L’implantation sous le choc après le meurtre de Yotam Ovadia dans un attentat
Rechercher
"J'avais pensé que ça devait être moi le suivant"

L’implantation sous le choc après le meurtre de Yotam Ovadia dans un attentat

En amont des funérailles, l'oncle d'Ovadia s'est souvenu comment son neveu, père de 2 enfants, s'arrêtait chaque jour chez ses parents avant de rentrer chez lui

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Yotam Ovadia, qui a été tué dans un attentat terroriste en Cisjordanie, dans l'implantation d'Adam, le 26 juillet 2018 (Autorisation)
Yotam Ovadia, qui a été tué dans un attentat terroriste en Cisjordanie, dans l'implantation d'Adam, le 26 juillet 2018 (Autorisation)

ADAM, Cisjordanie – Vendredi matin, le père de Yotam Ovadia, tué lors d’un attentat à l’arme blanche commis dans l’implantation d’Adam, située dans le centre de la Cisjordanie, est assis sur le perron, dans un état second, devant son habitation.

Des amis s’arrêtent pour réconforter Avraham Ovadia, 66 ans, mais il ne semble pas être en état de répondre. Une cigarette allumée se consume doucement entre ses doigts. Il oublie de la porter à sa bouche.

« Il est dans un état de choc complet », explique Yaakov, le frère d’Abraham. « Son seul fils. Il a perdu son seul fils ».

Yaakov ajoute que son frère a perdu ses parents et trois frères et soeurs ces dernières années.

Yaakov Ovadia, dont le neveu Yotam a été tué dans un attentat terroriste dans l’implantation d’Adam, en Cisjordanie, le 26 juillet 2018 (Crédit : Jacob Magid)

« Après avoir appris la nouvelle difficile, la nuit dernière, que son fils n’avait pas survécu, il m’a dit : ‘ »J’avais pensé que ça devait être moi le suivant’. »

L’oncle de Yotam se rappelle que son neveu s’arrêtait chaque jour chez ses parents après le travail et avant de rejoindre son propre foyer, au bas de la rue.

« Il était tout pour eux », poursuit Yaakov en secouant la tête.

L’incident meurtrier a eu lieu à environ 21h dans la soirée de jeudi.

Selon les autorités israéliennes, le suspect, Mohammad Tareq Yousef, a franchi la clôture de sécurité de l’implantation de Cisjordanie d’Adam en grimpant. Il est ensuite entré dans l’implantation, il a traversé une aire de jeu où il a croisé Yotam Ovadia, un résident de 31 ans, le poignardant à plusieurs reprises à la poitrine.

Le terrain de jeu de l’implantation d’Adam, en Cisjordanie, où Yotam Ovadia a été tué dans un attentat terroriste, le 26 juillet 2018 (Crédit : Jacob Magid)

Daniel Nadav, un voisin qui habite la même rue, a entendu des cris et il est sorti précipitamment de son domicile pour comprendre ce qui se passait. En arrivant au bas des marches, chez lui, il a vu Ovadia couvert de sang et s’effondrant sur le sol.

Alors qu’il raconte les événements auxquels il a assisté au Times of Israel, Nadav montre du doigt une trace de sang sur les pavés de la rue, au sol, là où son voisin s’est écroulé.

La trace de sang laissée après qu’un terroriste a mortellement poignardé Yotam Ovadia dans l’implantation d’Adam, en Cisjordanie, le 27 juillet 2018 (Crédit : Jacob Magid)

« A ce moment-là, le terroriste a vu qu’il avait une nouvelle cible et il a commencé à avancer vers moi », dit Nadav.

Ce résident d’Adam explique avoir donné à Yousef un coup dans la poitrine qui a fait reculer l’attaquant.

« Le terroriste a fait le calcul et il a réalisé qu’il aurait plus de chance avec quelqu’un d’autre », poursuit Nadav.

Alors que Yousef se détournait et trouvait une autre victime, un habitant, un demi-pâté de maison plus loin, la fille de Nadav, bouleversée et effrayée, a appelé la police pour signaler ce qu’elle avait vu depuis la fenêtre du foyer familial.

