabinet du Premier ministre à Jérusalem, le 30 octobre 2017. (Yonatan Sindel/Flash90)

Il a également qualifié la décision du tribunal de Jérusalem de la libérer et la placer en résidence surveillée de « pratiquement inexplicable » et a applaudi la Cour suprême israélienne pour avoir renversé la décision.

« Leifer emploie continuellement des prétextes sur son état mental pour compliquer et retarder son extradition », a-t-il accusé.

Les avocats de la femme de 52 ans clament que leur cliente est victime de crises de panique handicapante lorsqu’elle se trouve en situation de stress comme la prison ou le tribunal.

« Que le système judiciaire israélien réponde favorablement à ces affirmations ne fait fi de la fragilité psychologique des victimes présumées de Mme Leifer et de leur désir légitime de voir la justice rendue dans cette affaire », a affirmé Dave Sharma.

Le ministre de la Santé Yaakov Litzman, le 15 octobre 2017. (Alex Kolomoisky/POOL)

Le député du Parti libéral qui a été élu en mai pour représenter une circonscription majoritairement juive de Sydney a également évoqué l’enquête de la police israélienne sur le vice-ministre de la Santé Yaakov Litzman, laquelle a recommandé sa mise en examen pour avoir exercé des pressions sur des psychiatres judiciaires de son bureau pour juger Leifer inapte à une extradition. Cette dernière enseignait dans une école de Bnei Brak affilié à la secte Gur Hassidic à laquelle appartient Litzman.

« Il s’agit d’une allégation extrêmement grave. Si elle est vraie, cela constituerait une grave entrave à la justice. J’espère que cela fera l’objet d’une enquête approfondie et courageuse », a indiqué le parlementaire.

« Je ne doute pas de l’indépendance et de l’intégrité du système judiciaire israélien, je ne doute pas non plus de l’engagement du ministère israélien de la Justice à mener cette enquête à son terme. Mais trop, c’est trop. »

L’ancienne directrice d’école en Australie Malka Leifer, recherchée dans son pays pour agressions sexuelles contre des enfants, à la cour de district de Jérusalem, le 14 février 2018. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Dave Sharma n’est pas le seul responsable politique australien à critiquer l’interminable procédure d’extradition.

La ministre australienne des Affaires étrangères, Marise Payne, a déclaré dans un communiqué qu’elle avait soulevé la question avec son homologue israélien, Yisraël Katz, pas plus tard que la semaine dernière.

Le procureur général d’Australie, Christian Porter, a déclaré que « le temps qu’Israël met pour finaliser la demande d’extradition de l’Australie est regrettable », selon le Sydney Morning Herald.

Le député travailliste Josh Burns a qualifié de « profondément décevante » la décision prise mercredi de libérer Leifer en résidence surveillée et a déclaré que le Premier ministre australien Scott Morrison « devrait prendre contact directement avec Israël pour exprimer la ferme opinion de l’Australie que Mme Leifer doit être extradée en Australie pour être jugée sans autre délai ».

L’ambassadeur d’Israël en Australie s’est montré, autant qu’un diplomate puisse le faire, très critique envers la décision d’un tribunal de son propre pays. »

« Si les tribunaux israéliens sont indépendants, il existe beaucoup de personnes en Israël, y compris le ministère public, qui trouvent incompréhensibles les récentes décisions juridiques concernant Malka Leifer et travaillent d’arrache-pied pour les annuler », a tweeté Mark Sofer. « À leurs yeux, l’affaire dure depuis beaucoup trop longtemps et rien de moins qu’une justice complète ne peut être acceptable. Le plus important dans leur esprit est l’extradition immédiate de Malka Leifer vers l’Australie pour y être jugée. »

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