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L’OCHA réduit de plus de la moitié le nombre de femmes et d’enfants « identifiés » comme tués à Gaza

De nouvelles données sur le nombre des victimes gazaouies font également la distinction entre les morts "identifiées" dans les hôpitaux des 10 000 décès présumés basés sur "les sources médiatiques" du Hamas

Jeremy Sharon est le correspondant du Times of Israel chargé des affaires juridiques et des implantations.

Une femme et un petit garçon marchent derrière des fils barbelés alors qu'ils fuient Rafah pour aller dans le sud de la bande de Gaza, le 11 mai 2014. (Crédit : AFP)
Une femme et un petit garçon marchent derrière des fils barbelés alors qu'ils fuient Rafah pour aller dans le sud de la bande de Gaza, le 11 mai 2014. (Crédit : AFP)

Fait assez spectaculaire, le Bureau des Nations unies pour la Coordination des affaires humanitaires, l’OCHA, a nettement revu à la baisse le nombre de femmes et d’enfants « identifiés » ayant perdu la vie dans un contexte de guerre opposant Israël et le Hamas à Gaza.

Les données font dorénavant la différence entre le total de morts tel qu’il est rapporté par le Hamas (plus de 34 000) et le nombre de décès « identifiés » (plus de 24 000).

Les nouveaux chiffres de l’OCHA divisent ainsi par deux – voire plus – le nombre de victimes, femmes et enfants, qui, selon l’organisation, ont trouvé la mort dans l’offensive israélienne, même si d’autres victimes « non-enregistrées » sont susceptibles d’entrer également dans ce bilan.

Les décès « non-enregistrés » font référence aux corps non-identifiés qui se trouvent dans les hôpitaux mais la majorité sont ceux qui ont été signalés par le Hamas qui, de son côté, indique s’appuyer dans son décompte sur « des sources médiatiques fiables ».

Tous les chiffres continuent à se baser sur les signalements du ministère de la Santé de Gaza, qui est dirigé par le Hamas, et non sur des données indépendantes.

Ayant annoncé, dans le passé, que 9 500 femmes et 14 500 enfants étaient morts pendant la guerre (ce qui représentait environ 69 % du bilan des victimes dans sa totalité), l’OCHA fait dorénavant part de chiffres moins lourds. Ainsi, parmi les morts « identifiées », ce sont 4 959 femmes et 7 797 enfants qui auraient perdu la vie (ou 52 % du bilan total des victimes de la guerre qui ont été identifiées).

A noter : le ministère de la Santé comptabilise tous les mineurs de moins de 18 ans dans la catégorie des enfants. Les analystes font remarquer, pour leur part, qu’un certain nombre d’hommes armés, au sein des factions terroristes palestiniennes, sont des adolescents.

Selon une déclaration récente qui a été faite par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, les agences israéliennes estiment à 14 000 le nombre de terroristes ayant perdu la vie dans les combats (l’armée, pour sa part, avance le chiffre de 15 000), avec 16 000 civils à peu-près – ces derniers représenteraient donc 53% des victimes de l’offensive israélienne à Gaza. Dans un entretien qui a été diffusé dimanche, Netanyahu a indiqué que le ratio terroristes-civils, au sein de l’enclave côtière, était approximativement de 1 contre 1.

Des troupes de Tsahal opèrent dans la bande de Gaza, dans une photo publiée le 10 mai 2024. (Crédit : armée israélienne)

Jusqu’au 6 mai, l’OCHA ne citait que le bilan de plus de 34 000 morts qui était avancé par le Hamas, avec un chiffre beaucoup plus élevé de femmes et d’enfants tués pendant les combats, un chiffre rapporté par l’organisation du Service des médias gouvernementaux à Gaza.

Selon ces chiffres, le nombre total de morts était de 34 735, dont 9 500 femmes (27 %) et 14 500 enfants (42 %).

Mais le 8 mai, l’agence a adopté de nouveaux chiffres. Si elle a conservé le bilan « rapporté » par le Hamas qui est plus élevé (il est aujourd’hui à 34 844), elle a noté que le nombre de victimes « identifiées » était de 24 686, avec 4 959 femmes (20%) et 7 797 enfants (32%).

Cela représente une réduction de 52 % du nombre signalé de femmes tuées et une baisse de 53 % du nombre d’enfants qui, selon le Hamas, auraient perdu la vie dans l’offensive israélienne.

Comment expliquer ces changements importants ?

Comme le faisait remarquer une étude écrite dans le journal Fathom, au mois de mars, par des universitaires – le docteur Tom Simpson, le professeur Lewi Stone et le professeur Gregory Rose – le ministère de la Santé de Gaza avait commencé, au mois de décembre, à différencier deux catégories dans son bilan humain : les morts « identifiées » et les morts « non-enregistrées ».