Pendant ce temps, Yousef a poignardé une deuxième victime dans le torse. Cette dernière a été évacuée vers l’hôpital dans un état grave mais stable. Il se trouve dorénavant dans un état modéré.

Les secours et les forces de sécurité sur les lieux d’une attaque au couteau en Cisjordanie (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Asaf Reviv, un voisin, avait quitté son habitation pour mettre des choses dans sa voiture lorsqu’il a entendu les cris des deux premières victimes, ainsi que la rixe survenue entre Yousef et Nadav.

« Tout d’abord, j’ai pensé que c’était une sorte de bagarre qui avait éclaté », dit le père de trois enfants, âgé de 41 ans, vendredi.

« Puis un ado a commencé à s’approcher de moi. Je lui ai demandé ce qu’il s’était passé mais il n’a pas répondu », explique Reviv. « Quand j’ai vu tout le sang sur sa chemise, j’ai compris ».

Mais avant d’avoir le temps de réagir, Yousef avait déjà ressorti son couteau de sous ses vêtements et il a poignardé Reviv à l’épaule.

« Heureusement, j’avais une arme à feu dans mon sac avec moi. Je l’ai sortie et j’ai tiré dans sa poitrine », se rappelle le quadragénaire.

La balle a traversé l’épaule du terroriste à environ trois mètres mais Yousef a continué à avancer vers Reviv. Ce dernier a tiré trois balles supplémentaires qui ont été fatales à l’adolescent.

Reviv a été transféré à l’hôpital pour sa blessure et il en est sorti tard dans la soirée.

Ce père de trois enfants indique que même avant l’incident survenu jeudi, il ne laissait pas ses enfants jouer dans la rue comme cela se fait habituellement dans un grand nombre de communautés plus modestes à travers Israël et même en Cisjordanie.

Une vue de l’implantation d’ Adam (Geva Binyamin), en Cisjordanie, depuis le quartier juif de Neve Yaakov à Jérusalem, le 1er janvier 2017 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Interrogé sur la manière dont il a expliqué ce qu’il s’était passé à ses enfants, Reviv répond être resté relativement vague, son fils aîné n’étant âgé que de sept ans.

Babar Vanunu, président du secrétariat d’Adam, confie que c’est toute la communauté qui est sous le choc.

« Malgré tous les préjugés, c’est une communauté tranquille. L’attaque a eu lieu dans les rues les plus calmes d’Adam », dit-il.

Alors qu’il y a eu une tentative d’attentat à la voiture-bélier dans cette communauté d’approximativement 7 000 habitants, l’année dernière, c’est la première fois qu’un résident est assassiné au sein même de l’implantation.

Vanunu ajoute qu’une équipe de psychiatres a été convoquée vendredi matin et qu’ils rencontreront chaque enfant.

Le président du secrétariat ajoute que l’implantation dispose d’un plan-cadre qui a été approuvé et qui prévoit d’agrandir la communauté de 1 000 habitations supplémentaires.

« Nous attendons du gouvernement qu’il fasse avancer ce projet. C’est la seule vraie réponse sioniste à apporter à cet acte barbare », s’exclame-t-il.

Le ministre de la Défense a annoncé vendredi que 400 logements allaient être construits.

Pendant ce temps, aux abords de la maison d’Avraham Ovadia, des voisins aident à monter une tente de deuil qui sera utilisée pour réconforter les invités endeuillés la semaine prochaine.

La maison de Yaakov Ovadia, dont le neveu Yotam a été tué dans un attentat terroriste dans l’implantation d’Adam, en Cisjordanie, le 26 juillet 2018 (Crédit : Jacob Magid)

Alors que les résidents d’Adam s’affairent dans leurs maisons et dans les rues, transportant des douzaines de sièges et de livres de prière, le père reste immobile, assis sur son perron, le regard vide.

Un groupe de jeunes garçons s’aventure par là, espérant apporter du réconfort à Ovadia avant l’inhumation. Ils s’éloignent toutefois, comme effrayés par sa douleur.

Tout en disant qu’aucun d’entre eux n’a jamais eu auparavant l’occasion de rencontrer ce père au désespoir, l’un d’eux dit : « On voulait pourtant lui dire qu’on est désolés et qu’on est là pour lui ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...