L’opposition et les diplomates critiquent les coupes budgétaires
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Seulement 0,3 % du budget de l’Etat consacré à la diplomatie

L’opposition et les diplomates critiquent les coupes budgétaires

Des diplomates et l'opposition dénoncent la fermeture de missions diplomatiques, affirmant qu'aucun pays n'investissait aussi peu qu'Israël dans son service extérieur

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu prend la parole lors de la conférence internationale sur la diplomatie numérique au ministère des Affaires étrangères à Jérusalem, le 7 décembre 2017 (Crédit : Hadas Parush / Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu prend la parole lors de la conférence internationale sur la diplomatie numérique au ministère des Affaires étrangères à Jérusalem, le 7 décembre 2017 (Crédit : Hadas Parush / Flash90)

Des politiciens de l’opposition et des diplomates ont critiqué lundi la fermeture prévue par le gouvernement de missions diplomatiques à l’étranger. Ils ont jugé le mouvement comme un coup sévère porté à la sécurité nationale d’Israël. Une responsable l’a même défini comme étant une « attaque terroriste stratégique ».

Vendredi, le ministère des Affaires étrangères a annoncé son intention de fermer sept missions diplomatiques au cours des trois prochaines années. Cette décision fait suite aux négociations budgétaires avec le ministère des Finances, qui avait initialement prévu de fermer 22 ambassades et consulats et de licencier un nombre important d’employés.

Selon le nouveau plan, les 96 missions restantes d’Israël recevront 175 millions de shekels (environ 42 millions d’euros) et aucun membre du personnel ne sera licencié.

Mais lors d’une session de deux heures mardi lors d’un caucus de la Knesset pour le renforcement du service extérieur israélien – organisé alors que le Premier ministre Benjamin Netanyahu était en Inde –, des responsables du ministère des Affaires étrangères se sont plaints des mesures proposées.

« Le front diplomatique est un front central et l’Etat d’Israël ne doit pas l’abandonner », a déclaré Hanan Goder, président du Syndicat des travailleurs du ministère des Affaires étrangères.

« La fermeture de sept missions, les réductions budgétaires et la réduction des effectifs minent gravement la capacité des diplomates à relever ces défis », a-t-il affirmé, notant qu’Israël est menacé par les groupes terroristes du Hamas et de l’Etat islamique et que, alors que de nombreux pays ne font pas face à de telles menaces, ils investissent davantage dans leur service diplomatique à l’étranger.

Goder a souligné qu’en tant que fonctionnaire, il lui était interdit de critiquer la décision du gouvernement et que le personnel du ministère des Affaires étrangères effectuerait toute tâche reçue par les dirigeants élus du pays. Pourtant, il n’a laissé aucun doute sur son opinion concernant les coupes proposées. Par exemple, il a souligné que le gouvernement israélien consacrait seulement un maigre 0,3 % de son budget annuel au ministère des Affaires étrangères.

Le ministère des Affaires étrangères à Jérusalem (Yonatan Sindel / Flash90)

« C’est peu. Ce n’est pas suffisant », a-t-il dit ostensiblement. « Nous avons vérifié et découvert qu’aucun autre pays ne dépensait aussi peu que nous pour son service extérieur. »

Lors de la réunion, Goder, ambassadeur d’Israël non-résident au Soudan du Sud, a remis une liste prouvant qu’Israël comptait le plus petit service étranger parmi tous les pays de la région.

Alors que l’Etat hébreu compte au total 103 missions diplomatiques (avant les coupes prévues), la Turquie en compte 233, l’Iran 142 et l’Arabie saoudite 113. L’Autorité palestinienne compte le même nombre de missions qu’Israël.

Les Etats membres de la Ligue arabe comptent 1 799 missions internationales à eux tous, selon la liste de Goder.

Les défis diplomatiques de la Suède sont-ils aussi cruciaux que ceux d’Israël ? Le Portugal est-il menacé par l’EI comme nous le sommes ?

Le service extérieur d’Israël est également bien maigre si on le compare à ceux de pays dont le nombre d’habitants est similaire. Avec ses 8,3 millions d’habitants, la Suisse, par exemple, est légèrement moins peuplée qu’Israël mais compte 21 missions diplomatiques de plus.

« Les défis diplomatiques de la Suède sont-ils aussi cruciaux que ceux d’Israël ? Le Portugal est-il menacé par l’Etat islamique comme nous le sommes ? », a questionné Goder.

Noga Arbel, vice-présidente du comité des employés du ministère des Affaires étrangères, est allée jusqu’à définir les coupes proposées comme une « attaque terroriste stratégique » contre l’appareil politique étranger d’Israël. « Nous ne sommes pas un pays qui souffre d’avoir trop d’amis sur la scène internationale », a-t-elle déclaré, affirmant que le fait de fermer des missions à l’étranger allait isoler encore davantage Israël.

« Israël a besoin d’amis, Israël a besoin de soutiens à travers le monde, Israël a besoin d’une défense diplomatique parce que nous faisons face à divers problèmes », a-t-elle annoncé.

Netanyahu fait un excellent travail « mais il ne peut le faire sans nous », a déclaré Arbel, ajoutant que malgré ses voyages fructueux à l’étranger, Israël avait besoin de diplomates sur le terrain afin de développer et de maintenir les relations étrangères du pays. « Il n’y a pas d’alternative aux relations personnelles », a-t-elle dit.

Aucun représentant de la coalition n’a participé à la session, coparrainée par Mitvim – l’Institut israélien pour la politique étrangère régionale. Mais un grand nombre de députés de l’opposition et d’analystes de groupes de réflexion indépendants ont profité de la tribune pour blâmer le gouvernement – et en particulier Netanyahu, qui est également ministre des Affaires étrangères – pour ce qu’ils ont décrit comme une tentative délibérée d’affaiblir le ministère des Affaires étrangères.

La tentative de réduire le pouvoir du ministère année après année est malveillante et injustifiable

Isaac Herzog (Union sioniste), leader de l’opposition, a révélé que sa mère avait été la première diplômée du cursus du ministère des Affaires étrangères il y a 70 ans, ajoutant que la fermeture de sept missions diplomatiques était équivalant à « la perte de sept Etats membres aux Nations unies ».

Ofer Shelah (Yesh Atid), auteur d’un projet de loi qui consoliderait le statut du ministère des Affaires étrangères en tant « qu’organe central d’élaboration de la politique étrangère », a dénoncé le prétendu minage systématique du ministère par le gouvernement.

« La diplomatie fait partie de la sécurité nationale. Nuire au ministère des Affaires étrangères nuit à notre sécurité nationale », a-t-il déclaré.

Le président du caucus, Nahman Shai (Union Sioniste), a résumé la session comme un « cri de dernière minute afin d’empêcher l’affaiblissement délibéré du ministère des Affaires étrangères ».

Shai a ajouté que « la tentative de réduire le pouvoir du ministère année après année est malveillante et injustifiable. Il n’y a pas de substitut au ministère des Affaires étrangères, qui est vital et nécessaire. Il n’y a pas de substitut à la diplomatie. »

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