L’Unesco prête à élire son nouveau dirigeant
Rechercher

L’Unesco prête à élire son nouveau dirigeant

Le chinois Qian Tang, la française Audrey Azoulay, et l'égyptienne Moushira Khattab semblent avoir toutes leurs chances

Le siège de l'Unesco à Paris. (Crédit : Wikimedia Commons/Albertus teolog/domaine public)
Le siège de l'Unesco à Paris. (Crédit : Wikimedia Commons/Albertus teolog/domaine public)

L’Unesco s’apprête à désigner un nouveau directeur général ou directrice générale qui devrait s’atteler notamment à ramener du consensus dans une organisation fragilisée par ses dissensions politiques.

Le conseil exécutif qui se réunit à partir de mercredi (jusqu’au 18 octobre) élira la semaine prochaine le successeur de la Bulgare Irina Bokova qui achève son second mandat à la tête de l’organisation de l’ONU pour l’éducation, la science et la culture.

La plupart des huit candidats en piste ont fait campagne pour vanter une approche multilatérale des problèmes, acter un besoin de réformes et renforcer encore l’accent mis sur l’éducation et les apprentissages tout au long de la vie, déjà premier poste budgétaire de l’Unesco.

Ainsi l’éducation est-elle la « principale voie vers une culture de la paix » pour l’Égyptienne Moushira Khattab, « un droit fondamental » pour le Chinois Qian Tang, « un ferment de développement et d’égalité entre les sexes » pour la Française Audrey Azoulay, dans les documents expliquant leur vision stratégique pour l’agence.

Audrey Azoulay, ministre française de la Culture, au Sénat, le 12 février 2016. (Crédit : capture d'écran YouTube/Public Sénat)
Audrey Azoulay, ministre française de la Culture, au Sénat, le 12 février 2016. (Crédit : capture d’écran YouTube/Public Sénat)

De son côté, la candidate libanaise, Vera El-Khoury, évoque sans détour un des enjeux qui se pose à l’Unesco « pour rester crédible » : « réduire la politisation excessive de ses travaux qui l’a parfois transformée en poudrière. »

Jérusalem et Hébron

Mais « tous les candidats sont d’accord qu’il faut trouver un moyen de sortir de cette politisation », souligne-t-on de source diplomatique.

En filigrane, figure la question israélo-palestinienne, avec des positions controversées de l’Unesco sur Jérusalem et Hébron, et l’adhésion en 2011 de « l’état de Palestine » à l’organisation, qui a entraîné la suspension du financement des États-Unis.

Le Tombeau des Patriarches à Hébron, en Cisjordanie. Illustration. (Crédit : Gershon Elinson/Flash90)
Le Tombeau des Patriarches à Hébron, en Cisjordanie. Illustration. (Crédit : Gershon Elinson/Flash90)

Or, ces derniers fournissaient près du quart du budget de l’agence, qui « est fragile car elle n’a pas énormément de moyens financiers ni de moyens humains », souligne-t-on de source diplomatique. L’Union européenne et ses États-membres en sont aujourd’hui le premier financeur (40 % du budget).

« Un des enjeux est notamment de ramener les États-Unis dans les contributeurs », estime François Chaubet, professeur d’histoire contemporaire.

« L’organisation a toujours été traversée par des luttes d’influence, notamment pendant la Guerre froide et les décolonisations. Les conflits sont moins aigus depuis vingt ans », ajoute ce spécialiste de l’histoire culturelle.

Besoin de ‘leadership’

Pour y remédier, Français et Chinois notamment prônent une solution simple : « affirmer un leadership à la tête de l’Unesco, en parlant à tous », selon des sources diplomatiques françaises, nommer le « dirigeant fort et clairvoyant » dont « l’Unesco a besoin », selon Tang.

Qui sera ce dirigeant ? Qian Tang, Audrey Azoulay, Moushira Khattab semblent avoir toutes leurs chances.

Les pays arabes revendiquent le poste, faisant valoir que leur groupe ne l’a jamais occupé. Mais rien dans les textes n’impose une rotation. En outre, ils arrivent en ordre dispersé avec des candidatures égyptienne, irakienne, libanaise, qatarie.

Hamad ben Abdulaziz al-Kawari, ancien ministre qatari de la Culture. (Crédit : Wikimedia/Creative Commons)
Hamad ben Abdulaziz al-Kawari, ancien ministre qatari de la Culture. (Crédit : Wikimedia/Creative Commons)

Les responsables de la campagne de soutien à Moushira Khattab ont regretté cette « absence de consensus qui affaiblit le groupe arabe ». L’Egypte redoute particulièrement une victoire du Qatari Hamad ben Abdulaziz Al-Kawari alors qu’en juin plusieurs pays arabes, dont l’Égypte et l’Arabie Saoudite, ont rompu leurs relations diplomatique avec Doha.

Le Liban essaie de convaincre « les représentants d’Irak, d’Egypte et du Qatar d’imposer en premier lieu le droit des pays arabes à occuper le poste », selon une source diplomatique libanaise.

Mais, estime aussi cette source, la concurrence sera rude face aux candidatures de la France et la Chine, deux poids lourds de la scène internationale.

Le Vietnam et l’Azerbaïdjan présentent aussi des candidats, mais le neuvième initialement en lice, le Guatémaltèque Juan Alfonso Fuentes Soria, s’est retiré le 25 septembre.

Chacun a battu campagne pour rallier les soutiens au sein des 58 pays membres du conseil exécutif de l’Unesco, dont le choix sera ensuite soumis à l’approbation de la conférence générale des 195 états membres le 10 novembre.

Le vote se déroulera en une ou plusieurs étapes à partir de lundi, à l’issue de la journée de travaux du conseil. Jusqu’à quatre tours de scrutin peuvent être organisés si aucun candidat n’atteint la majorité absolue. Si un cinquième vote devait être organisé, il porterait alors sur les deux arrivés en tête au 4e tour.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...