Livingstone dit dénoncer l’antisémitisme et critique le « nettoyage ethnique » israélien
Rechercher

Livingstone dit dénoncer l’antisémitisme et critique le « nettoyage ethnique » israélien

Dans un nouveau memorandum au Parlement, l'ancien maire travailliste de Londres soutient une solution à deux Etats bien que le mois dernier il avait qualifié la création d'Israël de "fondamentalement mauvaise"

Ken Livingstone comparaît devant une commission parlementaire sur l'antisémitisme à Londres, le 14 juin 2016. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Ken Livingstone comparaît devant une commission parlementaire sur l'antisémitisme à Londres, le 14 juin 2016. (Crédit : capture d'écran YouTube)

LONDRES – Ken Livingstone, l’ancien maire de Londres suspendu par le parti travailliste pour antisémitisme, et célèbre pour avoir affirmé avec insistance qu’Hitler avait pendant un certain temps soutenu le sionisme, a présenté une longue contribution écrite défendant son point de vue à l’enquête de la Home Affairs Select Committee du Parlement sur la montée de l’antisémitisme.

Livingstone avait comparu le 14 juin devant la commission, mais a adressé mardi un autre long mémrandum dans lequel il se plaint d’avoir été interrogé, comme s’il était sous le coup d’une enquête, affirme dénoncer l’antisémitisme, et accuse Israël de « nettoyage ethnique ».

Il reconnaît dans la communication avoir dit à la BBC qu’ « Hitler avait soutenu le sionisme » dans les années 1930, et insiste toujours sur la véracité de l’allégation, mais dit « regretter avoir soulevé des points historiques sur la politique nazie dans les années 1930 ».

Livingstone écrit qu’il ne croit pas « le sionisme ou les politiques des gouvernements israéliens soient analogues au nazisme. Les gouvernements israéliens n’ont jamais eu le but d’exterminer systématiquement le peuple palestinien, de la manière que le nazisme a cherché l’anéantissement des Juifs », reconnaît-il.

Pourtant, il maintient ses attaques amères contre l’Israël moderne, en déclarant : « La politique d’Israël a inclus le nettoyage ethnique. Des Palestiniens qui avaient vécu dans ce pays pendant des siècles ont été chassés par la violence systématique et la terreur visant à les chasser de ce qui est devenu une grande partie de l’Etat d’Israël. Aujourd’hui, le gouvernement israélien continue de saisir des terres palestiniennes pour les colonies, de faire des incursions militaires dans les pays voisins et nie le droit des Palestiniens expulsés par la terreur à revenir. Je critique fermement cette politique, mais je ne l’assimile pas au nazisme ».

Livingstone a témoigné tant par écrit que par oral devant la commission le 14 juin, mais a fait valoir qu’il avait été « mal interprété » et accusé de dire des choses qu’il insiste ne pas avoir dit.

Son premier point porte sur l’attitude de l’enquête. Livingstone écrit : « Le sujet de l’enquête a été confirmé par le président dans son allocution d’ouverture, qui a clairement indiqué que ce ne fut pas une enquête sur moi ou sur le parti travailliste, mais sur l’antisémitisme. »

Et pourtant, se plaint-il, « l’écrasante majorité des questions … portaient sur mon point de vue sur l’histoire de l’Allemagne dans les années 1930, Hitler, les nazis, Israël, le sionisme et le parti travailliste. Les membres de la commission semblaient être obsédés par ces questions. » Aucun des membres de la commission ne l’a interrogé, se lamente-t-il, sur « les dangers auxquels sont confrontés les Juifs en raison du terrorisme, bien que cela était est un des objets de l’enquête … Ce fut à tout le moins une occasion manquée ».

Livingstone, qui est actuellement suspendu par du parti travailliste en raison de ses propos selon lesquels Hitler avait « soutenu le sionisme », a déclaré le 4 mai à Al-Ghad Al-Arabi, une station de radio en langue arabe basée à Londres, que « la création d’Israël était un grande catastrophe » et « fondamentalement mauvaise », et que la Grande-Bretagne et l’Amérique aurait dû accueillir les réfugiés juifs après la Seconde Guerre mondiale. « Ils auraient tous pu être réinstallés, alors que 70 ans plus tard, la situation est encore très tendue, et qu’il existe un potentiel de nombreuses guerres, un potentiel de guerre nucléaire », a-t-il affirmé.

