L’inévitable politisation de la Journée de commémoration de l’Holocauste
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Analyse

L’inévitable politisation de la Journée de commémoration de l’Holocauste

Depuis 2005, l'ONU commémore le génocide du judaïsme européen tous les 27 janvier. Cette année, la commémoration galvanise des militants de Caroline du Sud jusqu’à Vienne

Monument aux Héros du ghetto de Varsovie, en Pologne (Crédit : CC BY-SA Adrian Grycuk, Wikimedia Commons)
Monument aux Héros du ghetto de Varsovie, en Pologne (Crédit : CC BY-SA Adrian Grycuk, Wikimedia Commons)

Quand le président américain Donald Trump a omis de mentionner les Juifs de sa déclaration à l’occasion de la Journée internationale de commémoration de l’Holocauste l’an dernier, il a, inconsciemment, donné à cette commémoration relativement récente, une médiatisation sans précédent.

Avant les cérémonies de ce samedi, l’hommage annuel a fait déjà les gros titres, depuis un projet de loi lié à Israël en Caroline du sud au boycott par des responsables communautaires juifs des hommages organisés au Parlement autrichien.

La journée de la Mémoire de la Shoah a été proposée par Israël en 2005. En plus d’encourager l’enseignement sur le meurtre de 6 millions de juifs durant la Shoah, les auteurs de la résolution 60/7 ont cherché à œuvrer contre le négationnisme. La date du 27 janvier a été choisie parce qu’à cette date, en 1945, l’Armée Rouge a libéré le camp d’Auschwitz-Birkenau, où un million de Juifs d’Europe ont été tués pendant la Seconde Guerre mondiale.

Les hommages de l’an dernier étant entrés dans les annales à cause de ce qui n’a pas été dit, les militants du monde entier ont tracé des lignes de batailles en amont des commémorations de samedi. Dans un climat de montée de l’extrême-droite en Europe, les dirigeants de la minuscule communauté juive d’Autriche ont annoncé qu’ils n’assisteront pas aux hommages rendus au Parlement, parce que les députés du FPÖ y seront. Parti d’extrême-droite fondé par un ancien officier SS en 1956, le parti est opposé aux lois anti-nazis et a déclenché des vagues de manifestations auprès des Autrichiens alarmés par son programme nationaliste.

Des manifestants brandissent des bannières et des panneaux durant une manifestation contre la coalition passée entre le parti populaire autrichien (OVP) et le parti de la Liberté de droite (FPO) le 14 décembre 2017 aux abords du parlement de Vienne. (Crédit : AFP PHOTO / APA / HERBERT NEUBAUER)

« S’il y a des ministres du Parti pour la Liberté, et je suis sûr qu’il y en aura, je ne serai pas en mesure de leur serrer la main et la communauté juive n’y assistera pas », a déclaré ce mardi Oskar Deutsch, président de la communauté juive de Vienne, dans une interview la semaine dernière.

L’Autriche a puni très peu de bourreaux nazis, comparée à l’Allemagne et à d’autres pays, et le « travail de mémoire » n’est pas aussi intensif qu’en Allemagne, au regard de son passé. Le FPÖ a été au pouvoir auparavant, et la communauté juive a maintenu une politique d’ignorance depuis 17 ans.

Ailleurs, en Caroline du Sud, les commémorations de samedi coïncident avec la date butoir pour l’adoption d’un projet de loi qui codifierait une définition universelle de l’antisémitisme au sein des institutions gouvernementales.

Pendant plusieurs semaines, le gouverneur Henry McMaster a appelé le Sénat a adopté cette mesure de codification avant le 27 janvier. Ce projet de loi ferait de la Caroline du Sud le premier état à définir l’antisémitisme dans le cadre des directives du département d’État américain, qui inclut le négationnisme et le refus de reconnaitre à Israël le droit d’exister comme formes d’expression antisémites.

Le Mémorial de l’Holocauste de la Nouvelle Angleterre, le 1er mai 2016. (Crédit photo : Matt Lebovic/The Times of Israel)

« Le gouverneur McMaster a demandé, à juste titre, au sénat, d’adopter ce projet de loi avant la Journée internationale de commémoration de l’Holocauste pour honorer les 6 millions d’âmes qui ont été tuées à cause de leur appartenance au peuple juif et à cause de leur foi », a déclaré le Représentant Alan Clemmons, qui a rédigé ce projet de loi parce qu’il était préoccupé par la recrudescence de l’antisémitisme sur les campus universitaires.

