Loi de l’État-nation : Un officier druze appelle sa communauté à quitter l’armée
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Loi de l’État-nation : Un officier druze appelle sa communauté à quitter l’armée

Dans une lettre ouverte, il appelle à la fin du service militaire obligatoire pour les membres de sa communauté en guise de protestation contre la loi jugée discriminatoire

Illustration : Des soldats sur le mont du Temple de Jérusalem, le 8 mars 2013 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Illustration : Des soldats sur le mont du Temple de Jérusalem, le 8 mars 2013 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Un officier druze de Tsahal a publié une lettre ouverte dans laquelle il appelle les membres de sa communauté à ne plus s’engager dans l’armée. Il a lui-même annoncé qu’il allait quitter l’armée après l’adoption de la loi sur l’Etat-nation.

« Ce matin, quand je me suis levé pour retourner à ma base, je me suis demandé pourquoi ? Pourquoi devrais-je servir l’état ? a écrit le capitaine Amir Jamal dans une lettre ouverte au Premier ministre Benjamin Netanyahu qu’il a publiée dimanche sur sa page Facebook.

« Comme mes deux frères et mon père, je sers ce pays avec dévouement, résolution et amour. Et au final, qu’est-ce que nous avons, nous sommes des citoyens de seconde classe », a-t-il écrit dans la lettre, qui a d’abord été signalée par Haaretz lundi. Le messagre aurait été effacé quelques heures plus tard.

« Après mûre réflexion, j’ai décidé de quitter l’armée et de ne pas continuer mon service », a-t-il écrit en appelant à la fin de la conscription obligatoire pour les Druzes.

Sa lettre a été publiée alors que Netanyahu rencontrait dimanche des dirigeants de la communauté druze d’Israël dans son bureau de Jérusalem afin de tenter d’apaiser une communauté en colère après l’approbation récente de la loi de l’Etat-nation.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avec Sheikh Muwaffak Tarīf, chef spirituel de la communauté druze d’Israël, à Jérusalem le 26 novembre 2014 (Crédit : Kobi Gideon / GPO)

Netanyahu a annoncé que le gouvernement allait mettre en place une équipe de réflexion qui « formulerait rapidement des recommandations pour des mesures concrètes afin de renforcer nos liens importants ».

« Je ressens la sincérité de vos inquiétudes et nous devons y trouver une solution », a déclaré Netanyahu aux responsables des conseils locaux et régionaux, selon un communiqué du Bureau du Premier ministre.

Il a pourtant réaffirmé qu’il était contre toute modification de la loi très polémique qui sanctuarise Israël comme l’état-nation exclusif du peuple juif.

La rencontre s’est déroulée alors même que l’opposition à la loi prend de l’ampleur. Certains législateurs ont appelé à procéder à des modifications afin de répondre aux préoccupations de la communauté druze, tandis que d’autres ont protesté contre des dispositions de la loi qu’ils considèrent être discriminatoires envers les citoyens non juifs du pays.

Ayoub Kara (photo credit: Jusmine/Wikimedia Commons)
Ayoub Kara (Crédit : Jusmine/WikiCommons)

« On observe des tentatives incessantes de déformer la définition de l’Etat d’Israël comme l’état nation du peuple juif, a déclaré Netanyahu dans le communiqué. Nous avons passé cette loi de l’Etat-nation afin d’assurer qu’Israël reste l’état-nation de notre peuple – c’est le but même de l’existence de l’état ».

« La loi [de l’état-nation] ne réduit en rien les droits individuels de chacun. Elle permet d’obtenir l’équilibre juridique nécessaire pour garantir les fondements d’Israël ».

Ayoub Kara, un législateur druze du Likud, a salué la décision de Netanyahu avant d’ajouter que l’équipe présenterait ses propositions d’ici quelques jours.

« Je me félicite de la décision du Premier ministre, prise en concertation avec les responsables du conseil druze, de mettre en place une équipe pour discuter et résoudre les problèmes sensibles de la secte – en matière de travail, d’éducation, de destruction de constructions illégales, [des droits] de soldats ayant fini leur service militaire et d’autres sujets », a-t-il écrit sur Twitter.

« L’équipe va formuler des propositions dans les prochains jours. Nous nous engageons à une application rapide et efficace de ces mesures », a ajouté Kara.

Le projet de loi sur l’Etat-nation – qui pour la première fois ancre Israël en tant que « foyer national du peuple juif » et qui détermine que « le droit à l’exercice de l’auto-détermination nationale au sein de l’Etat d’Israël est propre à la population juive » – a suscité de vives et nombreuses critiques au sein des minorités du pays, de la communauté internationale et des groupes juifs de l’étranger.

La semaine dernière, des responsables druzes israéliens, y compris trois membres de la Knesset, ont déposé une pétition contre la loi à la Haute Cour de Justice. Ils estiment qu’il s’agit d’une loi « extrémiste » qui discrimine les minorités du pays.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, rencontre Sheikh Muafak Tariff, leader spirituel de la communauté druze d’Israël, le ministre des communications Ayoub Kara, à gauche, et d’autres leaders druzes à son bureau de Jérusalem pour évoquer la loi sur l’Etat-nation, le 27 juillet 2018 (Crédit : Kobi Gideon/GPO/Flash90)

Alors que les pressions les plus fortes sont venues de l’extérieur de sa coalition, Netanyahu a également subi des pressions internes pour donner aux Druzes une sorte de statut spécial reconnaissant leurs contributions à l’état, notamment le service militaire.

Dimanche, le Premier ministre a déclaré lors d’une réunion du cabinet que les critiques de la loi étaient infondées.

« Rien dans cette loi ne viole vous droits en tant que citoyens égaux de l’Etat d’Israël. Rien ne nuit non plus au statut spécial de la communauté druze d’Israël. Le peuple d’Israël, et j’en fais partie, vous aime. Nous accordons une grande valeur à notre coopération et à notre alliance », a-t-il déclaré.

Les Druzes, une communauté qui s’est distancée de l’islam, sont la seule minorité à devoir servir dans l’armée israélienne. Des membres de la communauté servent aux côtés de soldats juifs dans certaines des unités d’élite de Tsahal.

Les membres de la communauté druze arrivent à une fête sur le tombeau sacré de Nebi Shueib dans le nord d’Israël, le 25 avril 2018 (Crédit : AFP Photo Jalaa/Marey)

La loi sur l’Etat nation, disent ses partisans, place les valeurs juives et démocratiques sur un pied d’égalité. Les critiques ont néanmoins affirmé que la loi discrimine dans les faits les arabes israéliens et les autres minorités communautaires.

Lorsqu’elle a été adoptée le 19 juillet, la loi est devenue une Loi fondamentale, qui, à l’instar d’une constitution, pose les bases du système légal d’Israël et est plus difficile à abroger qu’une loi classique.

La loi stipule également que Jérusalem est la capitale d’Israël, fixe le calendrier hébraïque comme le calendrier officiel de l’état, reconnaît Yom HaAtzmaut, Yom HaZikaron et les vacances juives. Une clause de la loi rétrograde la langue arabe d’un statut officiel à un statut « spécial », mais stipule aussi, de manière énigmatique, que « cette clause ne nuit pas au statut donné à la langue arabe avant que cette loi n’entre en effet ».

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