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L’opposition a voté l’octroi de 800 M de NIS aux écoles haredim. Comment est-ce arrivé ?

Pris au piège d'une "manœuvre" parlementaire, les députés ont par erreur soutenu une réserve surprise inscrite au budget de l'État 2026, qui augmente considérablement les fonds alloués à l'éducation ultra-orthodoxe, suscitant une vive polémique

Le chef du parti Shas, Aryeh Deri, assistant à un vote sur le budget de l'État 2026, à la Knesset, le 29 mars 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le chef du parti Shas, Aryeh Deri, assistant à un vote sur le budget de l'État 2026, à la Knesset, le 29 mars 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Lundi au petit matin, alors que la plupart des Israéliens dormaient, la Knesset a finalement adopté le budget de l’État 2026.

Celui-ci prévoit des dépenses de défense sans précédent dans le contexte de la guerre contre la République islamique d’Iran, ainsi que des milliards de shekels pour les établissements d’enseignement haredim et d’autres priorités de la coalition au pouvoir.

Tout au long de la soirée, les députés ont passé des heures à voter sur une série de « réserves », dont la plupart étaient des objections au budget présentées par les députés de l’opposition, qui ont été massivement rejetées par la coalition de droite du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Cependant, peu après minuit, alors que l’attention des députés commençait à faiblir, la coalition a ajouté une réserve surprise à l’ordre du jour afin d’allouer environ 800 millions de shekels à des programmes et institutions ultra-orthodoxes, y compris à des yeshivot.

Comme les réserves sont généralement déposées par l’opposition comme tactique procédurale visant à retarder les votes sur le budget, les députés de l’opposition ont considéré cette mesure comme une formalité et ils l’ont soutenue automatiquement, sans remarquer que la coalition appuyait également cet amendement. Le financement supplémentaire a finalement été adopté par un vote écrasant de 107 voix contre 4, avant que les législateurs ne se rendent compte de leur erreur.

Selon un décompte de la Treizième chaîne, cette initiative, qui a fait suite à l’approbation récente de centaines de millions de shekels de fonds de la coalition en faveur de l’éducation ultra-orthodoxe, a encore augmenté les allocations déjà revues à la hausse versées aux établissements d’enseignement haredi, les faisant passer de 4,1 milliards à 5,17 milliards de shekels.

Quelques-uns des élèves d’une école de garçons haredi à Ramat Beit Shemesh Bet, à l’ouest de Jérusalem, où les cours ont toujours lieu, le 18 mars 2020. (Crédit : Sam Sokol/JTA)

Le vote a eu lieu après que les partis ultra-orthodoxes ont accepté de soutenir le budget, malgré l’échec de la coalition à faire adopter le projet de loi qu’ils exigeaient et qui visait à consacrer un système d’exemptions généralisées du service militaire pour les Haredim étudiant en yeshiva.

Les allocations allouées aux priorités budgétaires des Haredim ont semblé débloquer des fonds que la procureure générale, Gali Baharav-Miara, avait bloqués en raison de l’absence de conscription des ultra-orthodoxes.

La procureure générale et l’opposition à la Knesset ont déployé des efforts considérables pour bloquer les budgets de l’éducation ultra-orthodoxe, en raison de l’évasion généralisée du service militaire parmi les Haredim étudiant en yeshiva et de l’absence des matières du tronc commun dans les établissements du primaire et du secondaire.

Ces efforts ont donné lieu à plusieurs revers très médiatisés, notamment à une décision qui avait été rendue en décembre 2025 par la Haute Cour de justice – elle avait ainsi bloqué le transfert d’environ un milliard de shekels vers des écoles ultra-orthodoxes accusées de ne pas enseigner les matières du tronc commun, comme l’exige la loi.

Cette décision avait déclenché la fureur des députés haredim.

La Cour a ensuite ordonné à l’État de fournir des informations sur l’enseignement obligatoire et sur la supervision au sein du système scolaire ultra-orthodoxe.

Les budgets supplémentaires contenus dans la réserve auraient presque certainement été adoptés avec le seul soutien de la coalition, indépendamment des votes positifs malencontreux de l’opposition.

Cependant, le soutien de l’opposition n’a été qu’un bonus pour les députés haredim, qui semblaient avant tout soucieux d’obtenir l’approbation de la Knesset pour ces fonds, sans attirer l’attention des députés de l’opposition ou des conseillers juridiques de la Knesset qui auraient probablement contesté cette mesure. Selon la procureure générale, celle-ci semble en effet avoir été destinée à contourner des décisions antérieures qui avaient été prises par la Haute Cour.

Des sources politiques haredim ont déclaré au Times of Israel qu’elles avaient voulu dissimuler ces fonds et qu’elles avaient travaillé d’arrache-pied, en coordination avec le ministre des Finances Smotrich, pour les soustraire à l’attention de la population.

Une « manœuvre parlementaire »

Selon un haut responsable du parti ultra-orthodoxe Yahadout HaTorah, la coalition a simplement pris l’opposition à contre-pied. Ce responsable a ajouté que le vote avait « prouvé que rien ne remplace l’expérience de nos députés chevronnés, qui ont une fois de plus donné une leçon ou deux à l’opposition en matière de manœuvres parlementaires ».

