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AnalyseIl visitera les centres spirituels de l'islam, du judaïsme et du catholicisme

L’itinéraire de Trump révèle sa tentative de coalition concernant la paix, l’antiterrorisme et la question iranienne

Le président commencera son voyage en Arabie saoudite, pour évoquer la lutte contre l'extrémisme islamique et chercher des conditions pour une avancée de la question palestinienne, puis il viendra en Israël, ce qui souligne sa différence avec Obama

Alors candidat à la présidence, Donald Trump  salue ses partisans avant d'entrer dans son avion après un rassemblement à l'aéroport régional Linder de  Lakeland en Floride, le 12 octobre 2016 (Crédit : Mandel Ngan/AFP)
Alors candidat à la présidence, Donald Trump salue ses partisans avant d'entrer dans son avion après un rassemblement à l'aéroport régional Linder de Lakeland en Floride, le 12 octobre 2016 (Crédit : Mandel Ngan/AFP)

WASHINGTON — Alors que le président américain Donald Trump va effectuer son premier déplacement à l’étranger en Arabie saoudite puis en Israël à la fin du mois, il semble avoir adopté une approche similaire – et pourtant vraiment différente – de celle de son prédécesseur.

« C’est ironique en un sens », a déclaré jeudi au Times of Israël Bruce Riedel, directeur du projet de renseignement à l’Institut Brookings, peu de temps après que le président a annoncé l’itinéraire de son premier voyage à l’étranger. « Il suit maintenant les pas de Barack Obama, qui, lui aussi, avait choisi l’Arabie saoudite comme premier arrêt au Moyen Orient. »

Au printemps 2009, Obama avait visité Riyad puis s’était rendu au Caire pour y prononcer un discours majeur dans lequel il avait tenté d’améliorer les relations entretenues par les Etats-Unis avec le monde musulman. La différence spectaculaire entre ce séjour passé et celui d’aujourd’hui, c’est toutefois que Trump ne manquera pas de s’arrêter en Israël.

Tandis que les rumeurs portant sur un déplacement en Israël ont commencé à circuler la semaine dernière, les caractéristiques et l’ordre des destinations – qui ont été annoncées de manière formelle vingt-quatre heures après l’entretien du président avec le chef de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas — offrent des indications sur l’approche du processus de paix par Trump, une approche qu’il a pu développer lors de ses discussions avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu et Abbas ces dernières semaines, à l’aube de sa présidence.

Le président américain Donald Trump, à la Maison Blanche, le 15 février 2017. (Crédit : Saul Loeb/AFP)
Le président américain Donald Trump, à la Maison Blanche, le 15 février 2017. (Crédit : Saul Loeb/AFP)

« Nous savions qu’il allait probablement se rendre en Israël et en Arabie saoudite depuis quelques semaines maintenant », explique Simon Henderson, spécialiste de la politique saoudienne à l’Institut de Washington, qui étudie les politiques du Proche Orient. « Ce qui est fascinant pourtant, c’est que l’Arabie saoudite sera l’étape numéro un, ce qui donne donc à cette visite, quasiment par inadvertance, une signification presque historique. »

Trump a vivement courtisé les Saoudiens depuis qu’il a pris le pouvoir. Un grand nombre des membres de son cabinet – dont le secrétaire d’Etat à la Défense James Mattis — ont rencontré des responsables saoudiens.

Le président américain Barack Obama lors de son discours au Caire le 4 juin 2009 (Crédit : Capture d'écran YouTube)
Le président américain Barack Obama lors de son discours au Caire le 4 juin 2009 (Crédit : Capture d’écran YouTube)

La logique de cet arrêt à Riyad avant Jérusalem, ont indiqué plusieurs experts du Moyen Orient au Times of Israël jeudi, est triple : elle suggère une tentative de construire une coalition anti-iranienne, d’établir des partenariats dans le monde musulman contre le terrorisme, et de favoriser les conditions régionales qui pourraient permettre une reprise des négociations entre Israéliens et Palestiniens.

En faisant d’Israël une étape essentielle de son premier voyage, il montre de manière très claire qu’il sera différent d’Obama – qui reste peu populaire auprès des Saoudiens comme des Israéliens suite à l’accord sur le nucléaire avec l’Iran qui aura fait date et, en Israël, pour son refus à la fin de son mandat d’opposer son veto à une résolution anti-implantation devant le Conseil de sécurité de l’ONU.

Trump veut clairement « établir un fort contraste entre son administration et celle de son prédécesseur », commente Aaron David Miller, ancien négociateur de la paix au Moyen Orient des présidents des deux partis américains.

Aaron David Miller (photo credit: Courtesy)
Aaron David Miller (Crédit : autorisation)

« Cela vient accentuer cette image de l’ancien président se rendant au Caire et offrant un important discours de transformation tout en ne s’arrêtant pas en Israël, ce qui aura préparé la voie – de manière justifiée ou non – à toute cette vaisselle cassée qui a semblé caractériser les relations américano-israéliennes », ajoute-t-il.

De manière frappante, la première incursion de Trump à l’étranger l’amènera également au Vatican où il rencontrera le pape François, ce qui signifie qu’il visitera les centres spirituels de l’islam, du judaïsme et du catholicisme.

Riedel pense que les rencontres avec les délégations saoudiennes porteront à 90 % sur la menace iranienne. Mais les Saoudiens, poursuit Riedel, pourraient également utiliser ce temps passé avec Trump pour souligner l’importance, de leur point de vue, de ne pas relocaliser l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem.

