Manifestation contre les crimes en zones arabes après la mort d’un étudiant
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Manifestation contre les crimes en zones arabes après la mort d’un étudiant

Des manifestants se sont rassemblés à Tamra, où Ahmad Hejazi, 22 ans, étudiant infirmier, a été tué lors d'une fusillade entre la police et des criminels présumés cette semaine

Des milliers de personnes protestent le samedi 6 février 2021 dans la ville arabe israélienne de Tamra, au nord-est de Haïfa, où un étudiant infirmier a été tué plus tôt dans la semaine lors d'une fusillade entre la police et des criminels présumés. (Capture d'écran : Twitter)
Des milliers de personnes protestent le samedi 6 février 2021 dans la ville arabe israélienne de Tamra, au nord-est de Haïfa, où un étudiant infirmier a été tué plus tôt dans la semaine lors d'une fusillade entre la police et des criminels présumés. (Capture d'écran : Twitter)

Des milliers de personnes de tout le pays se sont rassemblées samedi après-midi dans la ville arabe israélienne de Tamra, au nord du pays, pour protester contre les crimes violents et le manque d’application de la loi dans les communautés arabes, au lendemain d’une fusillade mortelle qui a eu lieu cette semaine entre des policiers et des criminels locaux et au cours de laquelle un passant innocent a été tué.

Ahmad Hejazi, un étudiant infirmier de 22 ans, a été abattu lundi soir lors d’une fusillade entre la police et des criminels présumés à Tamra, une ville de quelque 35 000 habitants au nord-est de Haïfa. Selon la police, deux hommes armés de fusils automatiques M-16 tiraient sur une maison lorsque des officiers qui les attendaient, apparemment dans une embuscade planifiée, ont ouvert le feu.

Hejazi, qui était sorti de chez lui quand il a entendu des coups de feu, a été tué par balle. Un médecin – qui passait par là, selon la police – a également été blessé.

L’incident a suscité des indignations, des protestations et a donné lieu à une enquête.

Les organisateurs de la manifestation de samedi ont déclaré à la Douzième chaîne que le rassemblement avait pour but d’envoyer un message : « Non à la violence et non à la criminalité ». La route 70 près de Tamra a été bloquée à la suite de la manifestation et la police a demandé aux conducteurs d’utiliser des routes parallèles.

Selon le quotidien israélien de gauche Haaretz, quelque 10 000 personnes ont participé à la manifestation.

Les manifestants ont brandi des pancartes adressées au Premier ministre Benjamin Netanyahu pour dénoncer l’inaction du gouvernement.

« M. Netanyahu, un océan de paroles et peu de faits », pouvait-on lire sur l’un des panneaux de la manifestation, selon la Douzième chaîne de télévision. « Qu’attendons-nous ? Les armes nous tuent », lisait-on sur un autre panneau. Un troisième disait : « Le gouvernement abandonne ses citoyens – notre sang n’est pas assez rouge. »

La manifestation de masse de samedi a été précédée par une série de manifestations cette semaine dans les villes arabes du pays, dont Nazareth, Umm al-Fahm et Tira, en plus de Tamra.

Ahmad Hijazi, étudiant infirmier, qui a été tué par des tirs croisés entre la police et des criminels armés, le 2 février 2021. (Autorisation : Famille Hijazi)

Mardi soir, les funérailles de Hejazi ont attiré plus de 10 000 personnes en violation des restrictions sur le coronavirus contre les foules. Le cortège s’est déroulé dans un silence presque total, avec pour seuls sons l’appel d’un chef de prière et le bourdonnement d’un drone de police.

Alors que les dernières prières de la cérémonie funèbre retentissaient, les personnes endeuillées ont commencé à renverser les poubelles et à les incendier. D’autres ont lancé des feux d’artifice épars sur l’autoroute bondée.

Cette vague de détresse a mis en évidence un paradoxe apparent auquel sont confrontées de nombreuses communautés arabes : Alors qu’elles sont accablées par le crime organisé et les effusions de sang incessantes, les demandes pour un maintien de l’ordre efficace ont atteint un point culminant ces dernières années. Mais beaucoup se méfient également d’une présence policière accrue, en évoquant des incidents comme la mort de Hejazi.

Des milliers de personnes assistent aux funérailles d’Ahmad Hijazi, un étudiant infirmier de vingt ans, près de la ville arabe de Tamra, (Crédit : Sraya Diamant/Flash90)

Le crime organisé est largement considéré comme le moteur de la propagation de la violence dans les villes arabes. Les Arabes israéliens accusent la police, qui, selon eux, ne parvient pas à réprimer les puissantes organisations criminelles.

Si leurs dirigeants politiques exigent depuis longtemps l’intervention de la police pour réprimer la prolifération des armes et le crime organisé, les Arabes israéliens se méfient aussi profondément de la police.

Fusillade entre la police et des criminels à Tamra, le 1er février, 2021. (Capture d’écran : Facebook)

En 2021, onze Arabes israéliens, dont trois ont été tués par des tirs de la police, sont morts dans des circonstances violentes, parmi lesquels Hejazi. Six autres Palestiniens ont été tués par la violence en Israël. L’année dernière a vu un nombre record d’homicides parmi les Arabes israéliens, avec 96 morts violentes, la majorité étant des jeunes hommes tués par balles.

On ne sait pas encore si Hejazi a été tué par des tirs de la police ou par ceux des suspects. L’unité des affaires internes du ministère de la Justice a ouvert une enquête, mais les détails de celle-ci restent sous le sceau du secret. Un porte-parole a refusé de dire si une autopsie avait été pratiquée.

Netanyahu, quant à lui, s’est engagé à adopter un vaste plan de lutte contre la violence et la criminalité dans les communautés arabes, en assimilant la lutte contre le crime organisé à la lutte contre le terrorisme.

Le Premier ministre a récemment fait campagne pour obtenir le soutien des Arabes israéliens avant les élections de mars, dans un revirement brutal par rapport aux précédents avertissements non fondés de son parti concernant la fraude électorale dans les communautés arabes et les attaques répétées contre les députés arabes.

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