Un porte-parole du député Moshe Gafni (Yahadout HaTorah), ancien président de longue date de la commission des Finances de la Knesset, a développé l’argument de son collègue de parti en déclarant que les législateurs haredim « connaissent chaque clause et chaque sujet des règlements, et quelqu’un comme Gafni, avec son ancienneté et son expérience, sait exactement comment s’y prendre ».

Le ministre des Finances Bezalel Smotrich et le député Moshe Gafni assistant à un vote de la Knesset sur le budget de l’État 2025, le 16 décembre 2024. (Crédit : Chaïm Goldberg/FLASH90)

« La coalition peut également insérer un petit nombre de réserves… elle l’a fait en collaboration avec le chef de file de la coalition [le député Ofir Katz du Likud] et avec les collaborateurs de Smotrich », a-t-il ajouté, précisant qu’ils avaient réussi à garder le secret pendant trois semaines.

« Pour être honnête, nous avions vraiment peur que l’opposition ne le découvre, mais en réalité, nous les avons surestimés. Comment se fait-il qu’ils ne l’aient pas découvert ? Je ne sais pas. Nous l’avons glissé entre les pages. Ils n’ont même pas pris la peine de parcourir les documents », a-t-il expliqué, affirmant que depuis l’Opération « Bipeurs » de 2024 au Liban, un secret n’avait « jamais été gardé aussi longtemps ».

« Si notre faction n’avait pas remarqué cette manœuvre, davantage de membres de l’opposition auraient continué à voter avec la coalition », a déclaré lundi l’alliance radicale Hadash-Taal, à majorité arabe, dans un communiqué.

Interrogé sur le fait que personne n’ait remarqué cette réserve en amont, un porte-parole du chef du parti Hadash, Ayman Odeh, a répondu : « Nous nous posons la même question. C’est essentiellement le rôle du coordinateur de l’opposition de nous tenir informés de tout, et il a clairement manqué à son devoir. »

De gauche à droite : Les députées Pnina Tamano-Shata, Merav Ben-Ari et Efrat Rayten tiennent une conférence de presse, à la Knesset, à Jérusalem, le 29 juillet 2025. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

« Je n’ai pas été vigilante »

La coordinatrice en question, la députée Meirav Ben-Ari (Yesh Atid), a envoyé de longues excuses à ses collègues députés de l’opposition sur WhatsApp, assumant « l’entière responsabilité » de ce vote erroné.

« C’est mon neuvième budget. J’ai géré des milliers de réserves. Cette fois-ci, je n’ai pas été vigilante et j’ai commis une erreur », a-t-elle reconnu, suscitant des réponses compatissantes de la part de ses collègues.

Dans une série de messages sur les réseaux sociaux, Ben Ari a rejeté les tentatives de rejeter la responsabilité du vote sur l’opposition, dénonçant ce qu’elle a qualifié de « tentatives de retourner l’événement contre l’opposition ».

La procureure générale, Gali Baharav-Miara, lors d’une réunion de la commission de la Constitution, du Droit et de la Justice, à la Knesset, le 30 septembre 2025. (Crédit : Oren Ben Hakoon/Flash90)

Selon elle et d’autres figures de l’opposition, le véritable enjeu réside dans le prétendu « détournement » de fonds publics au profit des réfractaires à la conscription et d’établissements scolaires qui ne respectent pas les normes en matière d’éducation.

« Ce sont les membres de la coalition corrompue qui ont détourné l’argent public hier soir. Smotrich et Deri ont agi de concert », a écrit Ben Ari sur le réseau social X, faisant référence à Aryeh Deri, le chef du parti ultra-orthodoxe Shas.

Dans un message publié sur X après le vote, Yaïr Lapid, chef du parti Yesh Atid et chef de l’opposition, a accusé la coalition de se réjouir « du fait qu’elle vole l’argent des citoyens israéliens pour le transférer aux corrompus et aux réfractaires à la conscription », promettant de continuer à « se battre » et de « ne jamais abandonner ».

Demande d’intervention juridique

Cette déclaration a été suivie d’envois de lettres à de hauts responsables juridiques, dont le conseiller juridique du ministère des Finances, Dudi Kopel, exigeant l’émission rapide d’avis juridiques qui qualifieraient cette allocation d’illégale.

Dans une lettre qui a été adressée à la conseillère juridique de la Knesset, Sagit Afik, et à la procureure générale, Gali Baharav-Miara, un cabinet d’avocats représentant le parti Yesh Atid a fait valoir qu’il s’agissait d’une tentative de « contourner l’interdiction légale » de transférer des fonds à des institutions religieuses pour les étudiants de yeshiva n’ayant pas bénéficié d’une exemption, et qu’il s’agissait « d’un nouvel exemple d’un gouvernement cherchant à bafouer l’État de droit ».

Lundi soir, Baharav-Miara a répondu en suspendant le transfert des fonds et en confirmant que le vote constituait bien une tentative de contourner la décision de la Haute Cour.

Suite à cette mise au point, Yesh Atid a annoncé qu’il déposerait un recours auprès de la Haute Cour pour bloquer définitivement le transfert, un recours qui, compte tenu d’autres affaires récentes, a de fortes chances d’aboutir.

Jeremy Sharon a contribué à cet article.

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