Mandelbilt dénonce les tentatives de destruction de son adjointe
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Mandelbilt dénonce les tentatives de destruction de son adjointe

La ministre de la Justice souhaite le renvoi de Dina Zilber qui a critiqué la loi sur la loyauté culturelle

Le procureur général Avichai Mandelblit lors d'une conférence à Jérusalem le 5 février 2018. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le procureur général Avichai Mandelblit lors d'une conférence à Jérusalem le 5 février 2018. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le procureur général Avichai Mandelblit a continué à s’opposer à la démission de l’une de ses adjointes, affirmant que les critiques selon lesquelles elle a politisé son rôle sont utilisées pour dénigrer son bureau.

La ministre de la Justice, Ayelet Shaked, a appelé mardi à la destitution de Dina Zilber pour avoir critiqué le projet de loi sur les « arts loyaux » lors d’une réunion d’un comité de la Knesset. Zilber a également condamné le climat politique actuel en Israël et a accusé les députés de la coalition de droite de chercher à détruire les opinions divergentes.

« Cette [demande] s’est transformée en un outil censé nuire au bureau du procureur général », a déclaré Mandelblit au quotidien Haaretz lors d’un événement marquant les 70 ans du système judiciaire israélien. « C’est quelque chose que je ne peux pas accepter et je ne pense pas que quiconque, y compris la ministre de la Justice, veuille nuire. »

Lors de cet événement, Shaked a déclaré: « je ne veux pas entendre parler de valeurs. Je veux un conseiller juridique professionnel. »

La vice-procureure générale Dina Zilber s’exprime durant une réunion de la commission de l’Education, de la Culture et des sports à la Knesset, le 6 novembre 2018 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Mandelblit, qui a parlé après Shaked, a rejeté ses propos.

« Je veux aussi un conseiller juridique professionnel. Il est impossible de séparer les valeurs. Il n’y a pas de ligne claire ici… pas de noir et blanc », a-t-il déclaré, selon Haaretz. « Ce que je crains le plus, c’est que la politique entre dans notre bureau. Une partie de notre ADN consiste à protéger les droits de l’Homme et les valeurs humaines. »

S’exprimant mardi lors d’une réunion du comité de l’Education, de la Culture et des Sports de la Knesset, Zilber a déclaré que la loi, qui menace de soustraire les fonds publics aux institutions culturelles produisant un art considéré comme trop critique du gouvernement ou de l’État, pose « de réelles difficultés ».

Le projet de loi permettrait de transférer le financement de la culture du ministère des Finances au ministère de la Culture dirigé par Miri Regev.

Cette prérogative que la loi vise à accorder au ministère de la Culture crée « un effet de refroidissement et d’autocensure », a déclaré Zilber aux députés lors de la réunion, ajoutant: « le pays est en train de changer. Ce ne sont pas des jours faciles, ils nous apportent non seulement de nouvelles lois, mais… aussi une confrontation, la blessure et la cicatrisation de notre tissu social, l’étiquetage et le marque de notre société – qui est pour nous et qui est contre nous. »

« S’il existe des personnes loyales, existe-t-il aussi des traîtres ? Une cinquième colonne ? », a demandé Zilber à la Knesset.

La ministre de la Justice, Ayelet Shaked, lors d’une séance plénière à la Knesset le 17 septembre 2018. (Crédit : Flash90)

Elle a accusé les députés de chercher des conseillers juridiques obéissants, des artistes respectueux, des médias complaisants et un public respectueux avec une opinion unique.

Dans une lettre à Mandelblit, Shaked a déclaré que ces propos montraient que Zilber « ne souhaitait pas agir de manière professionnelle et honnête en tant que conseiller juridique”, et que ses compétences seraient plus utiles si elle se portait “candidate à des fonctions politiques ».

Zilber « a franchi toutes les limites », a critiqué Shaked.

Mercredi, Mandelblit a répondu à la déclaration de Shaked, en lui expliquant qu’elle n’a pas le pouvoir de formuler une telle demande. “La décision sur le fait qu’un officiel juridique placé sous ma responsable représente le procureur général est de mon ressort et de ma compétence exclusive”, a-t-il écrit à la ministre de la Justice dans une lettre, qualifiant sa demande d’ « inappropriée ».

Mandelblit a dit à Shaked qu’il examinerait les commentaires de Zilber à la Knesset pour voir s’ils étaient inappropriés pour un conseiller juridique du gouvernement. Pendant l’examen, il a déclaré que Zilber ne représentera pas son bureau aux audiences de la Knesset.

Shaked a semblé calmer ses critiques mercredi après la réponse de Mandelblit, déclarant lors d’une conférence sur la sécurité routière à Tel Aviv : “si un bureaucrate de la fonction publique souhaite prendre part au débat politique, il doit démissionner, doit rejoindre un parti politique ou un groupe de pression, et faire entendre sa voix. Mais il ne peut pas le faire dans le cadre du système de conseil juridique du gouvernement. »

Elle a ajouté qu’elle attendrait les résultats de l’enquête du procureur général avant de décider de sa réaction aux commentaires de Zilber, qui selon elle “ont nui au système de conseil juridique”.

Lors de la réunion de la commission de la Knesset de mardi, Eyal Yinon, le conseiller juridique du parlement, a déclaré que le projet de loi sur la “loyauté dans la culture” pose problème et semble poser des restrictions à la liberté d’expression.

“Cela peut être perçu comme faisant apparemment partie de restrictions à la liberté d’expression”, a déclaré Yinon, soulignant que le projet de loi se heurte à “d’importants obstacles constitutionnels.”

La loi a été approuvée en première lecture lundi avec 55 députés favorables et 44 qui y sont opposés. Le texte va être soumis à une lecture par une commission avant de revenir à l’assemblée plénière pour deux autres votes à la Knesset afin de devenir une véritable loi.

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