Mandelblit met en doute la légalité du financement des avocats de Sara Netanyahu
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Mandelblit met en doute la légalité du financement des avocats de Sara Netanyahu

Les proches du Premier ministre affirment que le procureur-général est "décidé à renverser le Premier ministre à n'importe quel prix"

Sara, la femme du Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre,  est assise au tribunal à Jérusalem, le 7 octobre 2018.(Amit Shabi, Yedioth Ahronoth, Pool via AP)
Sara, la femme du Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, est assise au tribunal à Jérusalem, le 7 octobre 2018.(Amit Shabi, Yedioth Ahronoth, Pool via AP)

Le procureur-général Avichai Mandelblit a déclaré dimanche que la commission des permis au sein du bureau du contrôleur de l’Etat se devait de vérifier la légalité de l’acceptation d’une aide financière par Sara Netanyahu – une enveloppe remise par le cousin du Premier ministre – pour assumer les coûts induits par sa défense dans un dossier au pénal qui l’incrimine.

Dans une déclaration faite devant la Haute-cour de justice, Mandelblit s’est inquiété que l’acceptation par Sara Netanyahu d’une somme de 270 000 dollars de la part de Nathan Milikowsky s’apparentait à un cadeau illégal et indirect fait au Premier ministre. Il a estimé qu’une enquête devrait être ouverte.

En réponse, un communiqué émanant des « conseillers » du chef de gouvernement a fait savoir que Mandelblit avait perdu « toute retenue » et qu’il avait « décidé de renverser le Premier ministre à n’importe quel prix, l’accusant avec la mesure d’un train sans freins ».

Le communiqué a qualifié le raisonnement de Mandelblit de « sans fondement » et il a prétendu que les décisions prises par le procureur-général au cours de l’année passée avaient été « remplies de contradiction » et qu’elles avaient toujours été défavorables au Premier ministre.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la Knesset le 20 novembre 2019 (gauche), l’avocat général Avichai Mandelblit s’adresse lors d’une conférence de presse à Jérusalem le 21 novembre 2019. (Gali Tibon, Menahem Kahana / AFP)

Au début du mois, la Commission des permis a obligé Netanyahu à rembourser une somme de 30 000 dollars qui lui avait été donnée par Milikowsky pour rémunérer ses propres avocats dans les trois affaires de corruption dont il doit actuellement répondre devant les magistrats.

Dans ce dossier, Mandelblit avait indiqué à la commission qu’il était opposé à la demande faite par Netanyahu d’approuver ce versement, estimant que ce don s’apparentait à un cadeau illicite.

Il avait émis le même avis pour un don de dix millions de shekels qui avaient été versés à Netanyahu par Spencer Partrich, magnat de l’immobilier basé dans le Michigan. La commission avait demandé à Mandelblit son opinion dans l’affaire, Partrich étant également témoin dans l’une des affaires impliquant le Premier ministre.

La commission des Permis avait ensuite ordonné à Netanyahu de rendre l’argent. Dans un courrier envoyé au début du mois aux avocats de Netanyahu, la secrétaire de la commission, Eden Bizman, avait statué que « dans la mesure où le procureur-général a jugé que le Premier ministre ne devait pas bénéficier de financements pour sa défense de la part de Spencer Partrich, témoin dans le dossier de mise en examen, au vu du montant requis et en considérant la nature de la relation entre le Premier ministre et M. Partrich, la requête ne répond pas aux obligations entourant la remise d’un cadeau conformément à la loi régissant ces derniers ».

Spencer Partrich. (Autorisation)

Jusqu’à il y a plusieurs mois, Netanyahu n’avait pas pris pour cible Mandelblit lui-même – un ancien proche – dans ses critiques contre le système judiciaire pour les dossiers ouverts à son encontre pour corruption, se contentant de parler du procureur-général en évoquant un bureaucrate manquant de volonté face aux pressions exercées par la police, les procureurs et les médias.

Mais après la décision prise par Mandelblit de mettre en examen le chef du gouvernement, Netanyahu avait tenu moults propos au vitriol contre le procureur-général de manière bien plus directe. Le mois dernier, il a lancé une attaque cinglante et sans précédent contre son ancien allié, l’accusant, en reprenant une théorie du complot, d’avoir intégré une conspiration de « l’Etat profond » visant à l’écarter du pouvoir pour des raisons politiques.

Netanyahu avait été éreinté par ses adversaires suite à ces accusations lancées contre Mandelblit par le biais d’une série de tweets et de retweets, et un groupe de veille avait fait savoir qu’il porterait plainte pour incitations.

« Le plan de Mandelblit visant à renverser le leadership actuel apparaît maintenant dans toute sa laideur », avait écrit Netanyahu sur Twitter. « Mandelblit tente de renverser la décision démocratique de millions de citoyens qui ont élu Benjamin Netanyahu au poste de Premier ministre ».

Le procès de Netanyahu pour fraude, abus de confiance et pots-de-vin a ouvert ses portes au mois de mai devant un tribunal de Jérusalem. Il est notamment mis en cause pour avoir accepté environ 200 000 dollars de cadeaux – sous la forme, entre autres, de cigares et de bouteilles de champagne – de la part de deux milliardaires, le magnat du cinéma hollywoodien Arnon Milchan et de l’Australien James Packer.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu est entouré de députés du Likud alors qu’il fait une déclaration à la presse avant le début de son procès au tribunal de district de Jérusalem, le 24 mai 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)

Le Premier ministre est aussi accusé d’avoir proposé de faire avancer une législation bénéficiant à de puissantes personnalités israéliennes des médias en échange d’une couverture positive de ses actions dans leurs parutions.

Netanyahu affirme être victime d’un vaste complot, qualifiant les accusations de « sans fondement » et estimant qu’accepter des cadeaux de la part d’amis n’est pas un problème.

Netanyahu serait multimillionnaire, grâce à des livres devenus des best-sellers, des biens immobiliers et des conférences lucratives données dans le secteur privé.

Cela fait des décennies qu’il fréquente les plus grandes fortunes et ses partisans affirment qu’il a renoncé à des opportunités d’amasser beaucoup d’argent pour servir le pays. Mais lui et son épouse ont la réputation d’aimer mener la grande vie, et ils se sont trouvés de manière répétée en eaux troubles pour détournement inapproprié de fonds publics.

Au mois de juin 2019, Sara Netanyahu a été condamnée pour mauvais usage des fonds publics dans le cadre d’un arrangement judiciaire. Elle avait été accusée d’avoir fait appel illégalement à des services de restauration payés de la poche du contribuable à la résidence du Premier ministre.

Cet arrangement lui avait permis d’échapper à une condamnation pour fraude aggravée et elle avait plaidé coupable pour une accusation moins importante, celle d’avoir tiré profit d’une erreur. Elle avait dû verser la somme de 55 000 shekels à l’Etat – 10 000 shekels en amende et le reste du montant en remboursement.

Elle est actuellement poursuivie en justice dans plusieurs autres dossiers judiciaires impliquant des accusations à son encontre de mauvais traitements contre des employés de la résidence du Premier ministre. Elle a déposé plainte contre certaines de ses victimes présumées pour diffamation.

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