« ‘Jamais plus’ signifie adopter maintenant ce projet de loi », a déclaré le législateur républicain.

Sous l’ancien gouverneure Nikki Haley, la Caroline du Sud est devenue le premier état à ne plus signer de contrats avec les sociétés qui boycottent Israël. Depuis, d’autres mesures « anti-BDS » ont été adoptées par 23 états. Les militants du boycott ont qualifié le projet de loi en suspens de violation de la liberté d’expression, notamment parce qu’il prévoit de considérer les appels à la destruction d’Israël comme de l’antisémitisme.

« Une responsabilité partagée »

Depuis la première commémoration en 2005, les Nations unies ont donné à chaque Journée internationale de commémoration de l’Holocauste un thème éducatif. La souffrance des enfants durant la Shoah, la persécution des Tziganes, et les efforts du régime nazi pour tuer les individus présentant des déficiences mentales ou physiques.

Cette année, c’est le thème de la « responsabilité partagée » qui a été choisi pour encadrer les travaux sur la mémoire du génocide, notamment en rassemblant les témoignages des « derniers survivants ». jeudi dernier, aux quartiers généraux des Nations unies à New York, le ministre des Affaires étrangères russe Sergueï Lavrov a ouvert une exposition sur le génocide dans les territoires soviétiques, notamment sur ce qui est appelé « la Shoah par balles ».

Le secrétaire-général des Nations unies Antonio Guterres, au centre, et l’ambassadeur israélien à l’ONU Danny Danon, à droite, visitent le musée du mémorial de l’Holocauste de Yad Vashem le 28 août 2017 (Crédit : Menahem Kahana/AFP Photo)

En Israël, la Shoah est officiellement commémorée un autre jour, Yom HaShoah, qui marque le début du soulèvement du ghetto de Varsovie, au printemps 1943. Le premier jour de deuil a été commémoré en 1951, et était lié au souhait du nouvel État de renvoyer une image de la force en faisant montre de la résistance juive dans les ghettos, notamment à Varsovie.

Cependant, pour embrayer le pas au Royaume Uni en 2001, de nombreux pays ont choisi de faire du 27 janvier la date officielle pour la mémoire de la Shoah.

Le mois prochain, le Premier ministre Benjamin Netanyahu inaugurera un mémorial au ministère des Affaires étrangères, en l’honneur des 36 « diplomates » qui ont contribué au sauvetage des Juifs durant la guerre. De nombreux témoignages de ces sauveurs n’étaient pas connus du public. L’édifice a été placé à l’extérieur du ministère à Jérusalem pour rappeler aux diplomates que « les lois n’ont pas une réponse morale à tous les dilemmes moraux », comme l’a expliqué l’organisateur du projet, Ran Yaakoby.

En dehors de l’État hébreu, d’autres commémorations vont rendre hommage à des individus qui ont sauvé des Juifs. À Winnipeg, au Canada, le thème « l’Italie durant l’ère fasciste » encadrera les commémorations de cette année. Le rôle de l’église catholique durant le génocide sera étudié, ainsi que des sujets controversés, comme la littérature de Primo Levi, et un film sur deux amants maudits.

À Boston, des diplomates italiens, français, portugais et polonais discuteront des efforts de sauvetage durant la période de l’Holocauste dans leurs pays respectifs, et les leçons à en tirer pour les combats humanitaires actuels.

Le mémorial à l’extérieur du ministère des Affaires étrangères à Jérusalem, où sont inscrits les noms des diplomates qui ont sauvé des Juifs pendant la Shoah. (Autorisation)

Le B’nai Brith International a exceptionnellement mis en lumière les Juifs qui ont été les sauveurs de non-Juifs pendant la Shoah. Un débat sur cette catégorie méconnue de sauveurs aura lieu aux Nations unies le 31janvier.

Depuis 2011, le B’nai Brith a décerné des prix à plus de 170 sauveurs juifs, qui ont œuvré depuis les Pays-Bas jusqu’en Lituanie.

Sur les réseaux sociaux, la plus grande campagne de mémoire de la Shoah passe par le hashtag #WeRemember, lancé par le Congrès juif mondial l’an dernier. Des milliers de personnes, dans le monde entier, publient des photos avec un panneau #WeRemember, depuis les étudiants jusqu’aux grands clubs de football européens.

Les organisateurs espèrent atteindre 500 millions de personnes avec « le plus grand évènement de commémoration de la Shoah ».

Et comme l’an dernier, toutes les photos #WeRemember seront projetées en direct à Auschwitz-Birkenau dans le courant de la semaine.

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