Mais dans son memorandum devant la commission des affaires intérieures, Livingstone affirme que bien qu’il ne soit « pas en faveur d’Etats définis en fonction d’une religion ou d’une ethnie nulle part, » il était « aussi franc à propos de l’Arabie Saoudite comme à propos d’Israël. Et concernant le droit d’Israël à exister, comme je l’ai dit à la commission, je soutiens une solution à deux Etats au conflit israélo-palestinien et je crois que cela serait aidé en ayant une seule économie « .

A lire: Des historiens reconnus démontent la thèse de Livingstone sur Hitler et son « sionisme »

Il maintient aussi clairement que – même si elle a présenté ses excuses pour ses messages sur les médias sociaux et a été suspendue du parti travailliste – il «n’est pas d’accord avec les affirmations selon lesquelles la députée Naz Shah et ses messages dans les médias sociaux soient antisémites. Je crois que c’est une conclusion raisonnable à atteindre que les critères d’antisémitisme utilisés pour juger de la situation soient ceux suggérés par le professeur David Feldman, directeur de l’Institut Pears pour l’Etude de l’Antisémitisme. Certaines personnes ont un point de vue différent de Mme Shah et de ses messages, mais cela ne signifie pas que mon jugement et le fait que je prenne sa défense soient une manifestation d’antisémitisme ».

Livingstone dit avoir été « horrifié par la façon dont mes propos ont été interprétés et déformés. Je ne peux pas penser à une pire insulte que d’être qualifié de raciste ou d’antisémite. Et je suis désolé si ce que j’ai dit ait blessé des Juifs, ou toute autre personne. Cela n’était pas mon intention. »

Livingstone conteste notamment le témoignage de Jonathan Arkush, président du Conseil représentatif des Juifs britanniques. Il se plaint : « Jonathan Arkush a suggéré devant la commission que j’avais dit que les sionistes étaient « comme des nazis » et qu’ « Hitler était un sioniste ». Ce n’est pas ce que j’ai dit et je suis en total désaccord avec cela. Les deux citations sont factuellement erronées ».

Le président du parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn (à droite), avec le président du Board of Deputies of British Jews, Jonathan Arkush (au centre) et sa directrice Gillian Merron (à gauche), le 9 février 2016. (Autorisation)
Le président du parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn (à droite), avec le président du Board of Deputies of British Jews, Jonathan Arkush (au centre) et sa directrice Gillian Merron (à gauche), le 9 février 2016. (Autorisation)

Il qualifie de « très controversée » l’affirmation d’Arkush selon laquelle avec l’élection de Jeremy Corbyn au poste de leader travailliste, un « penchant à gauche » s’est ouvert dans le parti permettant à certaines personnes de dire «certaines choses que, auparavant, elles sentaient qu’elles ne pouvaient pas dire. » Livingstone déclare : « Aucune preuve n’a été présentée à la commision que les préjugés contre les Juifs avaient augmenté depuis que Corbyn est devenu leader du parti travailliste en septembre 2015. Les chiffres en augmentation sur l’antisémitisme signalés à la commision sont en écrasante partie liés aux périodes antérieures à l’election de direction actuelle du parti ».

En réponse, un porte-parole du Board of Deputies of British Jews a dit : « Toute personne qui a été témoin de la prestation étonnante de Ken Livingstone devant le Select Home Affairs Committee serait d’accord avec l’évaluation de notre président Keith Vaz que le témoignage de Livingstone était ‘peu convaincant’ ».

« En particulier son affirmation continue selon laquelle Hitler ‘avait soutenu le sionisme’ est inexacte, offensante et antisémite », a ajouté le Board. « Livingstone a des antécédants de provocation envers la communauté juive et il est temps qu’il soit exclu du parti travailliste pour de bon. »

Un porte-parole de la Community Security Trust a déclaré mardi au Times of Israel : « Nous avons entendu plus qu’assez Ken Livingstone sur le sionisme, Israël et l’antisémitisme. Il est temps de passer à autre chose. »

Une enquête interne de Shami Chakrabarti sur les allégations d’antisémitisme au parti travailliste devrait publier ses conclusions jeudi. Livingstone n’a pas été invité à temoigner dans l’enquête de Chakrabarti et se plaint dans sa déclaration écrite à la Home Affairs Committee qu’il aurait dû l’être.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...