Simpson est un économiste ayant obtenu un doctorat à l’Université d’Australie occidentale ; Stone est biomathématicien au sein de l’université de Tel Aviv et de la RMIT University à Melbourne et Rose est expert en droit international à l’université de Wollongong.

S’exprimant auprès du Times of Israel, Lewi et Rose ont expliqué que les morts « identifiées » étaient celles qui étaient enregistrées dans les hôpitaux de la bande tandis que les décès « non-enregistrés » se basent sur les informations collectées sur des décès de civils à partir de « sources médiatiques fiables », selon le ministère de la Santé, à Gaza.

Des sources qui pourraient pourtant s’avérer ne pas être totalement dignes de confiance.

Des gens marchent au milieu des décombres de bâtiments détruits lors du bombardement israélien de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 16 avril 2024. (Crédit : AFP)

Dans leur article de Fathom, Simspon, Lewi et Rose avaient souligné que le ratio des femmes et des enfants, tel qu’il était défini dans les décès enregistrés dans les hôpitaux, était significativement inférieur à celui figurant dans la catégorie des morts « non-enregistrées ».

Ils avaient noté, en exemple, que selon le ministère, 21 978 Gazaouis étaient morts entre le 7 octobre et le 31 décembre. Sur ces chiffres, 15 349 décès (ou 70 %) avaient été enregistrés dans les hôpitaux et 6 629 (30 %) avaient été signalés par « des sources des services des médias gouvernementaux ».

Les chercheurs avaient découvert que 60 % des décès enregistrés dans les hôpitaux concernaient des femmes et des enfants. Mais cela signifiait que pour correspondre à l’affirmation avancée par le ministère de la Santé à ce moment-là – qui établissait que 70 % de tous les morts étaient des femmes et des enfants – il fallait que 92 % des décès « non-enregistrés » soient des femmes et des enfants. Ce qui était « statistiquement absurde », avaient fait remarquer les auteurs.

Le ministère n’avait, à l’époque, pas su expliquer cette différence entre les deux catégories. L’article de Fathom s’était plongé dans les profondeurs des données soumises pour pouvoir discerner cette différenciation.

Comme le souligne David Adesnik, de la Fondation pour la Défense de la Démocratie, le ministère a finalement changé ses catégories au mois d’avril, établissant une catégorie pour les victimes dont le dossier était « complet » et une autre pour les défunts dont le dossier était « incomplet » – environ 11 300 des 33 000 morts à ce moment-là.

Le ministère avait paru essentiellement faire passer les morts « non-enregistrées » issues « des signalements des services des médias » dans la catégorie des « données incomplètes » – en l’absence d’un numéro d’identité, d’un nom complet, du sexe, de la date de naissance, de la date de décès de la victime ou de plusieurs de ces données.

L’OCHA, dans ses nouveaux chiffres, a cessé de grouper ces deux catégories, soulignant uniquement les chiffres qui s’appuient sur des informations solides.

« Ce changement radical dans les chiffres qui ont été diffusés par l’OCHA sont la reconnaissance que les chiffres qui étaient publiés antérieurement n’étaient pas fiables, au mieux, et qu’il s’agissait plus probablement de chiffres mensongers et manipulés », explique Rose. « Ce changement n’est qu’un moyen de sauver la face ».

Les volutes de fumée des roquettes tirées depuis la bande de Gaza vers Israël s’attardent au-dessus d’un bâtiment, le 7 janvier 2024. (Crédit : AFP)

Les universitaires indiquent aussi que le ministère de la Santé du Hamas et les services des médias gouvernementaux posent d’autres graves problèmes.

Par exemple, au mois de décembre 2023, le chiffre enregistré de victimes masculines (une catégorie beaucoup plus encline à se battre) avait baissé entre le 1er et le 8 décembre, avec 1 300 morts de moins.

« Ces résurrections massives d’hommes, à Gaza, ont fait exploser le ratio des femmes et des enfants dans le bilan humain, qui est passé de 68 % à 80 % », selon les auteurs de l’article de Fathom.

En réponse à une demande de commentaire du Times of Israel, l’OCHA a fait savoir que « le nombre total des victimes sur la base du bilan du ministère de la Santé du Hamas reste inchangé, avec 35 000 personnes qui ont été tuées depuis le 7 octobre. Toutefois, le ministère a réactualisé le décompte des victimes dont le dossier d’identification a été terminé… Le ministère de la Santé note que le processus de finalisation de tous les dossiers d’identification des victimes est encore en cours ».

« Les équipes des Nations unies, à Gaza, ne sont pas en capacité de vérifier de manière indépendante ces chiffres en raison de la situation sur le terrain et du nombre élevé de victimes. Pour cette raison, tous les chiffres cités par les Nations unies citent clairement leur source, qui est le ministère de la Santé de Gaza. L’ONU vérifiera ces chiffres du mieux possible lorsque les conditions le permettront », a ajouté l’OCHA.

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