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L’OCDE prévoit une croissance modérée pour Israël contrairement au reste du monde

L'Organisation a revu à la baisse les perspectives économiques mondiales ; la guerre en Ukraine affectera l'économie par une inflation persistante et une baisse de la demande

Ricky Ben-David est journaliste au Times of Israël

Des passants dans le centre de Jérusalem où la marie a accroché des parapluies colorés pour créer de l'ombre pour les passants, le 10 septembre 2021. (Crédit: Nati Shohat/Flash90)
Des passants dans le centre de Jérusalem où la marie a accroché des parapluies colorés pour créer de l'ombre pour les passants, le 10 septembre 2021. (Crédit: Nati Shohat/Flash90)

L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a revu à la baisse mercredi ses prévisions de croissance économique mondiale pour 2022, sur fond de guerre dévastatrice de la Russie contre l’Ukraine et de crises dans les secteurs de l’énergie et de l’alimentation qui font grimper l’inflation et ralentissent la progression de l’économie.

Les politiques « zéro COVID » de la Chine, qui ont troublé davantage les chaînes manufacturières d’approvisionnement, pèsent également sur une économie mondiale qui commençait à peine à se remettre de la pandémie de COVID-19, a déclaré l’OCDE, basée à Paris, devenant ainsi la dernière institution à réduire ses prévisions de croissance et soulignant l’assombrissement des perspectives économiques.

Ces évolutions ont « engagé l’économie mondiale sur la voie d’un ralentissement de la croissance et d’une hausse de l’inflation – une situation inédite depuis les années 1970 », a déclaré l’organisation.

L’OCDE, une organisation économique forte de 38 pays-membres (dont Israël), a prévu que la croissance mondiale ralentirait fortement pour atteindre environ 3 % en 2022 et 2,8 % en 2023, ce qui est bien inférieur à la reprise de 4,5 % prévue dans le précédent rapport datant de décembre dernier.

En Israël, l’OCDE a prévu une croissance économique de 4,8 % en 2022 et de 3,4 % en 2023, soit une légère baisse par rapport aux prévisions de l’organisation dans son dernier rapport (où elle indiquait que l’économie israélienne connaîtrait une croissance de 4,9 % en 2022 et de 4 % en 2023).

Selon l’OCDE, le secteur israélien de la haute technologie continuera de faire preuve de vigueur, « les exportations et les investissements progressant à un bon rythme, quoique plus modéré » et « une forte reprise du marché du travail soutiendra la croissance de la consommation. »

Le gouverneur de la Banque d’Israël, Amir Yaron, s’exprimant lors d’une conférence de presse à Jérusalem, le 11 avril 2022. (Crédit: Flash90)

L’inflation va progressivement ralentir et ne dépassera que légèrement la fourchette prévue par la Banque centrale d’Israël en 2023, selon l’OCDE. La banque centrale avait indiqué une fourchette d’inflation supérieure allant jusqu’à 3 %, mais Israël est actuellement à environ 4 % d’inflation en avril.

L’inflation devrait atteindre près de 9 % pour les 38 pays membres de l’OCDE, dont les États-Unis, le Royaume-Uni et de nombreuses nations européennes, soit près du double de l’estimation précédente.

Le mois dernier, la Banque d’Israël a relevé son taux d’intérêt de référence de 0,4 points de pourcentage – le faisant passer de 0,35 à 0,75 %.

L’OCDE voit quelques ombres à l’horizon pour Israël. Une guerre prolongée en Ukraine « pourrait avoir des effets négatifs sur l’économie en raison d’une inflation plus persistante et d’une baisse de la demande des partenaires commerciaux », a indiqué l’OCDE. De nouvelles vagues d’infections au COVID-19 ou de nouvelles souches pourraient accroître l’incertitude, tout comme la position fragile du gouvernement actuel, et toute augmentation des incidents terroristes ou sécuritaires. Ces facteurs pourraient « accroître l’incertitude, pesant sur la consommation et l’investissement », a déclaré l’OCDE, ajoutant que « du côté positif, la croissance pourrait être plus forte si le boom de la haute technologie se poursuit sans relâche ».

L’OCDE a déclaré en décembre que l’économie israélienne avait fortement rebondi en 2021, dépassant les prévisions grâce à la campagne de vaccination du pays, à la reprise du marché du travail et à l’essor du secteur technologique local, qui a levé quelque 26 milliards de dollars l’an dernier.

Perspectives mondiales

« La guerre de la Russie impose en effet un lourd tribut à l’économie mondiale », a déclaré le Secrétaire général de l’OCDE, Mathias Cormann, lors d’une conférence de presse à Paris. Il a exhorté le président russe Vladimir Poutine à « mettre fin instamment à cette guerre atroce et insensée ».

L’organisation a publié ses prévisions alors qu’elle se prépare à une réunion annuelle de deux jours qui devrait débuter jeudi, à laquelle participeront des ministres du gouvernement et au cours de laquelle le président ukrainien Volodymyr Zelensky prononcera un discours vidéo.

Des membres du Parti national des Bérets Marrons protestent contre les prix élevés de l’essence dans une station-service Chevron du centre-ville de Los Angeles, samedi 4 juin 2022. (Crédit: AP/Damian Dovarganes)

L’OCDE a prévenu que la tourmente économique touchera plus durement les pays pauvres. La guerre perturbe l’approvisionnement en denrées alimentaires de base telles que le blé et l’énergie, dont la Russie et l’Ukraine sont les principaux fournisseurs mondiaux, ce qui alimente l’inflation qui empiète sur le revenu disponible et le niveau de vie.

C’est dans les pays européens que la guerre nuit le plus à la croissance économique, car ils sont plus exposés à la guerre en raison de leurs liens commerciaux et énergétiques. Mais l’OCDE a également tiré la sonnette d’alarme au sujet des pays pauvres plus éloignés, confrontés à des pénuries alimentaires.

« Nous sommes très préoccupés par la situation alimentaire des pays ayant le plus faible PIB. La guerre envoie vraiment des ondes de choc jusqu’en Afrique et au Moyen-Orient », a déclaré Laurence Boone, économiste en chef de l’OCDE. « La guerre pourrait conduire à une famine. Elle pourrait provoquer des troubles sociaux et des bouleversements politiques. »

Selon elle, la Chine, longtemps moteur de la croissance mondiale, est devenue une source de volatilité économique en « sabotant les chaînes d’approvisionnement » déjà mises à mal par la pandémie.

Des passants dans les rues pleines de bars et de restaurants à Shibuya, un quartier de divertissement de Tokyo, alors que le Japon est entièrement sorti de l’état d’urgence lié au coronavirus pour la première fois en plus de six mois, le 1er octobre 2021. (Crédit: AP /Kiichiro Sato)

Les politiques chinoises de lutte contre la pandémie, qui ont entraîné des fermetures draconiennes à Shanghai et dans d’autres villes, ont paralysé la vie économique. Il en résulte une accumulation de porte-conteneurs attendant d’accoster dans les ports chinois et des entreprises du monde entier confrontées à des problèmes de livraison de leurs marchandises, ce qui met en lumière les goulets d’étranglement de la chaîne d’approvisionnement qui menacent d’augmenter les prix pour les consommateurs, a déclaré Boone.

La Banque mondiale, les Nations unies et le Fonds monétaire international ont également procédé à des révisions à la baisse de leurs prévisions économiques récemment.

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