Le moment choisi pour la visite de Trump au sein de l’Etat juif – les 22 et 23 mai, juste avant Yom Yeroushalaim, lorsque Israël fêtera le 50e anniversaire de la réunification de sa capitale – a fait naître des spéculations affirmant qu’il utiliserait cette occasion pour annoncer le déplacement de l’ambassade.

Le vice-président Mike Pence a répété au début de la semaine que l’idée était toujours prise en considération, même si elle reste dure à envisager au vu de l’approche chaleureuse réservée par Trump à Abbas mercredi.

Pour le président de l’Autorité palestinienne, qui a encore répété lors d’une conférence conjointe aux côtés du président américain qu’il cherchait à établir un état palestinien dont Jérusalem Est serait la capitale, une annonce faite par Trump d’une relocalisation de son ambassade serait appréhendée – et c’est le moins qu’on puisse dire – interprétée comme un acte de mauvaise foi.

La Maison Blanche a également indiqué mardi que Trump rencontrerait Abbas une deuxième fois ce mois-ci au cours de son prochain voyage. Malgré tout, ce geste ne serait guère susceptible d’atténuer le goût amer d’un déplacement de l’ambassade.

Le président américain Donald Trump avec le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, le 3 mai 2017. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)
Le président américain Donald Trump avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, le 3 mai 2017. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)

En Arabie saoudite, Trump cherchera également quelque chose de concret à apporter à Netanyahu, qu’il pourra peut-être utiliser comme concession pour qu’Israël avance dans le processus de paix, selon Henderson.

Trump va « probablement dire : ‘Je serai en Israël après. Que voulez-vous que je leur dise ?' », dit Henderson.

« Si on lui répond une platitude, comme ‘dites-leur que nous les reconnaîtrons s’ils reviennent aux frontières de 1967’, j’espère que le président saura dire :’c’est votre ligne de base. Donnez-moi un élément plus concret. J’essaie de faire une percée ici' », ajoute Henderson.

« Cela va les mettre dans l’embarras, ajoute-t-il. Parce que eux, bien sûr, ne veulent pas reconnaître Israël mais pourraient bien se retrouver poussés dans cette direction. »

Les Israéliens ont répondu à la confirmation officielle du voyage avec optimisme. Le vice-ministre en charge de la Diplomatie publique, Michael Oren, a indiqué que l’annonce par Trump de ses rencontres avec les leaders du monde musulman en Arabie Saoudite était une « excellente » nouvelle.

Michael Oren, député de Koulanou, à la Knesset, le 20 juin 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Michael Oren, député de Koulanou, à la Knesset, le 20 juin 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

« Cela concorde avec les intérêts d’Israël », a déclaré Oren au Times of Israël. « C’est dans notre intérêt d’avoir un président américain respecté dans tout le monde arabe et engagé à mener le monde arabe vers la paix entre Israéliens et Palestiniens. »

Même si certains musulmans considèrent que Trump est islamophobe, ses politiques ne visent pas tous les musulmans mais plutôt les extrémistes islamiques, a expliqué Oren, ancien ambassadeur israélien aux Etats-Unis.

Trump a simplement tenté de mettre ce point en exergue jeudi, en annonçant qu’il commencerait son déplacement « par une réunion véritablement historique en Arabie saoudite avec les chefs de tout le monde arabe » et qu’il pourrait « amorcer la construction de nouvelles fondations de coopération et de soutien avec nos alliés musulmans pour battre l’extrémisme, le terrorisme et la violence et pour adopter un avenir plus juste et porteur d’espoir pour les jeunes musulmans dans leurs pays. »

Le politicien de Koulanou a aussi salué la rencontre attendue entre Trump et Abbas, qui devrait avoir lieu à Bethléem.

« Nous accueillons avec satisfaction tous les efforts livrés par le président pour faire revenir les Palestiniens à la table des négociations sans conditions préalables, ainsi que pour mobiliser le soutien du monde arabe à appuyer ce processus, a poursuivi Oren. Cela fait longtemps que nous attendons de voir Abbas revenir à la table des négociations, il ne l’a pas fait. L’objectif reste le même : la reconnaissance mutuelle, la sécurité mutuelle. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le président américain Donald Trump, à la Maison Blanche, le 15 février 2017. (Crédit : Saul Loeb/AFP)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le président américain Donald Trump, à la Maison Blanche, le 15 février 2017. (Crédit : Saul Loeb/AFP)

Mais Miller n’est pas convaincu que les Israéliens restent satisfaits longtemps de l’approche choisie par Trump pour la paix, malgré la nature de ce voyage qui reflète le désir du président d’adopter l’approche dite « de l’extérieur » que Netanyahu lui-même prône depuis des années.

« Ils l’apprécieront jusqu’à ce Trump leur demande quelque chose », estime-t-il.

L’ancien responsable du département d’Etat explique qu’il ne serait pas surpris si ces rencontres à venir avaient pour objectif de préparer le terrain à un autre sommet sur le conflit israélo-palestinien au cours duquel des demandes clés seraient soumises aux parties.

« L’approche depuis l’extérieur devrait finalement s’incarner dans une rencontre concrète – une formule dans le genre d’un Madrid 2 – où manifestement vous auriez Israël qui s’engagerait auprès des ministres et chefs d’état arabes les plus importants, dit Miller. Ce que les Israéliens devraient alors devoir payer est une autre affaire. »

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